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Bagdad sous le feu kamikaze

28 octobre 2003 
Pendant que les secouristes fouillent les décombres, un soldat monte la garde devant l’un des quatre commissariats de police attaqués hier à Bagdad.
Photo : Agence Reuters
Pendant que les secouristes fouillent les décombres, un soldat monte la garde devant l’un des quatre commissariats de police attaqués hier à Bagdad.
Bagdad — L'Irak a connu hier matin un début de ramadan sanglant avec cinq attentats à Bagdad qui ont fait plus de 40 morts et 200 blessés, et qui visaient le siège du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et quatre commissariats de police irakiens.

Le président George W. Bush a estimé que plus les Américains enregistreraient de succès en Irak et plus les terroristes s'attaqueraient à eux. Il a affirmé que les États-Unis «ne dévieront pas» dans leurs efforts pour établir la démocratie en Irak.

Il s'agit de la journée la plus meurtrière depuis l'attentat de Najaf du 29 août (83 morts et 125 blessés). C'est aussi la première fois que la Croix-Rouge est prise pour cible en Irak, depuis le commencement de ses opérations dans ce pays au début des années 1980.

Au total, 42 personnes dont deux enfants et 19 femmes ont été tuées dans ces attentats à la voiture piégée, selon un bilan de l'AFP à partir des informations des neuf principaux hôpitaux de Bagdad. Un soldat américain est mort et six ont été blessés, selon l'armée.

Il s'agit de cinq attentats suicide, commis en trois quarts d'heure, entre 8h30 et 9h15 locales, a déclaré le général américain Mark Hertling. En outre, à 10h10, un attentat a été déjoué dans le quartier d'al-Jadida à Bagdad, selon le chef de la police, le général Ahmad Ibrahim. Certaines indications montrent que ces attentats, qui «ne sont pas similaires à ce que nous avons vu de la part les loyalistes de l'ancien régime» de Saddam Hussein, seraient «l'oeuvre de combattants étrangers», une première, a ajouté le général Hertling. Ahmad Ibrahim, de même qu'un autre général américain, ont accusé le président déchu Saddam Hussein d'en être le responsable. Aussi «coordonnées» soient-elles, a martelé le général Hertling, ces attaques s'inscrivent dans le cadre de «l'amateurisme». Des analystes à Londres ont toutefois évoqué «le début d'une guérilla classique» contre les forces d'occupation.

L'attentat contre le CICR, pour lequel une ambulance a été utilisée, a fait au moins 12 tués et 25 blessés. La voiture a foncé sur le bâtiment, mais a pu être interceptée, et le conducteur l'a alors fait exploser, selon le général Hertling. Une dizaine de personnes seulement se trouvaient dans les bureaux du CICR, la plupart des employés venant plus tard que d'habitude au travail en raison du Ramadan, le mois de jeûne musulman, a indiqué un employé du CICR. Le siège du CICR n'était pas protégé par les murs de béton érigés par la coalition autour des bâtiments importants de Bagdad après les attentats perpétrés contre l'ONU et des ambassades. Seuls quelques blocs de béton ralentissaient le trafic à son niveau.

Les quatre attentats commis contre des commissariats de police irakiens ont, eux, tué au moins 17 civils et policiers irakiens. Plusieurs policiers et 10 soldats américains ont été blessés.

Scènes de destruction

«Ceux qui ont fait ça appartiennent à quel parti, à quelle religion?» Jassan Hachim fait visiter sa maison, située à une soixantaine de mètres de l'explosion qui a ravagé hier le commissariat de police d'al-Chaab. Le souffle a laissé les murs de sa demeure presque intacts, mais les vitres ont volé en éclats, les parties métalliques de la cuisinière ont été vrillées par l'onde de choc, les portes intérieures sont cisaillées et la moitié de sa famille est à l'hôpital.

Partout, les mêmes scènes de destruction: cratères fumants, carcasses de voitures noircies, bâtiments aux façades défigurées, troupes américaines sur le qui-vive, foules d'Irakiens hébétés... À cent mètres du commissariat de al-Kadraa, un morceau de tôle de voiture a décapité un passant, laissant une mare de sang; ailleurs, ce sont des enfants qui sont morts sous les décombres de leur maison.

Des policiers du poste d'al-Kadraa avaient reçu des menaces de mort la semaine dernière, sous la forme d'un avertissement écrit à forte connotation islamiste, a affirmé à l'AFP un policier, Ahmad Hamed.

Le CICR va commencer dès aujourd'hui à évacuer ses collaborateurs internationaux stationnés en Irak, a annoncé son responsable pour l'Allemagne, Pierre Gassmann.

«Plus nous enregistrons de succès sur le terrain, plus les terroristes réagissent», a déclaré le président américain George W. Bush à la presse en recevant à la Maison-Blanche son envoyé spécial en Irak Paul Bremer.

«Ce gouvernement est déterminé à répondre à l'appel des Irakiens qui veulent vivre dans une société où leurs enfants peuvent aller à l'école, dans laquelle ils peuvent avoir un bon système de santé et vivre paisiblement. Il est dans l'intérêt national des États-Unis de voir l'émergence d'un Irak pacifique et nous ne dévierons pas dans nos efforts pour atteindre cet objectif», a souligné M. Bush.

Il était entouré des principaux membres de son administration responsables de la gestion de l'après-guerre en Irak: outre M. Bremer, se trouvaient dans le bureau ovale de la Maison-Blanche son secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, sa conseillère pour la sécurité nationale Condoleezza Rice, le chef d'état-major interarmées, le général Richard Myers, et le chef du commandement central américain (Centcom), John Abizaid.

Fidèle à la stratégie adoptée par son administration depuis plusieurs semaines, M. Bush met systématiquement en avant les progrès réalisés en Irak plutôt que de s'attarder sur la résistance, de plus en plus farouche, rencontrée.

Il s'est ainsi félicité hier du succès de la conférence des donateurs pour l'Irak de Madrid qui a permis de recueillir quelque 13 milliards de dollars en plus des 20 milliards promis par les États-Unis.

Les États-Unis ne s'attendaient pas à subir des attaques d'une telle ampleur après la fin des combats majeurs annoncée le 1er mai, avait reconnu dimanche le secrétaire d'État Colin Powell.

Dimanche soir déjà, la capitale irakienne avait été secouée par deux explosions après une attaque à la roquette contre l'hôtel Al-Rachid, où logeait le numéro deux du Pentagone Paul Wolfowitz. Un soldat américain avait été tué et 17 personnes blessées par les tirs d'une trentaine de roquettes.

L'armée américaine a également annoncé hier que quatre de ses soldats avaient été tués dimanche dans diverses attaques.
Pendant que les secouristes fouillent les décombres, un soldat monte la garde devant l’un des quatre commissariats de police attaqués hier à Bagdad. Transport d’un blessé devant le quartier général de la Croix-Rouge à Bagdad, hier.
 






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