La lettre de Charest déclenche un tollé
Québec — Alors que la lettre ouverte du premier ministre Jean Charest publiée hier dans Le Devoir visait à rassurer les Québécois, elle a plutôt alimenté la colère des groupes de pression. Les syndicats l'accusent de lancer une campagne de propagande à leur sujet pour mieux faire accepter son opération de révision du rôle de l'État.
C'est ce qu'ont affirmé hier les chefs syndicaux dans un concert unanime de contestations. Ils n'ont pas digéré que M. Charest ait osé écrire que les groupes d'intérêts «bénéficient du statu quo» et devraient «ne pas faire passer des intérêts corporatistes au-dessus des intérêts historiques du Québec».
«Le gouvernement est en train de faire une campagne de propagande: ceux qui ne sont pas tout à fait d'accord avec ce qu'il propose deviennent des "immobilistes". C'est un discours qui nous chagrine, qui nous choque. [...]. Nous sommes prêts à accepter des changements, mais de bons changements», a lancé hier le président de la FTQ, Henri Massé.
Le président de la CSQ, Réjean Parent, renchérit en affirmant que «c'est un leurre que de penser qu'on peut construire une société en tassant les principaux acteurs sociaux, comme les syndicats ou les ONG. C'est une mission périlleuse», a-t-il souligné.
«Si son projet était tant chéri par les Québécois, il serait occupé à mobiliser la population, à mobiliser les organismes, et à travailler de façon concertée. Le courant moderne se trouve dans l'adhésion des ressources alors qu'il travaille contre le monde», a ajouté M. Parent.
Jean Charest tente de «jouer sur les perceptions de la population» pour miner la crédibilité des groupes de pression, croit pour sa part la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. «Je pense que la population ne sera pas dupe», a-t-elle dit au Devoir.
Le président du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ), Michel Sawyer, estime que la lettre n'empêchera pas son organisation d'intervenir sur la place publique. «Se faire interpeller comme ça, ça nous donne plus d'adrénaline, plus d'énergie», a-t-il indiqué.
Les syndicats songent même à une «riposte rigoureuse» qui pourrait prendre la forme d'un front commun constitué de plusieurs groupes sociaux du Québec. «On voit la nécessité de resserrer le front, de présenter la résistance la plus unitaire possible. J'ose croire qu'éventuellement, on va avoir le front social le plus large possible au Québec», a affirmé Réjean Parent.
D'autres groupes de pression interrogés par Le Devoir se sont aussi indignés du ton emprunté par Jean Charest dans sa lettre, qu'il s'agisse du Front commun des personnes assistées sociales ou encore du Collectif pour un Québec sans pauvreté.
Claudette Carbonneau observe que le gouvernement Charest applique ni plus ni moins le programme électoral de l'ADQ. «Il ne lui manquait qu'une chose: une invective ouverte à l'égard des groupes de pression. C'est fait. Tout y est», a-t-elle lancé, tout en ajoutant que la lettre n'a rien pour rassurer les Québécois.
Les syndicats ont fait valoir qu'ils ne pensent pas qu'à leurs intérêts corporatistes — ils ont investi des efforts dans des luttes sociales qui ne concernaient pas directement leurs membres, soulignent-ils — et qu'ils ne sont pas des promoteurs du statu quo, puisqu'ils se disent ouverts aux débats.
Or, plaident les syndicats, Jean Charest ferme la porte à ces débats. «Si son projet était si grandiose, le gouvernement agirait à découvert plutôt que de le faire dans des comités secrets, dont il est impossible de savoir ce sur quoi ils travaillent précisément», a affirmé Réjean Parent.
Dans sa lettre, Jean Charest défend longuement son opération de révision du rôle de l'État. Les syndicats estiment qu'elle n'augure rien de bon, puisque le premier ministre fait la promotion du recours à la sous-traitance. «Ce n'est pas une cure de rajeunissement que le gouvernement est en train de nous faire vivre. Avec ce qu'il y a sur la planche à dessin, c'est une crise d'anorexie sociale. On ne dit pas juste qu'on veut faire les services autrement. On est en train de dire qu'on va payer du monde beaucoup moins cher pour les faire. Si lutter contre l'appauvrissement des travailleurs c'est du corporatisme, tant mieux. C'est notre job et on va continuer à le faire», a affirmé Henri Massé.
Alors que Jean Charest estime que l'immobilisme peut devenir synonyme de recul, Claudette Carbonneau rappelle au premier ministre qu'«il est possible de reculer tout en bougeant». Les syndicats craignent les actions futures du gouvernement dans la foulée de la publication de cette lettre, que ce soit au sujet des négociations sur le renouvellement des conventions collectives dans les secteurs public et parapublic et les modifications à l'article 45 du Code du travail pour faciliter la sous-traitance.
Les syndicats dénoncent le bilan des six premiers mois du gouvernement Charest tel que décrit par le premier ministre dans sa lettre. Ils notent que le marché de l'emploi ne s'est pas amélioré, puisque le taux de chômage se situe à 9,6 %, et que le secteur de l'éducation n'a pas bénéficié d'un réinvestissement majeur.
