Réplique à Jean Royer - La renaissance de l'Hexagone
PIERRE GRAVELINE - Éditeur de l'Hexagone
5 novembre 2003
Un ancien directeur littéraire de la maison, Jean Royer, congédié en 1998, a récemment rendu publics dans Le Devoir ses états d'âme au sujet des 50 ans de l'Hexagone. Rien de nouveau dans son propos. Cela fait cinq ans qu'il dénigre l'Hexagone dans le milieu littéraire. Ayant annoncé en toute modestie que son départ entraînerait la disparition de la maison, il se résout difficilement à assister à la renaissance éclatante de celle-ci. Là où le bât blesse, c'est que son amère diatribe repose sur un tissu d'affirmations mensongères.
Rien de plus faux, d'abord, que d'affirmer que c'est le groupe Sogides qui a pris la décision de procéder à une réorientation des maisons du groupe Ville-Marie Littérature. Cette décision, c'est moi qui l'ai prise après une longue période de réflexion, après une consultation menée auprès de mon équipe et des principaux écrivains attachés à nos maisons et avec un très large appui de ces derniers. Je l'assume pleinement. Que Jean Royer ait au moins le courage de décocher ses flèches empoisonnées vers la bonne cible!
Depuis plus d'une décennie, les destins de l'Hexagone et de VLB éditeur sont liés. Une clarification de leur mission éditoriale s'imposait. Elle nous était d'ailleurs réclamée par les organismes subventionnaires. Or, si l'Hexagone a publié de grands romanciers et de grands essayistes, c'est surtout en poésie qu'elle s'est illustrée. À l'inverse, c'est dans le roman et l'essai que VLB éditeur a fait sa marque. Désormais, chacune d'elles agira là où est sa force.
L'Hexagone pourra ainsi mieux se consacrer à la poésie québécoise. En se développant autour non pas de deux collections, comme le prétend à tort Jean Royer, mais bien des quatre grandes collections que sont «Rétrospectives», «L'appel des mots», «La voie des poètes» et «Chansons et monologues», l'Hexagone s'affirmera plus que jamais auparavant. Et elle s'affirmera non pas comme une «marque de poésie», ainsi qu'il l'écrit avec mépris, mais bien comme une des plus anciennes et des plus importantes maisons d'édition de poésie de la francophonie.
Dans l'intérêt des écrivains
Les auteurs de l'Hexagone sortent-ils perdants de ce changement? Certainement pas les poètes, qui ne sont plus aujourd'hui soumis aux décisions autocratiques d'un homme d'abord préoccupé par sa propre carrière littéraire. Ils bénéficient désormais du soutien d'une véritable équipe (Gilles Cyr, Robert Fortin, Simone Sauren et moi-même) ayant à coeur d'assurer la pérennité et le rayonnement des oeuvres de nos auteurs, anciens ou nouveaux. À cet égard, rappelons que l'Hexagone a organisé plus de lectures de poésie au cours de la seule année 2003 que pendant les sept années du «règne» de Jean Royer.
Qu'en est-il des romanciers et des essayistes? Leurs oeuvres sont-elles «condamnées au pilonnage»? Bien au contraire. Comme c'est déjà le cas quand c'est nécessaire, leurs titres déjà publiés seront réimprimés dans le même format ou réédités en format de poche chez Typo. Leurs titres nouveaux? Accueillis d'ores et déjà avec respect dans la collection «Fictions», non pas «disparue» mais simplement déménagée chez VLB éditeur, ou dans l'une des collections d'essais de cette maison, bénéficiant du soutien de nos directeurs littéraires: pour la fiction, le romancier Jean-Yves Soucy, pour les essais, l'ex-éditeur des Presses de l'Université de Montréal, Robert Laliberté, deux professionnels de l'édition [...].
