Hydro-Québec ouvre les vannes
Photo : Jacques Nadeau
«Nous ne visons pas toutes les rivières. Toutes les chutes du Québec ne seront pas bétonnées. Il faut défaire cette perception voulant qu’Hydro fera disparaître chaque petite chute. Nous allons proposer des aménagements uniquement là où ça c
Chez Hydro-Québec, on veut «réactiver la pompe», tout simplement. La cible se veut ambitieuse. La société d'État se donne en effet pour objectif d'exploiter tout le potentiel hydroélectrique du Québec en 2020. Plus près de nous, sur l'horizon 2004-08, le rythme des investissements sera plus que doublé dans ce virage production visant à la fois à créer de la richesse et à redonner au Québec cette marge de manoeuvre énergétique qui aura fondu l'an prochain. D'ici à ce qu'elle dispose de ces nouvelles capacités, Hydro fera appel au thermique afin d'éviter les tensions provoquées par une demande qui s'approche dangereusement du point de rupture.
André Caillé, le p.-d.g. de la société d'État, insiste: «Nous ne visons pas toutes les rivières. Toutes les chutes du Québec ne seront pas bétonnées. Il faut défaire cette perception voulant qu'Hydro fera disparaître chaque petite chute. Nous allons proposer des aménagements uniquement là où ça compte vraiment», soutient le p.-d.g. Quant aux petites centrales, il s'agit d'une prérogative conférée au secteur privé, rappelle-t-il. Mais Hydro sera acheteur si ses critères de rentabilité sont respectés.
Hydro-Québec déposait hier son plan stratégique 2004-08. Sur cet horizon, elle chiffre à 1,3 % la croissance annuelle de la demande d'électricité au Québec, ce qui ne sera pas sans provoquer une certaine pression sur un réseau dont la pleine capacité est déjà sollicitée en période de pointe. «En 2004, nous serons, au net, à zéro en matière d'exportations. Cette année, nos exportations atteignent entre cinq et six TWh, mais elles ont déjà touché les 28 TWh», a illustré André Caillé au cours d'un entretien avec Le Devoir.
Le plan déposé hier vise l'ajout de dix TWh à la capacité de production annuelle. La société d'État y parviendra en augmentant la productivité de son parc de production (0,6 TWh), en exploitant à pleine capacité les installations mises en service en 2003 (2,8 TWh) et en devançant la mise en service des ouvrages en construction ou en attente d'autorisation (6,5 TWh). Cependant, dans ce dernier cas, on peut au mieux miser sur une contribution additionnelle, venant de la centrale Toulnustouc, pour l'hiver 2005-06. L'apport d'Eastmain 1 ne sera pas effectif avant l'été 2007 alors qu'une mise en service accélérée de la centrale de Péribonka ne pourra pas se faire avant l'automne 2008 au plus tôt.
C'est donc dire que d'ici là, Hydro-Québec «devra maintenir une marge de manoeuvre suffisante au moyen d'une production thermique développée de manière sélective», peut-on lire dans le document remis hier. «La production thermique, à défaut d'autres solutions, l'aidera à faire le pont jusqu'à ce qu'elle dispose des importantes capacités de production qui proviendront de la centrale Eastmain 1-A et de la dérivation Rupert, une fois ce grand projet achevé.»
Le projet de la centrale thermique du Suroît sera donc relancé en vue d'une construction avant 2008. Cette centrale au gaz naturel, d'une puissance d'environ 800 MW, produirait environ 6,5 TWh d'énergie par année, a souligné Hydro-Québec. S'ajoutent la centrale de Bécancour, la cogénération et les 100 MW de biomasse. «Le thermique reste une énergie d'appoint», renchérit André Caillé.
Mais il insiste: «Nous en sommes au point d'équilibre. Nos périodes de pointe ne sont pas sans faire appel à notre pleine capacité, sans créer une certaine congestion sur le réseau. Le thermique permet de nous équiper rapidement et de répondre aux besoins lorsque ceux-ci se manifestent. On ne veut jamais se retrouver en situation de dépendance face aux marchés extérieurs.» Le président fait ici référence à la crise énergétique qui a frappé la Californie en 2000 et à la crise du nucléaire en Ontario, «qui a été obligé d'importer son électricité à des tarifs supérieurs de 30 %. Ça va coûter un milliard aux Ontariens».
