Le tsar et les malfrats
Serge Truffaut
6 novembre 2003
Commandé par le président russe Vladimir Poutine, l'emprisonnement de Mikhaïl Khodorkovski, actionnaire majoritaire du conglomérat pétrolier Ioukos, est le symbole d'un changement de cap. À l'évidence, le Kremlin a décidé d'en finir non pas avec l'ensemble des malfrats qui composent l'oligarchie qui règne sur l'économie du pays mais bel et bien avec un groupe restreint d'entre eux. Plus précisément ceux qui se sont familiarisés avec l'économie de marché lorsque le marché noir battait son plein avant l'installation de Boris Eltsine au sommet de l'État. En ce qui concerne les oligarques issus de l'ancienne nomenklatura communiste, ils peuvent dormir tranquilles: leur biais politique étant au diapason avec celui de Poutine, ils ne seront pas inquiétés. Bien au contraire.
Contrairement à ce que Poutine a prétendu, le coup porté à Khodorkovski n'a pas été guidé par un strict souci de justice. Si tel avait le cas, il y a longtemps que le patron en question et bien d'autres avec lui auraient dû être traduits devant les tribunaux pour les détournements de fonds, les escroqueries et autres malversations qu'ils ont commis à grande échelle avec la bienveillance, financièrement intéressée, de tout l'appareil d'État. Le geste fait n'est donc pas le signal d'un soudain tourment de Poutine mais plutôt le révélateur d'une volonté. Laquelle? Mettre tous les députés de la Douma à sa botte.
En vue des élections législatives qui auront lieu dans un mois, Poutine s'est attaqué au plus important pourvoyeur de fonds de trois formations politiques, dont le Parti communiste. Selon certains calculs, Khodorkovski aurait été en mesure de contrôler le tiers de la Douma. De fait, il aurait été en mesure de combattre toutes mesures ou lois contraires à ses intérêts et de militer avec plus d'impact que jamais pour le projet qui lui tenait le plus à coeur: la construction d'un oléoduc (privé, il est important de le mentionner) en direction de la Chine. Dans cette affaire, il avait le ferme soutien des géants américains Exxon Mobil et Chevron Texaco, qui voulaient et veulent toujours entrer dans le capital d'Ioukos.
Dans les jours qui ont suivi l'arrestation du patron d'Ioukos, le maître du Kremlin a limogé un des derniers (si ce n'est le dernier) chefs de file des réseaux implantés par Boris Eltsine. Il s'agit d'Alexandre Volochine, qui occupait un poste très influent, celui de chef de l'administration présidentielle. Entre la mise au pas d'Ioukos et la liquidation de Volochine, Poutine et sa garde rapprochée, formée d'anciens du KGB et de vieilles connaissances de Saint-Pétersbourg, ont la voie libre.
Désormais, rien ne peut empêcher les proches de Poutine de se remplir les poches; rien ne peut contrarier les ambitions politiques de l'autocrate en place. Depuis quelques jours, on assiste à un renforcement de la culture économique et politique qui a mis la Russie sur la paille. En moins de dix ans, le PIB a chuté de près de 50 %. Dit autrement, ce qui coûtait 100 roubles il y a une décennie coûte aujourd'hui plus de un million de roubles.
Curieusement, le coup décidé à l'endroit d'Ioukos a accéléré l'atterrissage à la tête de l'entreprise d'Américains qui devraient faciliter l'introduction de Texaco et Exxon dans son capital. Comme toutes les histoires de pétrole, celle-ci ne fait pas exception: elle est sale.
Contrairement à ce que Poutine a prétendu, le coup porté à Khodorkovski n'a pas été guidé par un strict souci de justice. Si tel avait le cas, il y a longtemps que le patron en question et bien d'autres avec lui auraient dû être traduits devant les tribunaux pour les détournements de fonds, les escroqueries et autres malversations qu'ils ont commis à grande échelle avec la bienveillance, financièrement intéressée, de tout l'appareil d'État. Le geste fait n'est donc pas le signal d'un soudain tourment de Poutine mais plutôt le révélateur d'une volonté. Laquelle? Mettre tous les députés de la Douma à sa botte.
En vue des élections législatives qui auront lieu dans un mois, Poutine s'est attaqué au plus important pourvoyeur de fonds de trois formations politiques, dont le Parti communiste. Selon certains calculs, Khodorkovski aurait été en mesure de contrôler le tiers de la Douma. De fait, il aurait été en mesure de combattre toutes mesures ou lois contraires à ses intérêts et de militer avec plus d'impact que jamais pour le projet qui lui tenait le plus à coeur: la construction d'un oléoduc (privé, il est important de le mentionner) en direction de la Chine. Dans cette affaire, il avait le ferme soutien des géants américains Exxon Mobil et Chevron Texaco, qui voulaient et veulent toujours entrer dans le capital d'Ioukos.
Dans les jours qui ont suivi l'arrestation du patron d'Ioukos, le maître du Kremlin a limogé un des derniers (si ce n'est le dernier) chefs de file des réseaux implantés par Boris Eltsine. Il s'agit d'Alexandre Volochine, qui occupait un poste très influent, celui de chef de l'administration présidentielle. Entre la mise au pas d'Ioukos et la liquidation de Volochine, Poutine et sa garde rapprochée, formée d'anciens du KGB et de vieilles connaissances de Saint-Pétersbourg, ont la voie libre.
Désormais, rien ne peut empêcher les proches de Poutine de se remplir les poches; rien ne peut contrarier les ambitions politiques de l'autocrate en place. Depuis quelques jours, on assiste à un renforcement de la culture économique et politique qui a mis la Russie sur la paille. En moins de dix ans, le PIB a chuté de près de 50 %. Dit autrement, ce qui coûtait 100 roubles il y a une décennie coûte aujourd'hui plus de un million de roubles.
Curieusement, le coup décidé à l'endroit d'Ioukos a accéléré l'atterrissage à la tête de l'entreprise d'Américains qui devraient faciliter l'introduction de Texaco et Exxon dans son capital. Comme toutes les histoires de pétrole, celle-ci ne fait pas exception: elle est sale.
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