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    Parti québécois - La saison des idées

    18 octobre 2003 |Bernard Landry - Président du Parti québécois et chef de l'opposition officielle
    Le Parti québécois est reconnu comme un parti d'idées. Une idée centrale et déterminante — l'indépendance nationale — et une multitude d'autres qui en découlent ou non et qui sont porteuses du progrès de notre nation. Plusieurs ont déjà été appliquées, en près de vingt ans de gouvernement. L'action de notre parti a ainsi profondément transformé divers aspects de notre vie en société. Que l'on pense à la loi 101, à la loi sur le financement des partis politiques, à la protection du territoire agricole, à la loi antibriseurs de grève, à l'assurance automobile, à la loi sur l'équité salariale, à la loi sur les services essentiels, à la création des centres locaux de développement, au virage vers l'économie du savoir, à l'équilibre budgétaire retrouvé, à la création du Fonds de solidarité, à la Paix des braves, et j'en passe.

    Ces innovations, qui font la fierté du Québec d'aujourd'hui, ont été portées par les membres du Parti québécois ou se sont imposées à la faveur d'une écoute attentive de la société civile. C'est la CSN qui a fait germer l'assurance automobile; l'UPA, la Financière agricole; Desjardins, les fonds régionaux; la FTQ, les fonds de solidarité; le mouvement des femmes, l'équité salariale; le Chantier de l'économie sociale. les centres de la petite enfance, etc.

    Évidemment, il faut souhaiter que la «saison des idées» soit perpétuelle. Il faut aussi reconnaître qu'un séjour dans l'opposition, à l'écart des lourdes responsabilités du pouvoir, est favorable à la réflexion et à la conception innovatrice. Le Parti québécois est entré dans cette phase: déjà les idées fleurissent, la réflexion s'intensifie, les textes se multiplient. Nous n'avons pas perdu nos habitudes créatrices. D'autres débats passionnants s'annoncent. Je suis là pour les susciter et y participer activement.

    Les chantiers de la modernisation

    Nous sommes au début d'un nouveau cycle politique. C'est l'occasion pour le parti de se ressourcer afin d'être en mesure, lors de la prochaine élection, d'incarner de nouveau le changement et le progrès. C'est vers le Parti québécois que devront converger les idées novatrices et les courants les plus dynamiques de notre société. Aussi, sa modernisation ne se réduira-t-elle pas à quelques opérations de bricolage des statuts ou du programme. Elle sera l'occasion de nous consacrer comme mouvement politique moderne et innovateur.

    Cependant, il faudra avoir le courage de remettre en question des habitudes, des réflexes, des orientations qui ont longtemps été les nôtres. Certes, nous devons demeurer fidèles à nos valeurs et à nos idéaux, mais il ne faut pas craindre de revoir les moyens mis de l'avant pour les atteindre. Pour être féconde, la voie de la modernisation du Parti québécois devra nécessairement être dérangeante.

    La saison des idées sera donc empreinte de lucidité. Nous devons examiner sans complaisance le fonctionnement de notre parti, la pertinence de pans entiers de notre programme et réactualiser le discours souverainiste pour mieux l'inscrire au coeur des débats politiques et des préoccupations des Québécoises et des Québécois. Tels sont les thèmes des trois chantiers de modernisation qui seront lancés dans les prochains jours. Ces chantiers constitueront le canal par lequel pourra s'exprimer ce profond renouvellement du Parti québécois. Ils participeront au renouveau que le prochain Congrès national, au printemps 2005, le plus important peut-être dans l'histoire de notre parti, va consacrer.

    Un parti ouvert et inclusif

    C'est en puisant à l'esprit même de sa fondation que le Parti québécois doit se moderniser. Nous célébrons ces jours-ci nos 35 ans d'existence. Dès sa fondation, le Parti québécois se constitua en coalition de souverainistes de toutes tendances et de tous horizons autour d'un programme d'accession à l'indépendance nationale. René Lévesque a su transcender les différences et rallier l'énergie de notre peuple autour d'un projet d'épanouissement collectif dans lequel tous les souverainistes se sont reconnus. Ce rassemblement national, cette vaste coalition souverainiste, voilà ce que nous devons recréer.

    Le Parti québécois a, par ailleurs, longtemps été un modèle de démocratie participative, un parti à l'avant-garde des techniques de recrutement et d'organisation, capable de susciter l'engagement de centaine de milliers de citoyennes et de citoyens et de générer les débats d'idées qui ont marqué l'évolution du Québec. Il faut reconnaître qu'un grand coup de barre s'impose pour que notre parti retrouve sa capacité mobilisatrice, notamment auprès des jeunes, et prenne une nouvelle vitalité démocratique. Notre mouvement politique doit être plus ouvert et davantage inclusif pour les personnes issues de toutes les communautés et de toutes les régions. Il doit en outre s'ouvrir davantage au monde des idées et se placer à l'avant-garde de la révolution des nouvelles technologies de l'information et des communications interactives.

