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Le BAPE s'inquiète de la santé du public... et des porcs

Louis-Gilles Francoeur   29 octobre 2003 
La commission du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), chargée de tracer la voie d'une «production porcine durable» au Québec, recommande aux producteurs de s'ouvrir aux «préoccupations émergentes» dans la population, soit principalement aux craintes que soulève l'utilisation d'organismes génétiquement modifiés (OGM) et de farines carnées dans l'alimentation des porcs.

Selon les volets du rapport portés à la connaissance du Devoir, les commissaires estiment possible de réconcilier le milieu rural avec la production porcine, mais ils perçoivent une rupture potentielle du côté des consommateurs urbains, inquiets des tendances en matière d'alimentation animale. Le rapport juge capital pour l'industrie porcine qu'elle maintienne le cap sur ses priorités en matière d'innocuité des viandes et de prix concurrentiels. Ces exigences, à la base de la qualité actuelle des produits, recèlent cependant un risque important, soit le risque que les impératifs de rentabilité amènent les producteurs à généraliser des méthodes alimentaires et d'élevage susceptibles de susciter une réprobation croissante.

C'est ainsi que la commission ajoute à la présence des OGM et des farines carnées, i.e. faites à base de chairs animales, le problème du bien-être animal, souligné tout particulièrement par Bacon, le film. Les cages exiguës et les carrelages déformants pour les pieds ont par exemple soulevé aux audiences des questions, sinon une réprobation certaine.

Au Québec, plus de la moitié du maïs utilisé dans l'alimentation animale est de souche génétiquement modifiée et la très vaste majorité des farines offertes aux porcs, un animal omnivore différent sur ce plan des vaches et des poulets, serait de type carné.

La commission n'inclut toutefois pas ces questions dans le volet qu'elle consacre à la santé publique dans son rapport.

Globalement, affirment les commissaires, on ne possède pas actuellement assez de données scientifiques validées pour conclure que, de façon générale, la production porcine pose un problème de santé publique justifiant son abandon progressif. L'imprécision des études sur les problèmes d'épandage rend même difficile de déterminer avec précision la largeur des bandes séparatrices, note le rapport.

La commission admet cependant que plusieurs pratiques d'épandage ont bel et bien posé des problèmes de santé à d'autres ruraux, sinon aux producteurs eux-mêmes et à leur famille, qu'il s'agisse de problèmes d'odeurs ou de contamination des puits, par exemple. Elle propose donc au gouvernement d'amorcer des études sur les taux d'exposition des populations aux contaminants atmosphériques dans les milieux dominés par la production porcine. Les commissaires jugent aussi impératif d'entreprendre une étude épidémiologique sur les conséquences de la pollution de l'air engendrée par cette production afin de vérifier, à une échelle plus vaste, les hypothèses ou inquiétudes que soulèvent d'autres recherches plus limitées dans leur portée.

Plus concrètement, les commissaires demandent à Québec d'intensifier sa campagne d'information sur les risques de contamination des puits en milieu agricole, surtout à proximité des établissements porcins, mais sans oublier le problème très sérieux des pesticides. Les données ainsi obtenues devraient permettre d'identifier sur le terrain les cas susceptibles de provoquer des épidémies ou des affections sérieuses. Mais, disent-ils, le ministère de l'Environnement doit repérer les problèmes de contamination par un suivi constant et méthodique des eaux de surface, ce qui lui permettra ensuite de passer à l'analyse plus fine des puits dans les territoires problématiques. Agriculteurs et agronomes devraient à l'avenir être non seulement mis au courant de l'évolution des situations inquiétantes mais aussi invités à jouer un rôle actif dans leur solution.

Pour que le public soit convaincu que la situation est contrôlée, les commissaires proposent au gouvernement de mettre au point des indicateurs scientifiques capables de mesurer avec rigueur les impacts de l'activité agricole sur l'environnement et les écosystèmes du milieu agricole. Ces indicateurs devraient être moulés sur les normes du Règlement sur les exploitations agricoles afin d'en vérifier la conformité du même coup. Cela devrait aller de pair, ajoute le rapport, avec des efforts de sensibilisation des agriculteurs à l'importance, pour eux et leurs voisins, de protéger les milieux aquatiques touchés par leur production, notamment par le maintien de bandes riveraines fonctionnelles partout.