Des investissements de 3,5 milliards
Une fois ces explications données, le virage production d'Hydro-Québec doit impliquer des investissements annuels haussés au rythme de 3,5 milliards de dollars, une vitesse de croisière que l'on souhaite maintenir jusqu'en 2020. De cette enveloppe, 1,5 milliard ira à l'entretien et au maintien à niveau des infrastructures actuelles. On ajoute donc deux milliards de dollars par année en développement. «Le potentiel hydroélectrique du Québec existe. On a une richesse au Québec, et c'est l'eau. On va vous enrichir en tant que Québécois. Le mandat reçu de Jean Lesage est de développer le potentiel hydroélectrique. C'est dans notre mission, c'est dans notre nature», souligne André Caillé, qui s'appuie sur un gouvernement libéral favorable au développement hydroélectrique.
Hydro-Québec a dégagé un bénéfice net record de 1,5 milliard en 2002, soit presque le double de celui de 1997. Cette année, ce bénéfice devrait atteindre 1,7 milliard pour s'élever à deux milliards en 2006 et clore l'exercice 2008 à 2,15 milliards. «On tient à la croissance à deux chiffres», insiste M. Caillé. Puisque la moitié de ce bénéfice est redirigée vers l'actionnaire, le gouvernement québécois devrait donc s'attendre à un dividende cumulé de 4,9 milliards sur l'horizon 2004-08. «À cette somme s'ajoutent 3,4 milliards en taxes versées au gouvernement du Québec et aux administrations municipales, en plus de 900 millions en frais de garantie relatifs aux emprunts.»
Quant aux retombées en matière d'emplois, le retour d'Hydro sur le mode développement devrait contribuer à la création ou au maintien de 30 000 emplois par année, outre les 22 200 d'Hydro. Pour la période 2004-08, «nos activités devraient contribuer à soutenir des emplois qui équivalent globalement à
220 000 années-personnes», estime la société d'État.
André Caillé voit plus loin. «Quand tout le potentiel sera développé, on parle de 40 TWh de plus, de 15 à 20 TWh d'exportions nettes.» À des prix de 6,5 à 7 ¢ le kWh, en concurrence directe avec le gaz naturel
(6,5 ¢) et mieux que le charbon (entre 8 et 9 ¢), qui aura dans l'intervalle emprunté le chemin d'une technologie dite propre (clean coal).
«L'hydroélectricité est une réponse au réchauffement de la planète. Elle s'insère très bien dans l'atteinte des objectifs de Kyoto en matière d'énergie et de réduction des gaz à effet de serre», conclut le p.-d.g.
André Caillé, le p.-d.g. de la société d'État, insiste: «Nous ne visons pas toutes les rivières. Toutes les chutes du Québec ne seront pas bétonnées. Il faut défaire cette perception voulant qu'Hydro fera disparaître chaque petite chute. Nous allons proposer des aménagements uniquement là où ça compte vraiment», soutient le p.-d.g. Quant aux petites centrales, il s'agit d'une prérogative conférée au secteur privé, rappelle-t-il. Mais Hydro sera acheteur si ses critères de rentabilité sont respectés.
Hydro-Québec déposait hier son plan stratégique 2004-08. Sur cet horizon, elle chiffre à 1,3 % la croissance annuelle de la demande d'électricité au Québec, ce qui ne sera pas sans provoquer une certaine pression sur un réseau dont la pleine capacité est déjà sollicitée en période de pointe. «En 2004, nous serons, au net, à zéro en matière d'exportations. Cette année, nos exportations atteignent entre cinq et six TWh, mais elles ont déjà touché les 28 TWh», a illustré André Caillé au cours d'un entretien avec Le Devoir.
Le plan déposé hier vise l'ajout de dix TWh à la capacité de production annuelle. La société d'État y parviendra en augmentant la productivité de son parc de production (0,6 TWh), en exploitant à pleine capacité les installations mises en service en 2003 (2,8 TWh) et en devançant la mise en service des ouvrages en construction ou en attente d'autorisation (6,5 TWh). Cependant, dans ce dernier cas, on peut au mieux miser sur une contribution additionnelle, venant de la centrale Toulnustouc, pour l'hiver 2005-06. L'apport d'Eastmain 1 ne sera pas effectif avant l'été 2007 alors qu'une mise en service accélérée de la centrale de Péribonka ne pourra pas se faire avant l'automne 2008 au plus tôt.
