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Irak - Wolfowitz échappe à un attentat à Bagdad

N/A ZZZN/A   27 octobre 2003 
Bagdad — L'épreuve du feu pour Paul Wolfowitz. Au dernier jour de sa visite à Bagdad, le numéro deux du Pentagone a vu l'hôtel Al-Rachid, symbole de l'occupation américaine au coeur de la capitale irakienne, frappé hier matin par une pluie de roquettes qui ont tué un colonel américain et blessé 17 personnes, civils et militaires.

Secoué mais indemne, le secrétaire adjoint à la Défense, l'un des faucons de l'administration Bush, a assuré que l'attentat «ne nous détournera pas de notre mission» en Irak.

En réaction, le secrétaire d'État Colin Powell a admis que l'administration Bush était surprise par la vigueur des attaques anti-américaines en Irak.

«Nous ne nous attendions pas à ce que ce soit si intense et si long», après la fin des combats majeurs décrétés par Washington le 1er mai, a déclaré M. Powell sur la chaîne de télévision NBC, estimant que les États-Unis traversaient «une période très difficile».

Réagissant à son tour à l'attaque sur les ondes d'ABC, l'administrateur américain en Irak, Paul Bremer a fait état de «preuves démontrant que les terroristes sont de mieux en mieux organisés». «Ils ont recours aujourd'hui à des approches plus sophistiquées, en particulier l'utilisation de ces objets piégés le long des routes empruntées par nos convois», une technique largement éprouvée au Liban contre l'armée israélienne, a poursuivi M. Bremer. Architecte de la guerre contre le régime de Saddam Hussein, M. Wolfowitz était venu sur le terrain étudier les moyens de vaincre six mois d'une insurrection contre les troupes américaines, soumises quotidiennement à 26 attaques en moyenne. Alors que le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, avait reconnu au début du mois dans une note de service confidentielle que les États-Unis pouvaient s'attendre à une «longue et pénible corvée» en Irak, son bras droit a pu constater la vulnérabilité des installations américaines en Irak... même les plus surveillées.

Au nez et à la barbe

L'attaque s'est déroulée au nez et à la barbe des forces de sécurité. Elle démontre l'audace grandissante des opposants armés à l'occupation. Les assaillants, qui ont profité de la levée du couvre-feu nocturne à l'occasion du ramadan, ont pu poser sans être importunés leur lance-roquettes de fabrication locale à quelque 400 mètres de l'hôtel Al-Rachid et tirer 29 roquettes sur la façade ouest du bâtiment à une heure où la capitale irakienne commence à se réveiller. Ils se sont enfuis sans être inquiétés.

Le périmètre de l'hôtel est pourtant bouclé, protégé par un mur en béton de trois mètres de haut. Mais au lieu de défendre le bâtiment, ce mur a permis aux assaillants de dissimuler leurs agissements aux yeux des soldats.

Les roquettes tirées vers 6h10 ont creusé une demi-douzaine de trous dans la façade ouest de l'établissement moderne haut de 17 étages, dont les 462 chambres abritent les responsables de l'administration provisoire américaine et des troupes de la coalition. Wolfowitz et ses principaux collaborateurs se trouvaient au 12e étage de l'hôtel lorsque les roquettes ont atteint l'établissement, plusieurs étages plus bas.

Le commandement américain n'a pas immédiatement identifié le soldat tué dans l'attentat, mais Paul Wolfowitz a évoqué «un colonel mort tragiquement». Sept civils américains, dont un employé du Département d'État, quatre militaires, quatre militaires américains et cinq civils étrangers travaillant pour la coalition ont été blessés ainsi que deux gardes irakiens. Un responsable américain a confié, sous couvert de l'anonymat, que, parmi les blessés, figuraient des ressortissants de nationalité tchèque, italienne, britannique, népalaise et indienne.

Lors d'une conférence de presse convoquée à la hâte, M. Wolfowitz a reconnu que le danger persisterait en Irak «tant que des criminels seraient en mesure d'organiser des attaques éclair». Mais «nous menons le combat contre l'ennemi», a-t-il ajouté. «Nous sommes en train de terminer le travail malgré les agissements désespérés d'un régime agonisant de criminels».

Reste que cette attaque, perpétrée contre un des endroits les mieux protégés d'Irak, vient de nouveau démentir les affirmations américaines selon lesquelles la guérilla irakienne serait affaiblie.

Il n'était pas ciblé?

Selon le Pentagone, rien n'indique que Paul Wolfowitz était la cible de l'attentat. Pour le général américain Martin Dempsey, commandant de la 1re division blindée et responsable de la sécurité à Bagdad, l'attaque était manifestement préparée depuis plusieurs mois. Le général, qui a maintenu hier que «la sécurité s'est améliorée» à Bagdad, a dit douter que le numéro deux du Pentagone ait été visé même s'il se trouvait dans l'hôtel.

Sauf qu'un responsable américain, qui s'exprimait sous couvert de l'anonymat, a confié que des responsables irakiens — que Wolfowitz avait rencontrés un peu plus tôt — lui avaient dit que sa présence à Bagdad était bien connue.

Et les attaques ont semblé suivre le responsable américain à la trace. Samedi, quelques heures après son départ de Takrit pour Kirkouk, un hélicoptère Black Hawk s'écrasait non loin de là, touché par des tirs de roquette RPG. Deux des auteurs de cette attaque ont été par la suite interpellés, précisait-on de source américaine.

Après l'attentat, l'hôtel Al-Rachid a été évacué et les centaines de personnes qui y résidaient dispersées dans d'autres bâtiments de la «zone verte», un secteur placé sous haute surveillance le long du Tigre qui comprend les quartiers généraux de la coalition installés dans un ancien palais de Saddam Hussein et les locaux de l'administration provisoire américaine. L'hôtel Al-Rachid, situé sur la rive ouest du Tigre, a été rendu célèbre par les reportages en direct qu'y effectua la chaîne américaine CNN durant la guerre du Golfe en 1991.

Avec Reuters et AFP






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