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Lettres: À chacun son deuil

Roger Pomerleau - Lefebvre, le 27 octobre 2003  30 octobre 2003 
M. Jean-Herman Guay, J'ai lu avec étonnement les deux textes que vous avez récemment fait paraître dans les journaux sur le Parti québécois et son avenir, et j'ai été encore plus ébahi par votre conclusion. En somme, vous y déclarez que ce parti doit faire son deuil de ses rêves s'il ne veut pas se marginaliser, qu'il doit oublier l'indépendance et qu'il doit devenir nationaliste, conscient des acquis, confiant en l'avenir mais toujours vigilant à l'endroit des érosions possibles.

Être vigilant à l'endroit des érosions sans pouvoir les empêcher ne nous sert strictement à rien; être confiant en l'avenir quand on n'en a pas ne nous mène nulle part; être conscient des acquis quand on peut nous les enlever malgré nous ne veut rien dire; confondre les mots «nationaliste» et «nationaleux» ne nous est d'aucune utilité.

Quant au renoncement aux rêves, encore faudrait-il en avoir pour les abandonner.

En effet, vouloir faire du Québec un pays n'est pas un rêve mais une obligation pour ceux qui savent qu'à force de ne pas vouloir exister, on finit par disparaître, et qui sont convaincus qu'un peuple qui accepte de n'être que la minorité d'un autre est déjà mort.

Accepter sa minorisation politique, c'est céder le contrôle de ses affaires à une autre nation qui nous les prendra toutes. L'assimilation des francophones hors Québec, le déséquilibre fiscal, le nation building, pour ne donner que ceux-là, sont de bons exemples que l'histoire nous confirme.

C'est d'ailleurs à cause de cette vérité que les Canadiens tiennent tant à leur indépendance par rapport aux États-Uniens. En tant que professeur d'université, cela devrait vous être clair depuis longtemps, mais vous semblez avoir plus de facilité à saisir les concepts du rêve qu'à comprendre les notions de pouvoir.

Je vous conseille donc de vous réorienter vers la psychologie et de faire votre deuil de la science politique.
 
 
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