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Montée de lait

Josée Boileau   21 octobre 2003 
Michel Montignac est une redoutable machine à faire maigrir, fort d'une approche qu'il a peaufinée depuis 15 ans et que des constats scientifiques sont venus étayer. Du coup, on ne compte plus ses adeptes qui boivent ses paroles comme du petit-lait. Stop! Car voilà que le lait (de vache), et particulièrement le petit-lait!, est un des grands responsables de l'obésité, nous apprend M. Montignac dans un livre qui paraîtra sous peu au Québec.

Les réactions sont vives depuis la publication de cette nouvelle par Le Devoir. L'auteur a répliqué hier, faisant valoir que ses propos sont «scrupuleusement scientifiquement documentés». Et c'est vrai que l'on trouve dans son livre des données faisant le lien entre les protéines contenues dans le lait et la sécrétion excessive d'insuline, elle-même montrée du doigt pour expliquer la généralisation de l'obésité.

Il y a toutefois un silence agaçant dans cet ouvrage, L'Obésité chez l'enfant. On y cherchera en vain le tableau établissant la corrélation entre la hausse de poids d'une population donnée et l'augmentation du nombre de verres de lait qu'elle boit. Or les spécialistes s'entendent: la consommation de lait est en baisse depuis des années, au Québec comme ailleurs. Seuls les Français, qui ont récemment découvert les joies d'un bol de céréales au petit matin, en prennent plus qu'avant. Mais ils frémissent encore à l'idée d'accompagner leur jambon-beurre ou un petit pain au chocolat d'un grand verre de lait bien froid.

Il serait tentant d'en conclure que M. Montignac a envers le lait la même réaction que bien des Américains à l'égard d'un verre de vin: un rejet d'ordre culturel. Mais l'homme d'affaires à succès a des prétentions scientifiques: ne lui faisons donc pas l'injure de le caricaturer. Car tout n'est pas bête dans ce livre qui rappelle notamment les ravages du fast-food chez les enfants. Mais c'est bel et bien «le puissant lobby laitier» qui y est dénoncé, pas les chaînes d'alimentation rapide. C'est là un ordre de priorité surprenant, surtout envers un aliment qui a quand même quelques vertus!

Mais Michel Montignac n'a pas le monopole de la vérité en matière d'alimentation. Tant de recherches sont faites, tant de thèses circulent. À la mi-septembre, le quotidien torontois National Post a consacré une imposante série au sujet. Génétique, stress, mode de vie, biologie: les recherches vont dans toutes les directions. Seule constante: les nations grossissent à la hauteur de leur engouement pour McDo.

Pour les individus, c'est plus compliqué. Mais tout, au fond, ne se ramène-t-il pas à ce constat d'un cynique, lu il y a des années: «Même les chiens de ces gens-là sont trop gros.» Et chien-chien n'avait sûrement pas abusé du biberon.
 
 
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