L'Alliance et le PC fusionnent
Ottawa - La famille conservatrice canadienne fait la paix après 15 ans de disputes. Le Parti progressiste-conservateur et l'Alliance canadienne dévoileront dès ce matin une entente de principe en vue de la fusion des deux partis.
Les chefs des deux formations politiques, le conservateur Peter MacKay et l'allianciste Stephen Harper, travaillaient hier soir à mettre la dernière main à un accord qui doit consacrer l'union de leurs forces en vue des prochaines élections fédérales. Tout devrait être scellé au cours d'une conférence de presse, à 9h ce matin, à moins que ne survienne un revirement de dernière minute, comme il s'en est souvent produit au cours des négociations amorcées en juin dernier.
«C'est vraiment historique», a lancé M. Harper avant de quitter Calgary, disant réaliser ainsi l'objectif de base de son parti. À son arrivée à Ottawa, Peter MacKay a renchéri: «C'est une évolution et non une régression du Parti conservateur. [...] C'est une décision importante et historique pour le pays.» Les deux chefs se sont parlé hier matin avant d'annuler leurs activités dans leur comté respectif et de sauter à bord d'un avion pour se retrouver à Ottawa hier soir.
Malgré ce sursaut d'activité, l'entourage des deux chefs se montrait prudent hier, hésitant à crier victoire avant l'annonce officielle de la naissance de ce qui s'appellera le Parti conservateur. Il faut dire que les deux camps ont été échaudés depuis plusieurs semaines.
Dès que les négociations sont devenues chose publique, en septembre, l'affaire a pris des allures de montagnes russes. Les ultimatums succédaient aux accusations de mauvaise foi. Un arrêt des négociations était aussitôt suivi d'un coup de téléphone pacificateur. Dès qu'un des protagonistes parlait de progrès importants, l'autre s'empressait de calmer les ardeurs.
Il y a deux semaines, peu de gens y croyaient encore, les deux partis ne s'entendant pas sur la façon d'élire le chef ou d'adopter les politiques du nouveau parti. MM. Harper et MacKay ont donc pris les choses en main, poussés par leurs membres et plusieurs éminences grises, en particulier certains premiers ministres conservateurs provinciaux et, au dire de certains, l'ancien premier ministre conservateur Brian Mulroney.
C'est toutefois un compromis important de la part de Stephen Harper qui a permis de dénouer l'impasse mardi, a confié au Devoir une personne proche des discussions. Les alliancistes, avec leur membership imposant dans l'Ouest, tenaient au principe «un membre, un vote». Les conservateurs, eux, voulaient que l'égalité des circonscriptions soit respectée, question d'éviter qu'une région comptant un nombre important de membres impose ses vues.
Pour résoudre cette équation, le PC a suggéré d'élire le prochain chef de la même façon que Joe Clark l'a été en 1998. Ainsi, tous les membres auraient le droit de vote, mais chaque comté aurait un nombre égal de points à accorder aux candidats, soit 100. Ces points seraient partagés entre les candidats en fonction du pourcentage des voix obtenues localement. Le total de tous les points déterminerait le gagnant.
Après avoir résisté, Stephen Harper a acquiescé, tout comme il a accepté que chaque comté envoie un nombre égal de délégués à un congrès où le programme du parti et sa constitution seront adoptés. En échange, il a toutefois obtenu que les décisions du congrès soient approuvées par une double majorité, soit la majorité des délégués présents et la majorité des délégués de chaque région.
MM. Harper et MacKay se préparent à présider à un mariage de raison, guidé uniquement par la nécessité de mettre fin à la division du vote de droite. L'opération ne se fera pas sans grincements de dents. Les conservateurs ont toujours considéré que la naissance du Reform Party en 1988 avait mené à cette division et à la défaite catastrophique du PC aux élections de novembre 1993. Celui-ci avait été réduit à deux sièges alors que le Reform, populiste et enraciné dans l'Ouest, avait remporté 52 sièges.
