À boulets rouges sur Montignac
La charge engagée par Michel Montignac contre le lait pour résoudre le problème de l'obésité infantile laisse visiblement un goût amer dans le monde de la nutrition, où on l'accuse de tordre la réalité et de prêcher sans véritables bases scientifiques.
Plusieurs chercheurs et diététistes joints hier ont en effet tiré à boulets rouges sur la thèse défendue par Michel Montignac dans son livre à paraître, intitulé L'Obésité chez l'enfant - Comment la prévenir et la combattre, dont Le Devoir a publié des extraits hier.
Dans ce livre qui arrivera en libraire fin octobre, Montignac soutient que la montée en flèche du taux d'enfants obèses observée en Occident est en partie attribuable à la hausse de la consommation de lait survenue au cours des dernières décennies. À son avis, il faut limiter la consommation du lait et de ses dérivés au même titre que les aliments à forte teneur en glucides, comme les pains blancs, les pâtes et les sucreries, pour contrer l'excès de poids chez les enfants.
Or plusieurs chiffres semblent contredire le fondement même des prétentions de Michel Montignac. Même s'ils se sont fait dire «J'bois mon lait comme ça me plaît» toute leur enfance, les Québécois boivent beaucoup moins de lait qu'avant, affirment plusieurs spécialistes.
«En 1945, les Québécois buvaient quatre fois plus de lait que de boissons gazeuses, alors qu'aujourd'hui, ils boivent deux fois et demie plus de ces boissons que de lait! En partant, les affirmations de M. Montignac sur la consommation de lait à la hausse sont fausses», affirme Nathalie Jobin, directrice du Groupe Extenso, un centre de référence en nutrition humaine affilié à l'Université de Montréal.
Des chiffres de la Fédération des producteurs de lait du Québec démontrent eux aussi que le lait est de plus en plus délaissé. La consommation annuelle de lait, qui était de 103 litres par habitant au Québec en 1983, n'était plus que de 85 litres en 2001. Elle est aussi en chute libre dans plusieurs pays, dont la Suède (162 litres en 1980, 126 litres en 1993), la Nouvelle-Zélande (de 123 à 96 litres) et les États-Unis (de 108 à 88 litres), et en baisse ou stable dans la plupart des pays européens... sauf en France.
Isabelle Nederer, diététiste à la Fédération des producteurs laitiers du Canada, soutient d'ailleurs que depuis 30 ans, le lait a perdu du terrain au profit des boissons gazeuses, dont l'intérêt nutritif est pourtant à peu près nul. «La consommation de boissons gazeuses est passée de 55 litres à 117 litres par habitant par année en 30 ans», a-t-elle insisté.
Plusieurs spécialistes de la nutrition se sont dits complètement étonnés hier par l'absence de fondements scientifiques de la nouvelle thèse brandie par le roi de la diète nouveau genre. «Le problème avec Montignac, c'est qu'il grossit tout et qu'il n'y a aucune base scientifique à ses prétentions. Tout le monde sait que le lait a un index glycémique aussi bas que les légumineuses. À mon avis, le problème de l'obésité infantile est trop complexe pour avancer une explication aussi simpliste. Malheureusement, des gens y verront peut-être une solution miracle», a dénoncé la directrice du Groupe Extenso hier.
Plusieurs recherches scientifiques arrivent aussi à des constats parfaitement à l'opposé de ceux de Montignac. Une étude québécoise réalisée à l'Université Laval sur les liens entre la consommation de produits laitiers et l'excès de poids a plutôt mené à constater que les gros consommateurs de lait sont plus minces et mieux protégés contre l'embonpoint que les faibles consommateurs de lait.
«Il semble que l'apport de calcium, notamment celui contenu dans les produits laitiers, permette de mobiliser les lipides et favorise l'utilisation du gras. Le lait semble être un facilitateur de contrôle pondéral», a expliqué hier l'auteur de cette étude, le professeur Angelo Tremblay, directeur de l'Institut sur les nutraceutiques et les aliments fonctionnels de l'Université Laval. Il soutient que plusieurs recherches américaines sont arrivées aux mêmes conclusions.
