Diversité culturelle - La mémoire courte
Quelle déception en lisant, avec quelques jours de retard, Le Devoir de mercredi dernier!
Ni Bernard Descôteaux, dans son édito, ni Stéphane Baillargeon, dans son article sur la conférence générale de l'UNESCO, ne reconnaissent le rôle primordial joué par le Québec et par des Québécois dans la promotion de la diversité culturelle (ce qui n'enlève rien aux mérites de Mme Copps). Pis, M. Baillargeon a porté l'insulte à son comble en écrivant au détour d'une phrase que le Québec est, bien sûr, favorable à la diversité culturelle mais que, ne participant pas aux organisations internationales, il ne peut rien faire. Or le Québec est membre de plein droit de la Francophonie depuis 1970 et, d'autre part, les souverainistes expliquent que si nous, Québécois, voulons parler directement au monde dans d'autres enceintes internationales, il nous faut pour cela nous décider collectivement à faire l'indépendance nationale.
J'avais pensé écrire un texte de fond afin de remettre le rôle du Québec en perspective, mais comme mes nombreuses interventions dans vos pages au cours des dernières années n'ont visiblement laissé aucune trace dans la mémoire des journalistes, je me contenterai de rappeler les faits.
En décembre 1998, Lionel Jospin, alors premier ministre de la France, en visite officielle au Québec, signe avec Lucien Bouchard une entente créant un groupe de travail franco-québécois sur la diversité culturelle qui sera coprésidé par Catherine Lalumière, députée socialiste européenne, et Marie Malavoy.
Le rapport de ce groupe est rendu public en juin 2002. Il contient en particulier la première analyse juridique sur «la faisabilité d'un instrument international», analyse cosignée par deux juristes, l'un québécois, l'autre française. Cet axe franco-québécois donnera tous ses fruits lors du sommet de la Francophonie à Beyrouth, en octobre 2002, alors que Bernard Landry et le prince héritier du Maroc introduiront conjointement cette thématique qui deviendra la principale résolution de ce sommet.
La Francophonie, en votant le principe d'un traité sur la diversité culturelle, sera la première organisation internationale à s'engager en ce sens. Avec l'arrivée d'Abdou Diouf, le nouveau secrétaire général, la Francophonie poussera encore plus loin ce dossier. La semaine dernière, ses pays membres ont joué un rôle essentiel à l'UNESCO.
À ma connaissance, dans l'histoire des relations France-Québec, c'est la première fois qu'une entente bilatérale se prolonge ainsi sur le plan international. Ce que reconnaîtra le premier ministre Raffarin dans son discours lors de la remise de la Légion d'honneur à Lucien Bouchard à Paris l'an dernier. Et, divine surprise, d'après ce que j'entends de loin, c'est le seul dossier légué par l'ancien gouvernement que le nouveau gouvernement a repris à son compte. Je l'en félicite.
Il faut aussi féliciter particulièrement Pierre Curzi et Robert Pilon à la tête de la coalition Québec-Canada pour la diversité culturelle. Leur pugnacité est exemplaire puisque, grâce à eux, huit autres coalitions ont vu le jour à travers le monde (notamment en France et au Chili).
En conclusion, la devise du Devoir ne devrait-elle pas être, au lieu de «Fais ce que dois», «J'ai la mémoire qui flanche»?
P.-S.: pendant ce temps-là, dans une entrevue au Monde du 15 octobre, Mme [Sheila] Copps parle du «cinéma francophone canadien». La culture québécoise n'existe pas...
***
Réponse de Stéphane Baillargeon
Mme Beaudoin,
Le texte du Devoir auquel vous faites référence visait précisément à rappeler le rôle de Sheila Copps, ministre du Patrimoine canadien, dans le combat pour l'adoption par l'UNESCO d'une convention sur la diversité culturelle. Il mentionnait aussi l'importante participation du Québec et surtout des milieux culturels québécois dans ce dossier.
Ni Bernard Descôteaux, dans son édito, ni Stéphane Baillargeon, dans son article sur la conférence générale de l'UNESCO, ne reconnaissent le rôle primordial joué par le Québec et par des Québécois dans la promotion de la diversité culturelle (ce qui n'enlève rien aux mérites de Mme Copps). Pis, M. Baillargeon a porté l'insulte à son comble en écrivant au détour d'une phrase que le Québec est, bien sûr, favorable à la diversité culturelle mais que, ne participant pas aux organisations internationales, il ne peut rien faire. Or le Québec est membre de plein droit de la Francophonie depuis 1970 et, d'autre part, les souverainistes expliquent que si nous, Québécois, voulons parler directement au monde dans d'autres enceintes internationales, il nous faut pour cela nous décider collectivement à faire l'indépendance nationale.
J'avais pensé écrire un texte de fond afin de remettre le rôle du Québec en perspective, mais comme mes nombreuses interventions dans vos pages au cours des dernières années n'ont visiblement laissé aucune trace dans la mémoire des journalistes, je me contenterai de rappeler les faits.
En décembre 1998, Lionel Jospin, alors premier ministre de la France, en visite officielle au Québec, signe avec Lucien Bouchard une entente créant un groupe de travail franco-québécois sur la diversité culturelle qui sera coprésidé par Catherine Lalumière, députée socialiste européenne, et Marie Malavoy.
Le rapport de ce groupe est rendu public en juin 2002. Il contient en particulier la première analyse juridique sur «la faisabilité d'un instrument international», analyse cosignée par deux juristes, l'un québécois, l'autre française. Cet axe franco-québécois donnera tous ses fruits lors du sommet de la Francophonie à Beyrouth, en octobre 2002, alors que Bernard Landry et le prince héritier du Maroc introduiront conjointement cette thématique qui deviendra la principale résolution de ce sommet.
La Francophonie, en votant le principe d'un traité sur la diversité culturelle, sera la première organisation internationale à s'engager en ce sens. Avec l'arrivée d'Abdou Diouf, le nouveau secrétaire général, la Francophonie poussera encore plus loin ce dossier. La semaine dernière, ses pays membres ont joué un rôle essentiel à l'UNESCO.
À ma connaissance, dans l'histoire des relations France-Québec, c'est la première fois qu'une entente bilatérale se prolonge ainsi sur le plan international. Ce que reconnaîtra le premier ministre Raffarin dans son discours lors de la remise de la Légion d'honneur à Lucien Bouchard à Paris l'an dernier. Et, divine surprise, d'après ce que j'entends de loin, c'est le seul dossier légué par l'ancien gouvernement que le nouveau gouvernement a repris à son compte. Je l'en félicite.
Il faut aussi féliciter particulièrement Pierre Curzi et Robert Pilon à la tête de la coalition Québec-Canada pour la diversité culturelle. Leur pugnacité est exemplaire puisque, grâce à eux, huit autres coalitions ont vu le jour à travers le monde (notamment en France et au Chili).
En conclusion, la devise du Devoir ne devrait-elle pas être, au lieu de «Fais ce que dois», «J'ai la mémoire qui flanche»?
P.-S.: pendant ce temps-là, dans une entrevue au Monde du 15 octobre, Mme [Sheila] Copps parle du «cinéma francophone canadien». La culture québécoise n'existe pas...
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Réponse de Stéphane Baillargeon
Mme Beaudoin,
Le texte du Devoir auquel vous faites référence visait précisément à rappeler le rôle de Sheila Copps, ministre du Patrimoine canadien, dans le combat pour l'adoption par l'UNESCO d'une convention sur la diversité culturelle. Il mentionnait aussi l'importante participation du Québec et surtout des milieux culturels québécois dans ce dossier.
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