Toutefois, le PC a toujours résisté aux projets d'union de la droite caressés par le chef réformiste Preston Manning au lendemain des élections de 1997. Incapable de décoller à l'est du Manitoba et frustré de voir les libéraux se maintenir au pouvoir sans opposition, M. Manning avait lancé l'opération «Alternative unie» en 1998, mettant tout en jeu, son leadership et son parti. Cela avait mené à la création de l'Alliance canadienne mais pas à la fin de la division du vote conservateur, le PC de Joe Clark refusant de jouer le jeu.
La démarche d'aujourd'hui est plus prometteuse, mais rien ne garantit qu'elle aura plus de succès. Les députés alliancistes prévoient de se rencontrer dès dimanche pour discuter de l'entente. Cependant, contrairement à M. Harper, M. MacKay ne bénéficie pas de l'appui inconditionnel de ses troupes. Il a d'ailleurs pris le temps, avant de quitter Halifax hier, de tenir une conférence téléphonique avec son caucus, question de tâter le pouls. Certains membres, dont le seul député conservateur du Québec, André Bachand, ont déjà manifesté leur opposition à une union avec l'Alliance. M. Bachand a refusé de commenter hier, préférant attendre à ce matin.
Selon le député Loyola Hearn, il n'y aurait toujours pas unanimité au sein du caucus, mais la grande majorité serait derrière le chef. Le député terre-neuvien, qui pense qu'il s'agit de l'entente de la dernière chance, ne s'est pas montré très tendre à l'endroit de quelques récalcitrants, bien qu'il n'ait pas voulu les identifier.
«La résistance est minimale. Il y en aura qui s'opposeront, certains pour des raisons fondamentales, d'autres parce qu'ils veulent passer à autre chose et cherchent une excuse pour justifier leur geste», a-t-il confié.
Les deux chefs doivent aussi obtenir l'appui des membres de leur parti. Selon Newsworld, ils envisageraient de les consulter par la poste d'ici le 12 décembre afin de pouvoir tenir un congrès au leadership dès le 21 mars 2004.
Pour l'Alliance, un vote majoritaire des membres suffit pour modifier la constitution du parti. Les règles du PC, par contre, exigent un vote favorable des deux tiers. M. MacKay doit songer à l'éventuelle opposition des partisans de David Orchard, à qui il doit d'être chef. Lors du congrès au leadership, les deux hommes avaient conclu une entente prévoyant la préservation du parti, ce qui avait mené M. Orchard à se rallier derrière M. MacKay.
Les chefs des deux formations politiques, le conservateur Peter MacKay et l'allianciste Stephen Harper, travaillaient hier soir à mettre la dernière main à un accord qui doit consacrer l'union de leurs forces en vue des prochaines élections fédérales. Tout devrait être scellé au cours d'une conférence de presse, à 9h ce matin, à moins que ne survienne un revirement de dernière minute, comme il s'en est souvent produit au cours des négociations amorcées en juin dernier.
«C'est vraiment historique», a lancé M. Harper avant de quitter Calgary, disant réaliser ainsi l'objectif de base de son parti. À son arrivée à Ottawa, Peter MacKay a renchéri: «C'est une évolution et non une régression du Parti conservateur. [...] C'est une décision importante et historique pour le pays.» Les deux chefs se sont parlé hier matin avant d'annuler leurs activités dans leur comté respectif et de sauter à bord d'un avion pour se retrouver à Ottawa hier soir.
Malgré ce sursaut d'activité, l'entourage des deux chefs se montrait prudent hier, hésitant à crier victoire avant l'annonce officielle de la naissance de ce qui s'appellera le Parti conservateur. Il faut dire que les deux camps ont été échaudés depuis plusieurs semaines.
Dès que les négociations sont devenues chose publique, en septembre, l'affaire a pris des allures de montagnes russes. Les ultimatums succédaient aux accusations de mauvaise foi. Un arrêt des négociations était aussitôt suivi d'un coup de téléphone pacificateur. Dès qu'un des protagonistes parlait de progrès importants, l'autre s'empressait de calmer les ardeurs.
Il y a deux semaines, peu de gens y croyaient encore, les deux partis ne s'entendant pas sur la façon d'élire le chef ou d'adopter les politiques du nouveau parti. MM. Harper et MacKay ont donc pris les choses en main, poussés par leurs membres et plusieurs éminences grises, en particulier certains premiers ministres conservateurs provinciaux et, au dire de certains, l'ancien premier ministre conservateur Brian Mulroney.