Cela étant, M. Tremblay pourfend l'explication fournie par Michel Montignac pour prôner l'abandon partiel ou complet du lait chez les enfants rondouillards. «En disant que le lait est la calamité, Montignac est encore plus malhabile que dans ses autres ouvrages. L'obésité est un mal moderne, dû à notre évolution, et notamment au fait qu'on ne travaille plus dans les champs et qu'on se gave de fast-food», rétorque-t-il.
Nathalie Jobin, du Groupe Extenso, se dit tout aussi décontenancée de l'attaque à tout crin menée contre le lait et des régimes proposés pour vaincre l'obésité chez les jeunes. «On ne recommande jamais de régime pour les enfants mais simplement de remplacer les aliments camelote par des aliments sains. La privation a plutôt l'effet contraire et rend les aliments interdits d'autant plus attrayants», plaide-t-elle.
Selon Mme Jobin, il faut plutôt encourager l'exercice physique et changer doucement les habitudes alimentaires des jeunes trop adipeux. «Ce qu'il faut, c'est faire bouger les enfants, les décoller de la télévision et les amener à aller jouer dehors. Or Montignac ne croit pas à l'impact de l'activité physique», déplore Nathalie Jobin.
Compte tenu de la notoriété de la méthode Montignac, Isabelle Nederer craint les éventuels effets d'un tel message. À son avis, l'absence de lait peut nuire à la croissance des enfants. «Contrairement à ce que dit Montignac, on ne remplace pas le lait facilement. C'est une source naturelle de calcium, et notamment de vitamines A, D et D-12. Il faut deux tasses et demie de brocolis pour remplacer le calcium compris dans un verre de lait. Ce n'est pas si simple avec des enfants!», dit-elle.
L'Ordre professionnel des diététistes du Québec a quant à lui réservé ses commentaires hier jusqu'à la parution du livre de Michel Montignac.
Plusieurs chercheurs et diététistes joints hier ont en effet tiré à boulets rouges sur la thèse défendue par Michel Montignac dans son livre à paraître, intitulé L'Obésité chez l'enfant - Comment la prévenir et la combattre, dont Le Devoir a publié des extraits hier.
Dans ce livre qui arrivera en libraire fin octobre, Montignac soutient que la montée en flèche du taux d'enfants obèses observée en Occident est en partie attribuable à la hausse de la consommation de lait survenue au cours des dernières décennies. À son avis, il faut limiter la consommation du lait et de ses dérivés au même titre que les aliments à forte teneur en glucides, comme les pains blancs, les pâtes et les sucreries, pour contrer l'excès de poids chez les enfants.
Or plusieurs chiffres semblent contredire le fondement même des prétentions de Michel Montignac. Même s'ils se sont fait dire «J'bois mon lait comme ça me plaît» toute leur enfance, les Québécois boivent beaucoup moins de lait qu'avant, affirment plusieurs spécialistes.
«En 1945, les Québécois buvaient quatre fois plus de lait que de boissons gazeuses, alors qu'aujourd'hui, ils boivent deux fois et demie plus de ces boissons que de lait! En partant, les affirmations de M. Montignac sur la consommation de lait à la hausse sont fausses», affirme Nathalie Jobin, directrice du Groupe Extenso, un centre de référence en nutrition humaine affilié à l'Université de Montréal.
Des chiffres de la Fédération des producteurs de lait du Québec démontrent eux aussi que le lait est de plus en plus délaissé. La consommation annuelle de lait, qui était de 103 litres par habitant au Québec en 1983, n'était plus que de 85 litres en 2001. Elle est aussi en chute libre dans plusieurs pays, dont la Suède (162 litres en 1980, 126 litres en 1993), la Nouvelle-Zélande (de 123 à 96 litres) et les États-Unis (de 108 à 88 litres), et en baisse ou stable dans la plupart des pays européens... sauf en France.
