Libre opinion: Le début d'une époque
Guy Boissé - Montréal
7 novembre 2003
Depuis déjà deux ou trois ans, l'agriculture au Québec a entamé un processus irréversible de changement. Sur la vague de la mondialisation, elle ne sera jamais plus la même.
En juin dernier, le président de l'UPA traçait un portrait plus que sombre de l'agriculteur québécois, portrait dans lequel on apprenait que son revenu net a chuté de 47 % entre 2001 et 2002 (La Terre de chez nous, 19 juin 2003, volume 74, no 20, page 7), et ce, malgré des subventions importantes. Et ce chiffre ne faisait que confirmer une tendance déjà reconnue depuis un petit bout de temps.
Le nombre de fermes diminue dramatiquement depuis cinq ans et celles qui restent doivent nécessairement grossir pour essayer de créer des économies d'échelle. Dans cette poursuite au rendement, la classe agricole se fragilise grandement en diminuant ses effectifs. Dans une démocratie, son poids politique ne cesse ainsi de s'alléger.
Après leur incursion dans la production de porcs, les intégrateurs s'immiscent dans la production laitière. Dans quelques années, si on poursuit sur cette tendance, Parmalat et Danone posséderont le sol québécois et les fermes et contrôleront entièrement le monde rural.
Le modèle industriel de pratique de l'agriculture tel qu'on le retrouve ici fait la preuve de son inefficacité à faire vivre ses acteurs de première ligne, les agriculteurs, et de son incapacité à protéger la souveraineté alimentaire et politique de la nation.
En août dernier, dans le même journal, un supplément consacré à la relève nous apprenait qu'une tendance émerge: les jeunes qui choisissent l'agriculture et qui ne proviennent pas du milieu agricole sont plus nombreux que les enfants d'agriculteurs qui se lancent dans le même domaine (TCN, 21 août 2003, pages 19 à 22). Ces jeunes vont facilement dans des secteurs de production en développement. La pratique d'une agriculture à dimension humaine est leur créneau.
Or, si on se fie aux recherches de Solidarité rurale, ces jeunes ont un penchant très fort pour l'environnement, l'écologie, le développement durable et la vie communautaire qui exclut pratiquement le modèle industriel (La Presse, 9 juin 2003, pages B 1 et B 2).
Depuis bientôt trois ans encore, on assiste à l'émergence d'une nouvelle force ouvrière dans le domaine agricole: l'Union paysanne. Ce syndicat, qui a la particularité d'être citoyen et autonome de la grande entreprise, rallie une bonne partie des néoproducteurs et de non-producteurs qui se soucient de ce que l'on fait non seulement de leur pays et des biens collectifs que sont l'air, l'eau et le sol mais également de la manière dont on élève les animaux qui nourrissent la population.
Lors des dernières négociations de l'OMC, à Cancún, la position canadienne a été sauvée par une coalition de pays du Tiers-Monde qui a une vision et une pratique paysannes de l'agriculture. Le Canada se fait dire par l'Europe et les États-Unis qu'il ne fait pas partie des ligues majeures.
Comme l'affirmait Omar Aktouf, professeur aux HEC (TCN, 8 mai 2003, volume 74, no 14, page 7), l'espoir de la planète se trouve dans le monde rural s'il ne s'aligne pas sur la folie de la logique industrielle puisque la Terre est de dimensions finies et qu'on ne peut pas toujours augmenter les rendements. La race humaine est devant un choix: changer ou s'éteindre. (C'est également l'opinion de Hubert Reeves, David Suzuki et Albert Jacquard).
Comment l'agriculture québécoise pourra-t-elle survivre? Une seule voie s'offre à elle: revenir à ce qu'elle était jadis, c'est-à-dire à une production à dimension humaine (une ferme familiale, soit des parents et des enfants, et non pas une famille élargie qui engage des employés), au commerce avec son voisin en omettant d'engraisser les intermédiaires ou les profiteurs d'un système caduc, en produisant de manière écologique et laissant derrière soi des cours d'eau et des sols vivants au lieu de déserts contaminés et des égouts.
