Lettres: Le néo-fatigué
Nic Payne - Montréal, 21 octobre 2003
3 novembre 2003
Dans sa récente allocution prononcée au conseil national du Parti québécois, le politologue Jean-Herman Guay a donc vanté la grande contribution de cette formation politique à l'essor et au progrès qu'a connus le Québec depuis quelques décennies, tout en lui suggérant de réévaluer la pertinence d'une démarche résolument indépendantiste.
Ce discours n'est pas vraiment nouveau. En fait, il est en phase avec les habitudes d'une certaine proportion d'électeurs québécois qui, même s'ils ne sont pas fermement indépendantistes, reconnaissent les mérites de ce mouvement et apprécient les services qu'il rend au Québec, tantôt comme force progressiste, tantôt comme «police d'assurance», tantôt comme outil d'un rapport de force face au régime fédéral. Ce sont eux qu'on qualifie souvent de «mous», parfois de «fatigués».
Ce qui est intéressant, chez M. Guay, c'est qu'il est un mou particulièrement ferme, un fatigué plutôt énergique. Il actualise l'argumentaire du mou et va plus loin que le mou traditionnel. En cette ère néolibérale, voici donc le néo-mou. Bien de son temps, il demande que les indépendantistes, qui, en définitive, n'ont jamais travaillé que pour améliorer la province de Québec, cessent de nous emmerder avec l'indépendance, et continuent gaiement leur beau travail provincial.
Je ne m'attarderai pas sur son analyse de la conjoncture politique actuelle, qui distille l'ennui et la grisaille en remarquable symbiose avec la fin d'octobre pluvieuse que nous traversons, et qui l'amène à conclure que les indépendantistes qui, selon lui, ont toujours bien servi le Québec, doivent maintenant réexaminer leurs priorités. J'aimerais plutôt lui répondre de la façon suivante.
Les indépendantistes convaincus, M. Guay, sont des gens décidés qui carburent à l'espoir d'un Québec assumant pleinement sa destinée. Dans l'état actuel des choses, les faire renoncer à cet objectif équivaudrait à les mettre hors circuit, point. Et à enterrer avec eux cette énergie progressiste qui anime les gens porteurs de grands idéaux.
Vous aimez l'indépendantiste, animal de race, lorsqu'il est bien dégriffé, bien sage et mis en cage. Or, le zoo dans lequel vous voudriez l'enfermer est déjà rempli à craquer de créatures pittoresques comme Jean Charest. Faites donc comme les autres «fatigués» et contentez-vous-en.
Ce discours n'est pas vraiment nouveau. En fait, il est en phase avec les habitudes d'une certaine proportion d'électeurs québécois qui, même s'ils ne sont pas fermement indépendantistes, reconnaissent les mérites de ce mouvement et apprécient les services qu'il rend au Québec, tantôt comme force progressiste, tantôt comme «police d'assurance», tantôt comme outil d'un rapport de force face au régime fédéral. Ce sont eux qu'on qualifie souvent de «mous», parfois de «fatigués».
Ce qui est intéressant, chez M. Guay, c'est qu'il est un mou particulièrement ferme, un fatigué plutôt énergique. Il actualise l'argumentaire du mou et va plus loin que le mou traditionnel. En cette ère néolibérale, voici donc le néo-mou. Bien de son temps, il demande que les indépendantistes, qui, en définitive, n'ont jamais travaillé que pour améliorer la province de Québec, cessent de nous emmerder avec l'indépendance, et continuent gaiement leur beau travail provincial.
Je ne m'attarderai pas sur son analyse de la conjoncture politique actuelle, qui distille l'ennui et la grisaille en remarquable symbiose avec la fin d'octobre pluvieuse que nous traversons, et qui l'amène à conclure que les indépendantistes qui, selon lui, ont toujours bien servi le Québec, doivent maintenant réexaminer leurs priorités. J'aimerais plutôt lui répondre de la façon suivante.
Les indépendantistes convaincus, M. Guay, sont des gens décidés qui carburent à l'espoir d'un Québec assumant pleinement sa destinée. Dans l'état actuel des choses, les faire renoncer à cet objectif équivaudrait à les mettre hors circuit, point. Et à enterrer avec eux cette énergie progressiste qui anime les gens porteurs de grands idéaux.
Vous aimez l'indépendantiste, animal de race, lorsqu'il est bien dégriffé, bien sage et mis en cage. Or, le zoo dans lequel vous voudriez l'enfermer est déjà rempli à craquer de créatures pittoresques comme Jean Charest. Faites donc comme les autres «fatigués» et contentez-vous-en.
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