Les commissaires ne pensent pas pour autant que le recours massif aux déjections animales comme engrais naturel doive être mis de côté. Tout au contraire. Ils estiment que l'utilisation des engrais naturels doit primer nettement sur l'utilisation des versions chimiques, mais qu'on doit resserrer les pratiques d'épandage pour que la gestion des sols en sorte gagnante, tout autant que les éleveurs.

Le recours aux engrais naturels comme les fumiers et les lisiers, soulignent-ils, va de pair avec le renforcement du «lien avec le sol» que toutes les politiques gouvernementales devraient appuyer, ce qui les cadre avec leurs recommandations en matière de sécurité des revenus, une refonte qui devrait donner la priorité à la protection des revenus familiaux plutôt qu'à celle des revenus des mégaproductions. Et le lien au sol, disent-ils, comprend la protection des boisés de ferme que plusieurs agriculteurs ont entrepris de raser pour augmenter les surfaces d'épandage au cours des deux dernières années.

Pour minimiser les risques pour la santé publique et les animaux eux-mêmes, il est important, selon la commission, que chaque bassin versant identifie avec précision quelle est la concentration maximale d'animaux de ferme qu'on peut retrouver sur chaque territoire. Les caractéristiques de chaque type de sol, qui diffèrent souvent d'une région à l'autre, pourraient justifier que les limites imposées à chaque cheptel animal diffèrent d'un endroit à l'autre compte tenu de la nature des déjections de chacun.

Une fois que les gestionnaires des bassins versants auront identifié les limites de leurs sols, il sera capital pour restaurer le lien de confiance entre producteurs et ruraux de rendre accessible toute l'information sur les projets, sur les objectifs de dépollution et les suivis des ministères et organismes de gestion. Encore plus primordial pour créer ce lien de confiance, selon les commissaires, il faudra que toutes les informations remises au ministère de l'Environnement pour obtenir des permis et certificats d'autorisation soient diffusées et accessibles au public. La confiance dans le processus décisionnel sur les projets d'élevage porcin sera fonction directe, selon les commissaires, de son niveau de transparence. Même des aspects jugés secondaires par certains, comme le bien-être des animaux, devraient pouvoir être débattus publiquement. Le rapport recommande d'ailleurs au gouvernement de nommer un responsable du bien-être des animaux de ferme au sein de la machine étatique pour faire progresser à la fois le débat sur ces questions et faire évoluer plus rapidement les normes gouvernementales.






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  • Guy Fortin
    Inscrit
    mercredi 29 octobre 2003 14h08
    Une responsabilisation face au suivi environnemental
    « Le BAPE pense que le ministère de l'environnement devrait faire un suivi systématique de la qualité des cours d'eau susceptibles d'être affectés par la production porcine.

    En fait, dans le cadre des autorisations données par le ministère, plusieurs types d'entreprises ayant des activités susceptibles d'émettre des contaminants dans l'environnement doivent effectuer un suivi environnemental périodique.

    Il n'en devrait pas être autrement pour la production porcine industrielle. Pourquoi uniquement les fonds publiques devraient-ils ici être impliqués? Ainsi, les producteurs à échelle industrielle, possiblement ceux regroupés dans un bassin versant donné, devraient être responsables de financer le suivi périodique des milieux qu'ils menacent et être obligés à la production d'un rapport annuel.

    Les modalités techniques de ce suivi devraient être définies avec le ministère afin d'assurer un minimum de valeur scientifique et de crédibilté. Le ministère pourrait ainsi acquérir une banque de données importante, mieux cibler ses interventions ponctuelles et impliquer les producteurs dans l'analyse de solutions lorsque des problèmes sont détectés. La responsabilisation directe fait souvent ouvrir les yeux. »

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