La quadrature du cercle
Le gouvernement Charest vient de confier l'étude du dossier des futurs grands hôpitaux spécialisés montréalais à deux anciens premiers ministres, Brian Mulroney et Daniel Johnson. À titre de coprésidents d'une «commission d'analyse des projets», les deux hommes auront toute latitude pour commander des études, tenir des audiences et, surtout, tenter de concilier le projet du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et celui du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) pour qu'ils répondent aux contraintes fixées par le gouvernement.
Parmi ces contraintes, il y a d'abord le budget limité à un milliard par projet, dont 200 millions devront provenir d'autres sources que les fonds publics québécois. Chaque projet devra inclure la présence d'un hôpital général complémentaire pour desservir le centre-ville, ce qui n'est pas pour faciliter l'équation financière. Quant aux coûts de fonctionnement des futurs centres, le ministre Philippe Couillard a été clair: ils ne devront pas surpasser ceux des CHU actuels. Difficile à imaginer...
Chaque organisation devra défendre son choix d'emplacement devant la commission, en tenant compte des répercussions sur le transport et sur la trame urbaine. Dans l'éventualité où les deux groupes retiendraient l'option de construire à neuf, chacun devra aussi préciser de quelle façon il entend se défaire des immeubles abandonnés, autre source de dépenses très importante.
Mais c'est surtout au chapitre de la complémentarité de leur mission que la commission aura fort à faire. Si Montréal n'avait pas été une ville où cohabitent francophones et anglophones, jamais l'idée de deux grands hôpitaux n'aurait germé. Le CHUM et le CUSM ne fonctionnent pas ensemble, pas plus que l'Université de Montréal et McGill, qui sont non seulement indépendantes, mais concurrentielles sur le «marché» de l'éducation universitaire. Leurs facultés de médecine respectives sont jalouses de leurs spécialités autant que de leurs budgets de recherche. On imagine mal comment elles pourront s'entendre pour ne former qu'«un seul grand projet de rehaussement de la médecine», pour reprendre les mots du ministre.
Là encore, cette idée de complémentarité n'est évidemment pas étrangère à l'importance des investissements nécessaires. D'où cet appel à deux personnages d'envergure, MM. Mulroney et Johnson, pour faire comprendre à tous les intervenants qu'ils n'ont plus le choix: ils doivent travailler ensemble.
La question qui se pose est de savoir si l'implication de deux anciens premiers ministres suffira pour sortir les deux projets de l'impasse où ils s'enfoncent depuis leur conception. Quatre mois seulement pour venir à bout d'autant d'obstacles et de contradictions, le défi relève de la quadrature du cercle.
jrsansfacon@ledevoir.ca
Parmi ces contraintes, il y a d'abord le budget limité à un milliard par projet, dont 200 millions devront provenir d'autres sources que les fonds publics québécois. Chaque projet devra inclure la présence d'un hôpital général complémentaire pour desservir le centre-ville, ce qui n'est pas pour faciliter l'équation financière. Quant aux coûts de fonctionnement des futurs centres, le ministre Philippe Couillard a été clair: ils ne devront pas surpasser ceux des CHU actuels. Difficile à imaginer...
Chaque organisation devra défendre son choix d'emplacement devant la commission, en tenant compte des répercussions sur le transport et sur la trame urbaine. Dans l'éventualité où les deux groupes retiendraient l'option de construire à neuf, chacun devra aussi préciser de quelle façon il entend se défaire des immeubles abandonnés, autre source de dépenses très importante.
Mais c'est surtout au chapitre de la complémentarité de leur mission que la commission aura fort à faire. Si Montréal n'avait pas été une ville où cohabitent francophones et anglophones, jamais l'idée de deux grands hôpitaux n'aurait germé. Le CHUM et le CUSM ne fonctionnent pas ensemble, pas plus que l'Université de Montréal et McGill, qui sont non seulement indépendantes, mais concurrentielles sur le «marché» de l'éducation universitaire. Leurs facultés de médecine respectives sont jalouses de leurs spécialités autant que de leurs budgets de recherche. On imagine mal comment elles pourront s'entendre pour ne former qu'«un seul grand projet de rehaussement de la médecine», pour reprendre les mots du ministre.
Là encore, cette idée de complémentarité n'est évidemment pas étrangère à l'importance des investissements nécessaires. D'où cet appel à deux personnages d'envergure, MM. Mulroney et Johnson, pour faire comprendre à tous les intervenants qu'ils n'ont plus le choix: ils doivent travailler ensemble.
La question qui se pose est de savoir si l'implication de deux anciens premiers ministres suffira pour sortir les deux projets de l'impasse où ils s'enfoncent depuis leur conception. Quatre mois seulement pour venir à bout d'autant d'obstacles et de contradictions, le défi relève de la quadrature du cercle.
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