    Un programme moderne et progressiste

    La conjoncture politique nous offre l'occasion de renouer avec la tradition d'écoute et de proximité avec la population. Ainsi, devant la dérive conservatrice dans laquelle le Parti libéral entraîne présentement le Québec, il est de notre devoir, comme opposition officielle, de dénoncer cette approche, dont les conséquences peuvent marquer la vie des Québécoises et des Québécois pour longtemps. Mais il est non moins impératif d'offrir à la population du Québec un programme renouvelé et rassembleur, reflétant les valeurs progressistes qu'elle partage largement, mais s'appuyant sur le choix de moyens et de politiques résolument modernes et mieux adaptés au contexte du Québec d'aujourd'hui.

    Cette approche ouverte et modérée, ancrée dans des valeurs et guidée par le pragmatisme, fondée sur le consensus plutôt que sur la confrontation, me paraît plus susceptible de répondre aux besoins de la population que le dogmatisme de nos adversaires. Pour l'incarner, notre parti devra s'inspirer du courant de renouveau qui anime les partis progressistes, notamment en Europe. Suivant ce mouvement, il devra repenser le rôle de l'État et réexaminer les moyens d'offrir des services publics de qualité. Il devra aussi rechercher, dans la mise en oeuvre de nos pratiques de solidarité, un meilleur équilibre entre les droits et les devoirs des citoyennes et des citoyens.

    La modernité de notre approche doit aussi se traduire par une lecture juste et approfondie des enjeux politiques, sociaux et économiques qui marquent actuellement le Québec, au premier rang desquels figure à mon sens le déclin démographique. Au cours des prochaines années, nous serons en effet confrontés à un défi profond et complexe: le vieillissement rapide de notre population. Les conséquences de ce phénomène sont multiples et préoccupantes: pénuries de main-d'oeuvre, pression sur les finances publiques et sur le réseau de la santé, stagnation économique, etc. Aussi, le Parti québécois devra-t-il adopter une vision intégrée sur cette question afin d'offrir un éventail d'actions collectives à entreprendre pour faire face aux effets du vieillissement de la population, mais aussi d'en tirer le meilleur parti possible.

    Un pays à parachever

    Le Québec est un pays en devenir, un pays à parachever qui doit prendre sa place dans le concert des nations. La souveraineté doit être au coeur de la prochaine élection et son avènement doit survenir le plus rapidement possible après notre prochaine victoire électorale.

    Le Parti québécois doit donc baliser dès maintenant la voie qui conduira le Québec à son indépendance nationale. À cette fin, il nous faudra élaborer et déployer dans les meilleurs délais un plan de promotion et de mobilisation en faveur de la souveraineté du Québec. Il faudra aussi recentrer le discours sur la souveraineté en traçant de manière plus concrète les contours du pays du Québec et en montrant que son avènement servirait mieux les intérêts des Québécoises et des Québécois et répondrait davantage à leurs besoins et à leurs préoccupations. Il importe enfin de réévaluer les liens entre un Québec souverain et ses éventuels partenaires, à la lumière des réalités contemporaines de la mondialisation et de la construction de l'Europe et des Amériques.

    Un pacte entre les générations

    Le processus de modernisation dans lequel s'engage le Parti québécois sera sans lendemain s'il n'est pas soutenu et porté par une nouvelle génération de militantes et de militants. Je m'engage donc à prendre tous les moyens pour ouvrir les rangs du Parti québécois à la jeunesse comme jamais auparavant. J'en appelle à elle pour réinvestir massivement notre parti, le redynamiser et en faire le véhicule privilégié de ses intérêts et de ses aspirations.

    Mon appel à la jeunesse se veut inclusif et ne vise nullement à jouer les générations les unes contre les autres. Je veux au contraire inviter la jeunesse et la sagesse du Québec à conclure une alliance intergénérationnelle pour relever les défis du Québec contemporain.

    Ce pacte, le Parti québécois doit en donner l'exemple dans son fonctionnement et sa vie démocratique. Il doit aussi l'actualiser dans les orientations mises de l'avant dans son programme. Car c'est l'alliance des générations qui permettra de faire face au déclin démographique. Jeunes et moins jeunes doivent bâtir ensemble une politique de conciliation entre la famille et le travail qui fera du Québec le meilleur endroit au monde non seulement pour élever une famille, mais aussi pour mener une vie de famille pleinement satisfaisante. Ils devront ensemble faire en sorte que la politique de l'éducation soit conçue de manière à épouser les besoins de formation tout au long du cycle de la vie. La bataille du développement durable doit aussi devenir un symbole de la solidarité entre les générations dans leur commun désir de léguer aux enfants de demain un environnement de qualité.

    Mais surtout, pour que le Québec devienne souverain, il faudra un engagement ferme de la part des jeunes. Ce sont eux qui tiennent la clé pour un dénouement heureux de la question nationale. En 1980, le projet souverainiste a surtout été porté par les moins de 35 ans. En 1995, les moins de 55 ans ont très majoritairement appuyé le «oui». Au tournant de la prochaine décennie, une nouvelle génération d'électeurs joindra sa voix au débat national. Et j'ai la conviction que cette alliance entre la jeunesse et les militantes et les militants de la première heure, entre les souverainistes de 1980 qui sont maintenant grands-parents, leurs enfants qui ont voté «oui» en 1995 et leurs petits-enfants qui le feront dans quelques années, permettra au Québec de terminer sa marche patiente et sereine vers le Pays.












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