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La quadrature du cercle

Jean-Robert Sansfaçon   4 novembre 2003 
Le gouvernement Charest vient de confier l'étude du dossier des futurs grands hôpitaux spécialisés montréalais à deux anciens premiers ministres, Brian Mulroney et Daniel Johnson. À titre de coprésidents d'une «commission d'analyse des projets», les deux hommes auront toute latitude pour commander des études, tenir des audiences et, surtout, tenter de concilier le projet du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et celui du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) pour qu'ils répondent aux contraintes fixées par le gouvernement.

Parmi ces contraintes, il y a d'abord le budget limité à un milliard par projet, dont 200 millions devront provenir d'autres sources que les fonds publics québécois. Chaque projet devra inclure la présence d'un hôpital général complémentaire pour desservir le centre-ville, ce qui n'est pas pour faciliter l'équation financière. Quant aux coûts de fonctionnement des futurs centres, le ministre Philippe Couillard a été clair: ils ne devront pas surpasser ceux des CHU actuels. Difficile à imaginer...

Chaque organisation devra défendre son choix d'emplacement devant la commission, en tenant compte des répercussions sur le transport et sur la trame urbaine. Dans l'éventualité où les deux groupes retiendraient l'option de construire à neuf, chacun devra aussi préciser de quelle façon il entend se défaire des immeubles abandonnés, autre source de dépenses très importante.

Mais c'est surtout au chapitre de la complémentarité de leur mission que la commission aura fort à faire. Si Montréal n'avait pas été une ville où cohabitent francophones et anglophones, jamais l'idée de deux grands hôpitaux n'aurait germé. Le CHUM et le CUSM ne fonctionnent pas ensemble, pas plus que l'Université de Montréal et McGill, qui sont non seulement indépendantes, mais concurrentielles sur le «marché» de l'éducation universitaire. Leurs facultés de médecine respectives sont jalouses de leurs spécialités autant que de leurs budgets de recherche. On imagine mal comment elles pourront s'entendre pour ne former qu'«un seul grand projet de rehaussement de la médecine», pour reprendre les mots du ministre.

Là encore, cette idée de complémentarité n'est évidemment pas étrangère à l'importance des investissements nécessaires. D'où cet appel à deux personnages d'envergure, MM. Mulroney et Johnson, pour faire comprendre à tous les intervenants qu'ils n'ont plus le choix: ils doivent travailler ensemble.

La question qui se pose est de savoir si l'implication de deux anciens premiers ministres suffira pour sortir les deux projets de l'impasse où ils s'enfoncent depuis leur conception. Quatre mois seulement pour venir à bout d'autant d'obstacles et de contradictions, le défi relève de la quadrature du cercle.

jrsansfacon@ledevoir.ca
 
 
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  • Robert Grignon
    Inscrit
    mardi 4 novembre 2003 06h47
    Mission possible
    Le mandat est réalisable dans une fenêtre de 4 mois à certaines conditions dont entre autres:
    - commencer le travail dès maintenant, ce qui est probablement le cas;
    - s'adjoindre une expertise nouvelle et s'écarter des intervenants externes traditionnels ("think outside the box");
    - il faut qu'il y ait des incitatifs majeurs (positifs et/ou négatifs)de réussite du mandat dans le délai prévu de 4 mois pour le CHUM et le CUSM; la non-réalisation du mandat pour quelques raisons que ce soit doit avoir un impact significatif sur les deux projets.

    D'autre part une des balises avancées par le gouvernement est le maintien du budget d'opérations à son niveau actuel. Il faut évidemment, pour la protection des services au public, que cette balise soit accompagnée d'autres balises qui vont garantir le maintien des services à la population au moins à leurs niveaux actuels. Cela ne veut pas dire que les mêmes services seront offerts dans 10 ans qu'actuellement (les populations et la médecine évoluent dans le temps), mais cela veut dire qu'une(des) mesure(s) doit être mise sur pied pour suivre l'évolution des services rendus à la population, et que des mesures incitatives soient prévues advenant des écarts positifs ou négatifs de cette ligne directrice.

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