C'est toutefois un compromis important de la part de Stephen Harper qui a permis de dénouer l'impasse mardi, a confié au Devoir une personne proche des discussions. Les alliancistes, avec leur membership imposant dans l'Ouest, tenaient au principe «un membre, un vote». Les conservateurs, eux, voulaient que l'égalité des circonscriptions soit respectée, question d'éviter qu'une région comptant un nombre important de membres impose ses vues.
Pour résoudre cette équation, le PC a suggéré d'élire le prochain chef de la même façon que Joe Clark l'a été en 1998. Ainsi, tous les membres auraient le droit de vote, mais chaque comté aurait un nombre égal de points à accorder aux candidats, soit 100. Ces points seraient partagés entre les candidats en fonction du pourcentage des voix obtenues localement. Le total de tous les points déterminerait le gagnant.
Après avoir résisté, Stephen Harper a acquiescé, tout comme il a accepté que chaque comté envoie un nombre égal de délégués à un congrès où le programme du parti et sa constitution seront adoptés. En échange, il a toutefois obtenu que les décisions du congrès soient approuvées par une double majorité, soit la majorité des délégués présents et la majorité des délégués de chaque région.
MM. Harper et MacKay se préparent à présider à un mariage de raison, guidé uniquement par la nécessité de mettre fin à la division du vote de droite. L'opération ne se fera pas sans grincements de dents. Les conservateurs ont toujours considéré que la naissance du Reform Party en 1988 avait mené à cette division et à la défaite catastrophique du PC aux élections de novembre 1993. Celui-ci avait été réduit à deux sièges alors que le Reform, populiste et enraciné dans l'Ouest, avait remporté 52 sièges.
Toutefois, le PC a toujours résisté aux projets d'union de la droite caressés par le chef réformiste Preston Manning au lendemain des élections de 1997. Incapable de décoller à l'est du Manitoba et frustré de voir les libéraux se maintenir au pouvoir sans opposition, M. Manning avait lancé l'opération «Alternative unie» en 1998, mettant tout en jeu, son leadership et son parti. Cela avait mené à la création de l'Alliance canadienne mais pas à la fin de la division du vote conservateur, le PC de Joe Clark refusant de jouer le jeu.
La démarche d'aujourd'hui est plus prometteuse, mais rien ne garantit qu'elle aura plus de succès. Les députés alliancistes prévoient de se rencontrer dès dimanche pour discuter de l'entente. Cependant, contrairement à M. Harper, M. MacKay ne bénéficie pas de l'appui inconditionnel de ses troupes. Il a d'ailleurs pris le temps, avant de quitter Halifax hier, de tenir une conférence téléphonique avec son caucus, question de tâter le pouls. Certains membres, dont le seul député conservateur du Québec, André Bachand, ont déjà manifesté leur opposition à une union avec l'Alliance. M. Bachand a refusé de commenter hier, préférant attendre à ce matin.
Selon le député Loyola Hearn, il n'y aurait toujours pas unanimité au sein du caucus, mais la grande majorité serait derrière le chef. Le député terre-neuvien, qui pense qu'il s'agit de l'entente de la dernière chance, ne s'est pas montré très tendre à l'endroit de quelques récalcitrants, bien qu'il n'ait pas voulu les identifier.
«La résistance est minimale. Il y en aura qui s'opposeront, certains pour des raisons fondamentales, d'autres parce qu'ils veulent passer à autre chose et cherchent une excuse pour justifier leur geste», a-t-il confié.
Les deux chefs doivent aussi obtenir l'appui des membres de leur parti. Selon Newsworld, ils envisageraient de les consulter par la poste d'ici le 12 décembre afin de pouvoir tenir un congrès au leadership dès le 21 mars 2004.
Pour l'Alliance, un vote majoritaire des membres suffit pour modifier la constitution du parti. Les règles du PC, par contre, exigent un vote favorable des deux tiers. M. MacKay doit songer à l'éventuelle opposition des partisans de David Orchard, à qui il doit d'être chef. Lors du congrès au leadership, les deux hommes avaient conclu une entente prévoyant la préservation du parti, ce qui avait mené M. Orchard à se rallier derrière M. MacKay.
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