Chrétien aurait rejeté un OUI victorieux
Ottawa — Le premier ministre Jean Chrétien ne comptait pas reconnaître une victoire serrée des souverainistes lors du référendum de 1995 et avait fait préparer un discours pour en informer les Québécois le soir du vote, révèle le deuxième tome d'une biographie de M. Chrétien qui doit paraître cette semaine.
Le ministre de la Défense de l'époque, David Collenette, était prêt aussi, indique l'auteur, à assurer, si nécessaire, la protection militaire des institutions fédérales au Québec, une information qu'a catégoriquement niée le premier ministre hier.
«Pour les soldats, je ne sais pas comment on pourrait dire ça en français, mais c'est de la "bullshit". Je n'ai jamais pensé à ça», a-t-il dit depuis Bangkok où il se trouvait pour participer à la réunion de l'APEC.
M. Chrétien n'a pas commenté les passages du livre de M. Martin faisant état de son intention, en 1995, de ne pas reconnaître une victoire serrée du OUI et de le faire savoir aux Québécois le soir du vote, le 30 octobre 1995. Ç'aurait été une première, car jusqu'à cette date et durant toute la campagne référendaire, il avait esquivé la question.
Sa décision semblait pourtant prise puisque son conseiller de toujours, Eddie Goldenberg, avait préparé un discours, en cas de défaite. M. Goldenberg a confié à Lawrence Martin que M. Chrétien aurait alors dit: «Nous avons compris le message de la population, mais ce n'est pas de briser le pays. Nous avons du travail à faire, mais ce n'est pas de briser le pays. [...] Nous avons des problèmes à résoudre et nous allons travailler ensemble».
Le solliciteur général de l'époque, Herb Gray, qui dit être, comme la plupart des ministres, un tenant de la ligne dure, va plus loin. «Le référendum était un exercice consultatif et rien dans notre constitution ne permet de changer quoi que ce soit au moyen d'un référendum. [...] Le résultat n'allait pas être ignoré, mais ça n'allait pas changer quelque chose non plus», a-t-il dit à l'auteur de Iron Man: The Defiant Reign of Jean Chretien.
Selon M. Martin, tous ses échanges avec les acteurs du temps tournaient autour d'un résultat serré. Il n'a jamais exploré quelle aurait été leur réaction advenant une victoire importante des souverainistes.
Le ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion, soutient aujourd'hui que la position d'Ottawa a toujours été de négocier, mais seulement si la question et la majorité étaient claires, une approche reprise dans la Loi sur la clarté adoptée depuis. M. Dion n'était toutefois pas à Ottawa à l'époque. Parmi ceux qui y étaient, aucun n'avait été aussi limpide sur les intentions d'Ottawa. De plus, le commentaire de M. Gray sur le caractère strictement consultatif d'un référendum tend à confirmer que la négociation n'était pas dans les cartes.
Les arguments que comptaient utiliser M. Chrétien sont connus: question ambiguë, résultats trop serrés. «À 50 % plus un, je n'étais pas pour laisser aller le pays», de dire le premier ministre à l'auteur. Le camp du NON a remporté le référendum de 1995 avec un maigre 50,6 % des voix comparativement à 49,4 % pour le OUI.
Ce possible refus de négocier et le scénario d'une intervention militaire, même limitée, ont fait bondir le Bloc québécois. «Les deux sont inquiétants», a réagi le chef Gilles Duceppe. Il a rappelé que M. Chrétien avait pourtant dit, quelques jours avant le référendum, qu'il s'agissait d'un choix irréversible et, une fois le vote terminé, que le peuple a toujours raison. «Dans la mesure où il gagnait. [...] C'est inquiétant comme concept de démocratie.»
M. Duceppe était tout aussi indigné qu'on ait pu penser faire appel à l'armée. Ses députés et lui étaient d'ailleurs furieux devant le refus de M. Collenette de répondre aux questions sur le sujet aux Communes. «Les Québécois ont le droit de savoir», a lancé M. Duceppe.
Il faut noter qu'aucune citation de M. Collenette ne vient soutenir la thèse d'une intervention militaire au lendemain du vote. Le livre parle de protection des propriétés fédérales contre «une mainmise souverainiste», mais les commentaires cités sont assez vagues. «J'étais dans une position difficile. J'étais ministre de la Défense. Il y avait des choses qui se passaient pour lesquelles il fallait se préparer et dont je n'ai même pas l'intention de parler», a confié le ministre à M. Martin.
Il lui a aussi fait part des sentiments qu'il avait à l'époque à l'égard des souverainistes. «Ceci est mon pays. Je me fiche des chiffres. C'est une chose de dire que vous voulez vous séparer, mais maintenant on commence à jouer dur parce ce nous n'allons pas abandonner tous ces gens qui veulent rester au sein du Canada.»
Le ministre Collenette, aujourd'hui responsable des Transports, a reconnu hier l'exactitude de la première citation, mais n'a jamais voulu dire s'il avait ou non un plan pour intervenir au Québec. Il a dit vouloir lire le livre avant de commenter. Ses collègues Allan Rock et John Manley ont pour leur part dit qu'ils n'avaient jamais eu connaissance d'un plan du genre.