C'est donc dire que d'ici là, Hydro-Québec «devra maintenir une marge de manoeuvre suffisante au moyen d'une production thermique développée de manière sélective», peut-on lire dans le document remis hier. «La production thermique, à défaut d'autres solutions, l'aidera à faire le pont jusqu'à ce qu'elle dispose des importantes capacités de production qui proviendront de la centrale Eastmain 1-A et de la dérivation Rupert, une fois ce grand projet achevé.»
Le projet de la centrale thermique du Suroît sera donc relancé en vue d'une construction avant 2008. Cette centrale au gaz naturel, d'une puissance d'environ 800 MW, produirait environ 6,5 TWh d'énergie par année, a souligné Hydro-Québec. S'ajoutent la centrale de Bécancour, la cogénération et les 100 MW de biomasse. «Le thermique reste une énergie d'appoint», renchérit André Caillé.
Mais il insiste: «Nous en sommes au point d'équilibre. Nos périodes de pointe ne sont pas sans faire appel à notre pleine capacité, sans créer une certaine congestion sur le réseau. Le thermique permet de nous équiper rapidement et de répondre aux besoins lorsque ceux-ci se manifestent. On ne veut jamais se retrouver en situation de dépendance face aux marchés extérieurs.» Le président fait ici référence à la crise énergétique qui a frappé la Californie en 2000 et à la crise du nucléaire en Ontario, «qui a été obligé d'importer son électricité à des tarifs supérieurs de 30 %. Ça va coûter un milliard aux Ontariens».
Des investissements de 3,5 milliards
Une fois ces explications données, le virage production d'Hydro-Québec doit impliquer des investissements annuels haussés au rythme de 3,5 milliards de dollars, une vitesse de croisière que l'on souhaite maintenir jusqu'en 2020. De cette enveloppe, 1,5 milliard ira à l'entretien et au maintien à niveau des infrastructures actuelles. On ajoute donc deux milliards de dollars par année en développement. «Le potentiel hydroélectrique du Québec existe. On a une richesse au Québec, et c'est l'eau. On va vous enrichir en tant que Québécois. Le mandat reçu de Jean Lesage est de développer le potentiel hydroélectrique. C'est dans notre mission, c'est dans notre nature», souligne André Caillé, qui s'appuie sur un gouvernement libéral favorable au développement hydroélectrique.
Hydro-Québec a dégagé un bénéfice net record de 1,5 milliard en 2002, soit presque le double de celui de 1997. Cette année, ce bénéfice devrait atteindre 1,7 milliard pour s'élever à deux milliards en 2006 et clore l'exercice 2008 à 2,15 milliards. «On tient à la croissance à deux chiffres», insiste M. Caillé. Puisque la moitié de ce bénéfice est redirigée vers l'actionnaire, le gouvernement québécois devrait donc s'attendre à un dividende cumulé de 4,9 milliards sur l'horizon 2004-08. «À cette somme s'ajoutent 3,4 milliards en taxes versées au gouvernement du Québec et aux administrations municipales, en plus de 900 millions en frais de garantie relatifs aux emprunts.»
Quant aux retombées en matière d'emplois, le retour d'Hydro sur le mode développement devrait contribuer à la création ou au maintien de 30 000 emplois par année, outre les 22 200 d'Hydro. Pour la période 2004-08, «nos activités devraient contribuer à soutenir des emplois qui équivalent globalement à
220 000 années-personnes», estime la société d'État.
André Caillé voit plus loin. «Quand tout le potentiel sera développé, on parle de 40 TWh de plus, de 15 à 20 TWh d'exportions nettes.» À des prix de 6,5 à 7 ¢ le kWh, en concurrence directe avec le gaz naturel
(6,5 ¢) et mieux que le charbon (entre 8 et 9 ¢), qui aura dans l'intervalle emprunté le chemin d'une technologie dite propre (clean coal).
«L'hydroélectricité est une réponse au réchauffement de la planète. Elle s'insère très bien dans l'atteinte des objectifs de Kyoto en matière d'énergie et de réduction des gaz à effet de serre», conclut le p.-d.g.
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