Isabelle Nederer, diététiste à la Fédération des producteurs laitiers du Canada, soutient d'ailleurs que depuis 30 ans, le lait a perdu du terrain au profit des boissons gazeuses, dont l'intérêt nutritif est pourtant à peu près nul. «La consommation de boissons gazeuses est passée de 55 litres à 117 litres par habitant par année en 30 ans», a-t-elle insisté.
Plusieurs spécialistes de la nutrition se sont dits complètement étonnés hier par l'absence de fondements scientifiques de la nouvelle thèse brandie par le roi de la diète nouveau genre. «Le problème avec Montignac, c'est qu'il grossit tout et qu'il n'y a aucune base scientifique à ses prétentions. Tout le monde sait que le lait a un index glycémique aussi bas que les légumineuses. À mon avis, le problème de l'obésité infantile est trop complexe pour avancer une explication aussi simpliste. Malheureusement, des gens y verront peut-être une solution miracle», a dénoncé la directrice du Groupe Extenso hier.
Plusieurs recherches scientifiques arrivent aussi à des constats parfaitement à l'opposé de ceux de Montignac. Une étude québécoise réalisée à l'Université Laval sur les liens entre la consommation de produits laitiers et l'excès de poids a plutôt mené à constater que les gros consommateurs de lait sont plus minces et mieux protégés contre l'embonpoint que les faibles consommateurs de lait.
«Il semble que l'apport de calcium, notamment celui contenu dans les produits laitiers, permette de mobiliser les lipides et favorise l'utilisation du gras. Le lait semble être un facilitateur de contrôle pondéral», a expliqué hier l'auteur de cette étude, le professeur Angelo Tremblay, directeur de l'Institut sur les nutraceutiques et les aliments fonctionnels de l'Université Laval. Il soutient que plusieurs recherches américaines sont arrivées aux mêmes conclusions.
Cela étant, M. Tremblay pourfend l'explication fournie par Michel Montignac pour prôner l'abandon partiel ou complet du lait chez les enfants rondouillards. «En disant que le lait est la calamité, Montignac est encore plus malhabile que dans ses autres ouvrages. L'obésité est un mal moderne, dû à notre évolution, et notamment au fait qu'on ne travaille plus dans les champs et qu'on se gave de fast-food», rétorque-t-il.
Nathalie Jobin, du Groupe Extenso, se dit tout aussi décontenancée de l'attaque à tout crin menée contre le lait et des régimes proposés pour vaincre l'obésité chez les jeunes. «On ne recommande jamais de régime pour les enfants mais simplement de remplacer les aliments camelote par des aliments sains. La privation a plutôt l'effet contraire et rend les aliments interdits d'autant plus attrayants», plaide-t-elle.
Selon Mme Jobin, il faut plutôt encourager l'exercice physique et changer doucement les habitudes alimentaires des jeunes trop adipeux. «Ce qu'il faut, c'est faire bouger les enfants, les décoller de la télévision et les amener à aller jouer dehors. Or Montignac ne croit pas à l'impact de l'activité physique», déplore Nathalie Jobin.
Compte tenu de la notoriété de la méthode Montignac, Isabelle Nederer craint les éventuels effets d'un tel message. À son avis, l'absence de lait peut nuire à la croissance des enfants. «Contrairement à ce que dit Montignac, on ne remplace pas le lait facilement. C'est une source naturelle de calcium, et notamment de vitamines A, D et D-12. Il faut deux tasses et demie de brocolis pour remplacer le calcium compris dans un verre de lait. Ce n'est pas si simple avec des enfants!», dit-elle.
L'Ordre professionnel des diététistes du Québec a quant à lui réservé ses commentaires hier jusqu'à la parution du livre de Michel Montignac.
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