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«C'est la faute des Américains!»

6 novembre 2003 
Ottawa — Sentant la soupe chaude, le gouvernement fédéral est passé sur le mode offensif hier en braquant ses projecteurs sur les autorités américaines pour le rôle qu'elles ont joué dans l'arrestation et l'expulsion du Canadien Maher Arar vers la Syrie.

Ainsi, au lendemain du poignant témoignage de M. Arar, qui a attiré l'attention de toute la presse, le premier ministre Jean Chrétien et ses ministres ont senti le besoin de rappeler la responsabilité des États-Unis dans cette affaire. D'autant plus que tous les chroniqueurs politiques des médias nationaux, Globe and Mail et National Post en tête, ont exigé du gouvernement des explications plus satisfaisantes que celles qui ont été offertes jusqu'à présent.

«À entendre parler l'opposition, c'est comme si ce monsieur avait été déporté à partir de Montréal vers la Syrie. Il a été déporté par les autorités américaines en Syrie, s'est défendu le premier ministre Jean Chrétien. Alors, les gens qui l'ont déporté et qui doivent des explications à tous les Canadiens, c'est le gouvernement américain!»

M. Chrétien a répété à plusieurs reprises à la Chambre des communes que les responsables des malheurs de Maher Arar «sont au sein du gouvernement des États-Unis, pas du gouvernement du Canada». Ainsi, a-t-il annoncé, le secrétaire d'État américain Colin Powell a été contacté hier. Selon M. Chrétien, M. Powell se serait engagé à découvrir qui, du côté canadien, aurait fourni des renseignements qui ont mené les autorités américaines à expulser M. Arar en Syrie plutôt qu'au Canada.

«M. Powell a dit qu'il tenterait de trouver s'il y a vraiment eu un Canadien impliqué, a expliqué M. Chrétien. Le nom sera fourni au Canada et nous agirons en conséquence.» L'ambassade américaine n'avait pas de commentaire à formuler hier.

Tout le monde se demandait hier pourquoi le Canada avait besoin de demander aux États-Unis si certains de ses agents avaient été sollicités ou non. «Ne pouvez-vous donc pas obtenir cette information par vous-même?», a demandé un journaliste au solliciteur général Wayne Easter. «Nous ne nous en remettons pas aux Américains pour obtenir cette information», s'est défendu le ministre responsable de la GRC. «Les Américains auraient présumément dit qu'ils ont parlé à une source canadienne. Si c'est le cas, alors donnez-nous le nom! C'est ce que nous leur demandons de faire.»

On se rappellera que Colin Powell ainsi que l'ambassadeur américain à Ottawa, Paul Cellucci, ont déjà déclaré que c'est après avoir eu des contacts avec les autorités canadiennes que la décision de ne pas envoyer M. Arar au Canada avait été prise. Wayne Easter avait même laissé entendre que ce sont des éléments voyous de la GRC qui auraient parlé aux autorités américaines alors qu'ils n'en avaient pas l'autorité. «J'espère que lorsque les autorités américaines traitent avec le Canada, elles le font par l'entremise des voies officielles», avait-il dit à l'été. Cette thèse a par la suite été abandonnée, M. Easter assurant qu'il n'y avait pas «d'éléments voyous» au sein de la GRC et l'ambassade américaine déclarant officiellement que ce sont les États-Unis seuls qui avaient pris la décision d'expulser M. Arar. On semblait être revenu à cette thèse hier.

Maher Arar, un Canadien d'origine syrienne âgé de 33 ans, a été arrêté à l'aéroport John F. Kennedy de New York en septembre 2002 alors qu'il revenait d'un voyage en famille en Tunisie. Il voyageait avec son passeport canadien. Il a été enfermé et interrogé pendant 12 jours à New York avant d'être expulsé vers la Syrie, un pays où il n'avait jamais remis les pieds depuis son émigration, en 1987. Il a été relâché il y a un mois, après un an d'emprisonnement et de torture. M. Arar n'a jamais été inculpé de quoi que ce soit, ni au Canada, ni aux États-Unis, ni en Syrie.

Plusieurs questions subsistent dans cette histoire. Par exemple, on ignore toujours ce qui est arrivé entre le 4 et le 8 octobre 2002, soit le moment où M. Arar a reçu la première (et unique) visite d'un représentant consulaire canadien à New York et le moment de son expulsion. M. Arar avait indiqué à ce représentant qu'il craignait d'être expulsé vers la Syrie. Mardi, dans son témoignage, il a dit que le représentant l'avait assuré que cela ne se produirait pas.






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  • Bruno Marquis
    Inscrit
    jeudi 6 novembre 2003 13h32
    Dossier Maher Arar
    « Il y a lieu, dans le dossier Maher Arar, de s'interroger sur la couverture qu'en ont faite les journalistes, particulièrement en ce qui concerne le rôle du gouvernement canadien. Alors qu'ils se devraient d'agir comme de véritables chiens de garde, comment ont-ils pu laisser le gouvernement du Canada s'en tirer ainsi en niant pendant plus d'un an ses obligations à l'endroit d'un citoyen canadien arrêté et maltraité par un gouvernement étranger, sans qu'aucune accusation ne soit jamais portée contre lui.

    Le gouvernement canadien avait l'obligation morale et légale d'intervenir et d'empêcher le gouvernement américain ou tout autre gouvernement de déporter l'un de ses citoyens vers quelque lieu étranger que ce soit et à plus forte raison vers un lieu de torture. Qu'il ne l'ait pas fait relève véritablement du scandale et que les médias québécois et canadiens n'aient pas rendu compte de cet écart de conduite de sa part relève de la médiocrité la plus profonde ou de la complicité la plus abjecte.

    C'est dans de telles situations que se révèle dans toute sa clarté l'effet dévastateur de la concentration de la presse et des médias d'information en général entre les mains de magnas et de multinationales. D'un scandale à l'autre et d'une magouille à l'autre, le gouvernement canadien sort chez nous toujours blanc comme neige de tout ce qu'il commet d'odieux ou cache d'infernal.

    Non seulement les médias, ici comme ailleurs, détruisent-ils ainsi les bases mêmes de la démocratie que sont le droit à une information honnête et de qualité, mais elles oeuvrent de façon consciente et cohérente à l'élimination à moyen terme du rôle de citoyen conscient, informé et actif dans la société, le seul, ce rôle de citoyen, qui soit en mesure d'empêcher le secteur privé et le capitalisme de rendre toute démocratie inopérante à moyen terme pour à plus long terme en éliminer les mécanismes. »

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