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Réplique à William Tetley - Octobre 70 et la désinformation

Gaëtan Dostie - Prisonnier politique en octobre 1970 et écrivain  29 octobre 2003 
William Tetley, ministre du gouvernement de Robert Bourassa durant la crise d'Octobre 70, livrait dans Le Devoir de vendredi dernier une attaque pernicieuse non seulement contre la démocratie mais contre la vérité historique et il usait habilement de la désinformation qui a affligé les membres des gouvernements Bourassa et Trudeau en octobre 1970.

Monsieur Tetley, vous nous infligez une description du FLQ qui peut laisser croire que c'était là un mouvement bien organisé alors que nous savons aujourd'hui qu'il n'en était rien. Cependant, le FLQ traduisait le ras-le-bol d'une portion significative de citoyens, en particulier les jeunes. Bien sûr, nous n'avions pas les mêmes héros: Wolfe est pour nous un conquérant néfaste, Louis-Joseph Papineau est un héros et nous tenons Chevalier de Lorimier, ses compagnons de gibet, et plus tard Louis Riel, comme des victimes de l'occupant dont vous êtes l'exemplaire écho.

Alors que pas plus Pierre Vallières que Charles Gagnon, ni Michel Chartrand, Robert Lemieux ou Jacques Larue-Langlois n'ont jamais été condamnés pour quoi que ce soit, pour vous ils sont d'évidence des criminels. Votre procédé est odieux et tout à fait raciste. Pour nous, ces gens ont droit à toute notre admiration, tout notre respect, comme les 500 autres personnes arrêtées en octobre 70.

Non seulement vous traitez honteusement Tommy Douglas d'hystérique, alors que nous savons aujourd'hui que l'hystérie résidait dans la désinformation véhiculée par Jean Marchand et Marc Lalonde surtout, alors que Douglas fut un des rares démocrates du Canada anglais à n'être point dupe, mais aussi votre vision du FRAP, «parti politique radical», indique bien qu'elle déformation vous infligez à la réalité historique.

Mais le bouquet, la grève des médecins spécialistes au moment de la crise, sert à justifier un chaos «appréhendé».

Puis aller chercher Franck Scott pour lui arracher qu'«un traitement choc était nécessaire [...]» montre assez votre aveuglement somme toute racial. Vous vous comporter comme l'héritier de Wolfe, Durham et la suite, Elliott Trudeau y compris. Que voulez-vous, pour nous ce sont là des gens que nous méprisons.

En tant qu'ancien prisonnier politique et président de la défunte Fondation Octobre 70, nous ne pouvons être aveugle. Votre description idyllique des libertés que nous ne retirait pas la Loi des mesures de guerre est d'un déliquescent que seul votre parti pris peut apprécier!

Nous savons trop — quand on connait les directives de M. Trudeau, dès qu'il fut ministre de la Justice, de traiter et infiltrer les indépendantistes de la même façon qu'on le faisait déjà pour les «communistes» — que discréditer le militantisme et la cause de l'indépendance du Québec était l'unique plan d'action: Octobre 70 fut le prétexte souhaité.

La Loi des mesures de guerre fut la matraque pour faire peur au monde. Ce n'était qu'une munition parmi d'autres dans l'arsenal canadien. Et l'on constate, avec le traitement infligé à M. Landry lors de la dernière campagne électorale, que cette guerre fédérale est sans fin. Notre courage et notre lutte aussi!
 
 
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