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Irak: la pire journée des GI en six mois d'occupation

N/A ZZZN/A   3 novembre 2003 
Un hélicoptère Black Hawk se pose sur les lieux de l’écrasement d’un hélicoptère de transport de troupes Chinook, atteint hier par un missile près du village de Baïssa, à quelques kilomètres au sud de Falloujah. Quinze soldats américains on
Photo : Agence France-Presse
Un hélicoptère Black Hawk se pose sur les lieux de l’écrasement d’un hélicoptère de transport de troupes Chinook, atteint hier par un missile près du village de Baïssa, à quelques kilomètres au sud de Falloujah. Quinze soldats américains on
Bagdad — «Jour tragique pour l'Amérique» en Irak hier. Un hélicoptère Chinook a été abattu par des tirs de missiles, tuant 15 soldats américains qui partaient en permission et en blessant une vingtaine d'autres. C'est le bilan le plus lourd en une journée pour les forces américaines, après six mois d'une occupation de plus en plus sanglante.

Et, depuis le début de l'invasion de l'Irak en mars, seule la date du 23 mars aura été plus meurtrière. Ce jour-là, 28 soldats avaient trouvé la mort sur les champs de bataille irakiens, dont 11 dans l'embuscade qui avait vu la capture de la célèbre soldate Jessica Lynch.

Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a parlé d'un «jour tragique pour l'Amérique». Mais, sur toutes les ondes, il aura affiché sa détermination et prévenu, vocabulaire martial à l'appui, que les choses allaient continuer à être dures. «Il va y avoir des jours où de nombreuses personnes seront tuées. C'est ça, la guerre. Est-ce que la situation se détériore en général? Non, elle ne se détériore pas», a-t-il martelé. Avant de reconnaître que oui, cette guerre était «longue, dure, difficile, compliquée».

Vers 9h du matin, selon les témoins, deux missiles sol-air ont été tirés au sud de Falloujah, localité située à 65 km à l'ouest de Bagdad, sur deux Chinook qui transportaient vers la capitale une cinquantaine de soldats partant en permission hors d'Irak. L'un des deux hélicoptères à double hélice, monstres volants de dix tonnes qui servent à transporter troupes et artillerie, s'est écrasé et a pris feu dans un champ près du village de Baïssa, à quelques kilomètres au sud de Falloujah, une fois encore dans ce «triangle sunnite», épicentre de la violence.

Au moins six Black Hawk sont arrivés pour évacuer les blessés, tandis que des militaires s'employaient à confisquer les films des photographes de presse qui s'étaient approchés du site du crash. C'est le genre d'images qui peuvent retourner une opinion publique.

L'attaque a donné lieu à des scènes de liesse. Des villageois, certains hilares, montraient des morceaux de l'épave aux journalistes venus sur les lieux. «C'est une nouvelle leçon donnée par la résistance, une leçon donnée aux agresseurs», a déclaré un habitant de Falloujah. «Ils ne seront jamais en sécurité tant qu'ils n'auront pas quitté le pays.»

«Les Américains sont des porcs, et il nous faut célébrer cette victoire», jubilait un autre témoin de la scène interrogé par des journalistes sur place.

L'armée s'est refusée à confirmer le type d'arme utilisée pour abattre l'appareil. Hier soir, on recherchait toujours d'éventuels survivants. «Ce sont tous des soldats, probablement américains. Ils gagnaient l'Allemagne ou les États-Unis pour se reposer et récupérer», a indiqué un porte-parole.

Après le drame, l'administrateur civil américain en Irak, Paul Bremer, a déclaré que des membres d'al-Qaïda s'infiltraient en Irak par la Syrie qu'il a appelée à faire preuve d'une «meilleure coopération» pour empêcher «les terroristes d'entrer en Irak».

Réunis hier à Damas, les six pays voisins de l'Irak (Syrie, Turquie, Iran, Jordanie, Arabie Saoudite et le Koweït), plus l'Égypte, ont d'ailleurs condamné «les actes terroristes» visant des civils dans ce pays et promis de rendre leurs frontières moins poreuses et plus sûres.

Les Américains ont averti à de nombreuses reprises que plusieurs milliers de missiles sol-air irakiens portables avaient disparu depuis la chute du régime baassiste. Ils constituent une menace grave pour les aéronefs militaires, mais aussi pour les rares vols commerciaux desservant l'aéroport international de Bagdad.

Toujours à Falloujah, deux civils américains travaillant pour le Pentagone ont été tués par l'explosion d'une bombe. Des témoins ont aussi fait état d'une autre attaque, dans la même ville, dans laquelle quatre GI seraient morts, information non confirmée par l'armée.

Dans le même temps, un violent accrochage s'est produit à Abou Ghraïb, en banlieue ouest de Bagdad, entre des soldats américains et la population. Cet affrontement, le deuxième en l'espace de trois jours à cet endroit, aurait fait plusieurs victimes de part et d'autre, trois ou quatre morts côté américain, selon des témoins.

De mystérieux tracts distribués dans Bagdad promettaient un week-end «chaud» sous la forme d'une «journée de la résistance». Pour parer à toute éventualité, l'armée américaine a depuis vendredi placé Bagdad en état de siège. Les périmètres de sécurité autour des installations militaires, ministères, bâtiments publics ont été élargis au point de couper de nombreuses rues, avenues et autoroutes périphériques, contraignant les automobilistes bagdadis à un pénible slalom entre les barbelés, les chars, les patrouilles militaires, les points de contrôle et les palissades de ciment de cinq mètres de haut qui protègent les sites stratégiques. Des rumeurs d'attentats contre les écoles ont conduit la plupart des habitants de la capitale à garder par prudence leurs enfants à la maison...

«La semaine a été dure», reconnaissait samedi M. Bremer dans une conférence de presse. Sur les ondes de CNN, ce dernier a par ailleurs affirmé hier, depuis Bagdad, qu'il n'y avait «pas de preuve» que Saddam Hussein était derrière les attaques anti-américaines en série qui ont frappé l'Irak au cours de la dernière semaine.

Pour les Américains, «tout ça commence à ressembler au Vietnam», commentait hier à Bagdad un général de l'armée irakienne à la retraite.

Hier aura aussi marqué un sérieux revers pour l'administration Bush dans les sondages au pays. Pour la première fois, selon une enquête ABC-Washington Post, la majorité des Américains désapprouvent désormais la manière dont Washington gère l'Irak: 51 % contre 47 %. Selon les derniers sondages, plus de la moitié des Américains pensent aussi que la stratégie américaine n'est pas claire et six sur dix jugent le nombre des victimes inacceptable.

Avec Libération, Reuters et AFP






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