Lawrence Martin a convenu, en point de presse, que M. Collenette ne lui a pas parlé des détails de ses préparatifs et que lui-même ne s'y est pas attardé parce que ce n'était pas l'objet de son livre.
Avec la Presse canadienne
Le ministre de la Défense de l'époque, David Collenette, était prêt aussi, indique l'auteur, à assurer, si nécessaire, la protection militaire des institutions fédérales au Québec, une information qu'a catégoriquement niée le premier ministre hier.
«Pour les soldats, je ne sais pas comment on pourrait dire ça en français, mais c'est de la "bullshit". Je n'ai jamais pensé à ça», a-t-il dit depuis Bangkok où il se trouvait pour participer à la réunion de l'APEC.
M. Chrétien n'a pas commenté les passages du livre de M. Martin faisant état de son intention, en 1995, de ne pas reconnaître une victoire serrée du OUI et de le faire savoir aux Québécois le soir du vote, le 30 octobre 1995. Ç'aurait été une première, car jusqu'à cette date et durant toute la campagne référendaire, il avait esquivé la question.
Sa décision semblait pourtant prise puisque son conseiller de toujours, Eddie Goldenberg, avait préparé un discours, en cas de défaite. M. Goldenberg a confié à Lawrence Martin que M. Chrétien aurait alors dit: «Nous avons compris le message de la population, mais ce n'est pas de briser le pays. Nous avons du travail à faire, mais ce n'est pas de briser le pays. [...] Nous avons des problèmes à résoudre et nous allons travailler ensemble».
Le solliciteur général de l'époque, Herb Gray, qui dit être, comme la plupart des ministres, un tenant de la ligne dure, va plus loin. «Le référendum était un exercice consultatif et rien dans notre constitution ne permet de changer quoi que ce soit au moyen d'un référendum. [...] Le résultat n'allait pas être ignoré, mais ça n'allait pas changer quelque chose non plus», a-t-il dit à l'auteur de Iron Man: The Defiant Reign of Jean Chretien.
Selon M. Martin, tous ses échanges avec les acteurs du temps tournaient autour d'un résultat serré. Il n'a jamais exploré quelle aurait été leur réaction advenant une victoire importante des souverainistes.
Le ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion, soutient aujourd'hui que la position d'Ottawa a toujours été de négocier, mais seulement si la question et la majorité étaient claires, une approche reprise dans la Loi sur la clarté adoptée depuis. M. Dion n'était toutefois pas à Ottawa à l'époque. Parmi ceux qui y étaient, aucun n'avait été aussi limpide sur les intentions d'Ottawa. De plus, le commentaire de M. Gray sur le caractère strictement consultatif d'un référendum tend à confirmer que la négociation n'était pas dans les cartes.
Les arguments que comptaient utiliser M. Chrétien sont connus: question ambiguë, résultats trop serrés. «À 50 % plus un, je n'étais pas pour laisser aller le pays», de dire le premier ministre à l'auteur. Le camp du NON a remporté le référendum de 1995 avec un maigre 50,6 % des voix comparativement à 49,4 % pour le OUI.
Ce possible refus de négocier et le scénario d'une intervention militaire, même limitée, ont fait bondir le Bloc québécois. «Les deux sont inquiétants», a réagi le chef Gilles Duceppe. Il a rappelé que M. Chrétien avait pourtant dit, quelques jours avant le référendum, qu'il s'agissait d'un choix irréversible et, une fois le vote terminé, que le peuple a toujours raison. «Dans la mesure où il gagnait. [...] C'est inquiétant comme concept de démocratie.»
M. Duceppe était tout aussi indigné qu'on ait pu penser faire appel à l'armée. Ses députés et lui étaient d'ailleurs furieux devant le refus de M. Collenette de répondre aux questions sur le sujet aux Communes. «Les Québécois ont le droit de savoir», a lancé M. Duceppe.
Il faut noter qu'aucune citation de M. Collenette ne vient soutenir la thèse d'une intervention militaire au lendemain du vote. Le livre parle de protection des propriétés fédérales contre «une mainmise souverainiste», mais les commentaires cités sont assez vagues. «J'étais dans une position difficile. J'étais ministre de la Défense. Il y avait des choses qui se passaient pour lesquelles il fallait se préparer et dont je n'ai même pas l'intention de parler», a confié le ministre à M. Martin.
Il lui a aussi fait part des sentiments qu'il avait à l'époque à l'égard des souverainistes. «Ceci est mon pays. Je me fiche des chiffres. C'est une chose de dire que vous voulez vous séparer, mais maintenant on commence à jouer dur parce ce nous n'allons pas abandonner tous ces gens qui veulent rester au sein du Canada.»
Le ministre Collenette, aujourd'hui responsable des Transports, a reconnu hier l'exactitude de la première citation, mais n'a jamais voulu dire s'il avait ou non un plan pour intervenir au Québec. Il a dit vouloir lire le livre avant de commenter. Ses collègues Allan Rock et John Manley ont pour leur part dit qu'ils n'avaient jamais eu connaissance d'un plan du genre.
Lawrence Martin a convenu, en point de presse, que M. Collenette ne lui a pas parlé des détails de ses préparatifs et que lui-même ne s'y est pas attardé parce que ce n'était pas l'objet de son livre.
Avec la Presse canadienne
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