La vérité des chiffres
Je ne peux passer sous silence les élucubrations de Jean Royer quand il écrit que, sous sa direction, «l'Hexagone assumait un leadership financier au sein du groupe Ville-Marie Littérature». Aujourd'hui comme hier, 80 % de nos revenus proviennent de la vente de livres. VLB éditeur génère plus des trois quarts de ces revenus. Les deux tiers des subventions que nous recevons sont accordés au groupe dans son ensemble en fonction de son chiffre d'affaires. Restent les subventions du Conseil des arts du Canada, dont, il est vrai, l'Hexagone reçoit historiquement plus que VLB éditeur, non pas grâce à Jean Royer mais simplement parce que sont inclus dans la subvention à l'Hexagone les titres publiés chez Typo. Rien de honteux là-dedans puisque l'Hexagone a, depuis le début, édité des titres plus difficiles. Rien de grave non plus puisque la maison s'inscrit dans un groupe littéraire dont la philosophie est de faire en sorte que les revenus des oeuvres rejoignant un large public profitent aux oeuvres à public plus restreint.
Sur le plan financier, Jean Royer a tout faux. Que ne s'en prend-il aux scandaleuses compressions que le milieu du livre subit aujourd'hui? Voilà la vraie menace qui pèse sur l'avenir de l'Hexagone. Le président de l'Académie des lettres du Québec n'a-t-il pas le devoir d'intervenir sur ce sujet au lieu de calomnier la grande institution qu'est l'Hexagone?
L'héritage des fondateurs
Quand Gaston Miron, en décembre 1995, m'a persuadé de prendre la direction du groupe Ville-Marie Littérature, la situation était catastrophique. La survie des maisons ne tenait plus qu'à la générosité remarquable de leur propriétaire, Pierre Lespérance.
Huit années plus tard, le chiffre d'affaires a considérablement augmenté et l'équilibre financier est rétabli. Une équipe éditoriale de grande qualité est à l'oeuvre. Le nombre d'employés réguliers a doublé. Bon an, mal an, nous éditons plus de 50 nouveautés et rééditons quelque 60 titres. La qualité de nos livres est reconnue. Jamais nos auteurs n'ont-ils été plus présents dans les librairies, les médias et les événements littéraires.
Il y a deux ans, j'ai fait franchir avec éclat le cap de ses 25 ans à VLB éditeur. Cette année, plus vivante que jamais, l'Hexagone fête ses 50 ans sous ma gouverne. L'an prochain, nous soulignerons les 20 ans de Typo. N'en déplaise à Jean Royer, je ne crois pas avoir à rougir de ce que je fais de l'héritage qui m'a été confié.
Rien de plus faux, d'abord, que d'affirmer que c'est le groupe Sogides qui a pris la décision de procéder à une réorientation des maisons du groupe Ville-Marie Littérature. Cette décision, c'est moi qui l'ai prise après une longue période de réflexion, après une consultation menée auprès de mon équipe et des principaux écrivains attachés à nos maisons et avec un très large appui de ces derniers. Je l'assume pleinement. Que Jean Royer ait au moins le courage de décocher ses flèches empoisonnées vers la bonne cible!
Depuis plus d'une décennie, les destins de l'Hexagone et de VLB éditeur sont liés. Une clarification de leur mission éditoriale s'imposait. Elle nous était d'ailleurs réclamée par les organismes subventionnaires. Or, si l'Hexagone a publié de grands romanciers et de grands essayistes, c'est surtout en poésie qu'elle s'est illustrée. À l'inverse, c'est dans le roman et l'essai que VLB éditeur a fait sa marque. Désormais, chacune d'elles agira là où est sa force.
L'Hexagone pourra ainsi mieux se consacrer à la poésie québécoise. En se développant autour non pas de deux collections, comme le prétend à tort Jean Royer, mais bien des quatre grandes collections que sont «Rétrospectives», «L'appel des mots», «La voie des poètes» et «Chansons et monologues», l'Hexagone s'affirmera plus que jamais auparavant. Et elle s'affirmera non pas comme une «marque de poésie», ainsi qu'il l'écrit avec mépris, mais bien comme une des plus anciennes et des plus importantes maisons d'édition de poésie de la francophonie.
