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Les idées démodées de Paul Martin

Harold R. Chorney - Économiste et professeur, Politique publique, Université Concordia  20 octobre 2003 
Paul Martin est sur le point de devenir le nouveau premier ministre du Canada. Il est fier de ses réussites pendant sa carrière comme ministre des Finances. Il est particulièrement fier de sa politique d'assainissement des comptes publics, de l'élimination des déficits et de la réduction de la dette en relation au PNB, passée de plus de 70 % à seulement 40 %. Dans son récent discours à Montréal, il a insisté sur la priorité de continuer à réduire le poids de la dette en relation au PNB et à garder un budget équilibré.

Mais est-ce que c'est vraiment une bonne politique, surtout quand le taux de chômage atteint 9,6 % au Québec et 8 % au Canada? Je ne pense pas. Le pourcentage de la dette par rapport au PNB est le résultat de deux variables: la dette est le numérateur et le PNB est le dénominateur. Supposez que le taux de croissance moyen pour les prochains cinq ans est de 3 % alors que le ratio actuel est de 40 %; s'il n'y a pas un autre déficit dans les cinq prochaines années, le ratio diminuera de lui-même à 34,5 %.

De l'autre côté, imaginez qu'au cours des cinq ans à venir, soit à cause de l'augmentation de chômage ou de la décision d'investir dans les infrastructures urbaines, ou pour régler les problèmes du système de santé, ou un mélange des facteurs, il y ait un déficit de 3 % du PNB (aux États-Unis, le déficit de M. Bush est d'environ 5 % du PNB). Dans ce cas, la dette augmente de 30 milliards dans une année (plus les intérêts sur ces 30 milliards, soit 1,5 milliard par année) et reste la même pour les quatre autres années. En supposant que la croissance moyenne soit alors de 2,5 % par année, le ratio tombe à 38 %. Le ratio continue donc de diminuer mais à un rythme plus lent.

Par contre, il faut voir les résultats positifs qui découlent de cette situation: nous avons investi dans nos infrastructures, lutté contre le chômage, bloqué une autre récession et amélioré la qualité du système de santé et, en dépit de cela, nous avons aussi réduit le pourcentage de la dette par rapport au PNB. Pour remettre la question de la dette en perspective historique, il faut se rappeler que pendant la Deuxième Guerre mondiale, ce ratio a dépassé 130 % aux États-Unis et 110 % au Canada. Au Royaume Uni, le ratio a dépassé 300 %. Un taux de 38 % est donc très acceptable.

M. Martin déclare que le déficit est financé par les banquiers et les étrangers. Mais en réalité, la plupart de la dette et des déficits est financée par les bons achetés par les citoyens ordinaires qui utilisent leurs épargnes. Seulement 17 % est financé par les étrangers.

C'est le temps pour M. Martin d'étudier l'histoire de notre pays et de l'Occident en général. Équilibrer les comptes publics est une bonne politique, mais pas dans une période de croissance négative ou quand le taux de chômage est élevé. Pourquoi ne pas adopter un politique de plein emploi avec pour premier objectif la réduction du taux de chômage à 5 %? Cela est plus impressionnant que la réduction du ratio de la dette à 30 %.

Le problème avec l'approche de M. Martin, c'est qu'il est trop rigide et doctrinaire sur la question des déficits et des surplus. Jean Chrétien a bien fait de demander un programme de dépenses et d'investissements dans les services sociaux et les infrastructures. Sheila Copps a aussi demandé que l'on investisse nos surplus dans les infrastructures et nos services de santé et d'éducation. Nous ne pouvons pas tolérer d'autres années de négligence dans notre société. C'est le temps de repenser les dogmes. C'est le temps d'agir.
 
 
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