En juin dernier, le président de l'UPA traçait un portrait plus que sombre de l'agriculteur québécois, portrait dans lequel on apprenait que son revenu net a chuté de 47 % entre 2001 et 2002 (La Terre de chez nous, 19 juin 2003, volume 74, no 20, page 7), et ce, malgré des subventions importantes. Et ce chiffre ne faisait que confirmer une tendance déjà reconnue depuis un petit bout de temps.
Le nombre de fermes diminue dramatiquement depuis cinq ans et celles qui restent doivent nécessairement grossir pour essayer de créer des économies d'échelle. Dans cette poursuite au rendement, la classe agricole se fragilise grandement en diminuant ses effectifs. Dans une démocratie, son poids politique ne cesse ainsi de s'alléger.
Après leur incursion dans la production de porcs, les intégrateurs s'immiscent dans la production laitière. Dans quelques années, si on poursuit sur cette tendance, Parmalat et Danone posséderont le sol québécois et les fermes et contrôleront entièrement le monde rural.
Le modèle industriel de pratique de l'agriculture tel qu'on le retrouve ici fait la preuve de son inefficacité à faire vivre ses acteurs de première ligne, les agriculteurs, et de son incapacité à protéger la souveraineté alimentaire et politique de la nation.
En août dernier, dans le même journal, un supplément consacré à la relève nous apprenait qu'une tendance émerge: les jeunes qui choisissent l'agriculture et qui ne proviennent pas du milieu agricole sont plus nombreux que les enfants d'agriculteurs qui se lancent dans le même domaine (TCN, 21 août 2003, pages 19 à 22). Ces jeunes vont facilement dans des secteurs de production en développement. La pratique d'une agriculture à dimension humaine est leur créneau.
Or, si on se fie aux recherches de Solidarité rurale, ces jeunes ont un penchant très fort pour l'environnement, l'écologie, le développement durable et la vie communautaire qui exclut pratiquement le modèle industriel (La Presse, 9 juin 2003, pages B 1 et B 2).
Depuis bientôt trois ans encore, on assiste à l'émergence d'une nouvelle force ouvrière dans le domaine agricole: l'Union paysanne. Ce syndicat, qui a la particularité d'être citoyen et autonome de la grande entreprise, rallie une bonne partie des néoproducteurs et de non-producteurs qui se soucient de ce que l'on fait non seulement de leur pays et des biens collectifs que sont l'air, l'eau et le sol mais également de la manière dont on élève les animaux qui nourrissent la population.
Lors des dernières négociations de l'OMC, à Cancún, la position canadienne a été sauvée par une coalition de pays du Tiers-Monde qui a une vision et une pratique paysannes de l'agriculture. Le Canada se fait dire par l'Europe et les États-Unis qu'il ne fait pas partie des ligues majeures.
Comme l'affirmait Omar Aktouf, professeur aux HEC (TCN, 8 mai 2003, volume 74, no 14, page 7), l'espoir de la planète se trouve dans le monde rural s'il ne s'aligne pas sur la folie de la logique industrielle puisque la Terre est de dimensions finies et qu'on ne peut pas toujours augmenter les rendements. La race humaine est devant un choix: changer ou s'éteindre. (C'est également l'opinion de Hubert Reeves, David Suzuki et Albert Jacquard).
Comment l'agriculture québécoise pourra-t-elle survivre? Une seule voie s'offre à elle: revenir à ce qu'elle était jadis, c'est-à-dire à une production à dimension humaine (une ferme familiale, soit des parents et des enfants, et non pas une famille élargie qui engage des employés), au commerce avec son voisin en omettant d'engraisser les intermédiaires ou les profiteurs d'un système caduc, en produisant de manière écologique et laissant derrière soi des cours d'eau et des sols vivants au lieu de déserts contaminés et des égouts.
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