Dans l'intérêt des écrivains
Les auteurs de l'Hexagone sortent-ils perdants de ce changement? Certainement pas les poètes, qui ne sont plus aujourd'hui soumis aux décisions autocratiques d'un homme d'abord préoccupé par sa propre carrière littéraire. Ils bénéficient désormais du soutien d'une véritable équipe (Gilles Cyr, Robert Fortin, Simone Sauren et moi-même) ayant à coeur d'assurer la pérennité et le rayonnement des oeuvres de nos auteurs, anciens ou nouveaux. À cet égard, rappelons que l'Hexagone a organisé plus de lectures de poésie au cours de la seule année 2003 que pendant les sept années du «règne» de Jean Royer.
Qu'en est-il des romanciers et des essayistes? Leurs oeuvres sont-elles «condamnées au pilonnage»? Bien au contraire. Comme c'est déjà le cas quand c'est nécessaire, leurs titres déjà publiés seront réimprimés dans le même format ou réédités en format de poche chez Typo. Leurs titres nouveaux? Accueillis d'ores et déjà avec respect dans la collection «Fictions», non pas «disparue» mais simplement déménagée chez VLB éditeur, ou dans l'une des collections d'essais de cette maison, bénéficiant du soutien de nos directeurs littéraires: pour la fiction, le romancier Jean-Yves Soucy, pour les essais, l'ex-éditeur des Presses de l'Université de Montréal, Robert Laliberté, deux professionnels de l'édition [...].
La vérité des chiffres
Je ne peux passer sous silence les élucubrations de Jean Royer quand il écrit que, sous sa direction, «l'Hexagone assumait un leadership financier au sein du groupe Ville-Marie Littérature». Aujourd'hui comme hier, 80 % de nos revenus proviennent de la vente de livres. VLB éditeur génère plus des trois quarts de ces revenus. Les deux tiers des subventions que nous recevons sont accordés au groupe dans son ensemble en fonction de son chiffre d'affaires. Restent les subventions du Conseil des arts du Canada, dont, il est vrai, l'Hexagone reçoit historiquement plus que VLB éditeur, non pas grâce à Jean Royer mais simplement parce que sont inclus dans la subvention à l'Hexagone les titres publiés chez Typo. Rien de honteux là-dedans puisque l'Hexagone a, depuis le début, édité des titres plus difficiles. Rien de grave non plus puisque la maison s'inscrit dans un groupe littéraire dont la philosophie est de faire en sorte que les revenus des oeuvres rejoignant un large public profitent aux oeuvres à public plus restreint.
Sur le plan financier, Jean Royer a tout faux. Que ne s'en prend-il aux scandaleuses compressions que le milieu du livre subit aujourd'hui? Voilà la vraie menace qui pèse sur l'avenir de l'Hexagone. Le président de l'Académie des lettres du Québec n'a-t-il pas le devoir d'intervenir sur ce sujet au lieu de calomnier la grande institution qu'est l'Hexagone?
L'héritage des fondateurs
Quand Gaston Miron, en décembre 1995, m'a persuadé de prendre la direction du groupe Ville-Marie Littérature, la situation était catastrophique. La survie des maisons ne tenait plus qu'à la générosité remarquable de leur propriétaire, Pierre Lespérance.
Huit années plus tard, le chiffre d'affaires a considérablement augmenté et l'équilibre financier est rétabli. Une équipe éditoriale de grande qualité est à l'oeuvre. Le nombre d'employés réguliers a doublé. Bon an, mal an, nous éditons plus de 50 nouveautés et rééditons quelque 60 titres. La qualité de nos livres est reconnue. Jamais nos auteurs n'ont-ils été plus présents dans les librairies, les médias et les événements littéraires.
Il y a deux ans, j'ai fait franchir avec éclat le cap de ses 25 ans à VLB éditeur. Cette année, plus vivante que jamais, l'Hexagone fête ses 50 ans sous ma gouverne. L'an prochain, nous soulignerons les 20 ans de Typo. N'en déplaise à Jean Royer, je ne crois pas avoir à rougir de ce que je fais de l'héritage qui m'a été confié.
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