C'est ce que dénoncent d'ailleurs la Fédération étudiante universitaire du Québec et la Fédération étudiante collégiale du Québec. Elles critiquent l'attitude revancharde du premier ministre et se demandent comment il arrive à la conclusion que son gouvernement a «fait le plus important réinvestissement en éducation depuis 10 ans» et que «l'éducation est redevenue une grande priorité de l'État québécois». Les faits démontrent le contraire en raison d'une série de compressions.
Aveu de faiblesse
L'opposition péquiste estime que Jean Charest fait un formidable aveu de faiblesse avec sa lettre. «Quand un premier ministre, six mois après la prise du pouvoir, se sent obligé de s'expliquer, de valoriser l'action de son gouvernement, de dire aux gens de ne pas s'en faire, c'est un peu inquiétant sur la capacité du gouvernement de transmettre son message. Il ne passe tout simplement pas», a affirmé hier au Devoir le député et critique péquiste en matière de réingénierie de l'État, Sylvain Simard.
«Ce que Jean Charest dit, c'est que quels que soient les obstacles sur notre chemin, nous sommes parfaitement justifiés par notre élection pour avancer. Il y a une façon bizarre de gérer le Québec, alors que ça s'est toujours fait dans le dialogue. Là, c'est l'affrontement», a-t-il ajouté.
Selon lui, le premier ministre fait un «récit tronqué» des réalisations de son gouvernement. «En quoi y a-t-il eu un réinvestissement jamais vu en éducation? Il y a 200 millions de moins que dans le budget Marois [du mois de mars], 2 % de moins que dans le budget de l'an dernier», a-t-il dit.
Sylvain Simard a noté que le «buzzword» du gouvernement, réingénierie, a disparu du discours de Jean Charest. Le député en vient à dire que cette opération manque de sérieux. «On se serait attendu qu'une réforme en profondeur comme celle-là, si elle est vraiment voulue par le gouvernement, soit l'objet de plus de transparence et ne se fasse pas derrière des portes closes», a-t-il affirmé.
«Personne ne s'attendait en votant libéral que ce serait ça, le résultat. Il y a une surprise qu'on a donné un mandat qui est pour Jean Charest un chèque en blanc sur une réforme sans plus de consultation. Ça me semble une conception de la démocratie un peu douteuse», a-t-il ajouté.
Le président du Conseil du patronat du Québec, Gilles Taillon, se réjouit, lui, de la lettre de Jean Charest. «Il y a des gens qui poussent les hauts cris, qui promettent un automne chaud. Je pense que le premier ministre a voulu démontrer qu'il était sérieux. Le premier ministre dit aux gens qui s'énervent de se calmer, que le gouvernement est à réfléchir et à préparer des plans qu'il va nous montrer bientôt», a affirmé M. Taillon, qui attend beaucoup de la promesse du PLQ de faciliter le recours à la sous-traitance en modifiant l'article 45 du Code du travail.
C'est ce qu'ont affirmé hier les chefs syndicaux dans un concert unanime de contestations. Ils n'ont pas digéré que M. Charest ait osé écrire que les groupes d'intérêts «bénéficient du statu quo» et devraient «ne pas faire passer des intérêts corporatistes au-dessus des intérêts historiques du Québec».
«Le gouvernement est en train de faire une campagne de propagande: ceux qui ne sont pas tout à fait d'accord avec ce qu'il propose deviennent des "immobilistes". C'est un discours qui nous chagrine, qui nous choque. [...]. Nous sommes prêts à accepter des changements, mais de bons changements», a lancé hier le président de la FTQ, Henri Massé.
Le président de la CSQ, Réjean Parent, renchérit en affirmant que «c'est un leurre que de penser qu'on peut construire une société en tassant les principaux acteurs sociaux, comme les syndicats ou les ONG. C'est une mission périlleuse», a-t-il souligné.
«Si son projet était tant chéri par les Québécois, il serait occupé à mobiliser la population, à mobiliser les organismes, et à travailler de façon concertée. Le courant moderne se trouve dans l'adhésion des ressources alors qu'il travaille contre le monde», a ajouté M. Parent.
Jean Charest tente de «jouer sur les perceptions de la population» pour miner la crédibilité des groupes de pression, croit pour sa part la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. «Je pense que la population ne sera pas dupe», a-t-elle dit au Devoir.
Le président du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ), Michel Sawyer, estime que la lettre n'empêchera pas son organisation d'intervenir sur la place publique. «Se faire interpeller comme ça, ça nous donne plus d'adrénaline, plus d'énergie», a-t-il indiqué.
Les syndicats songent même à une «riposte rigoureuse» qui pourrait prendre la forme d'un front commun constitué de plusieurs groupes sociaux du Québec. «On voit la nécessité de resserrer le front, de présenter la résistance la plus unitaire possible. J'ose croire qu'éventuellement, on va avoir le front social le plus large possible au Québec», a affirmé Réjean Parent.
D'autres groupes de pression interrogés par Le Devoir se sont aussi indignés du ton emprunté par Jean Charest dans sa lettre, qu'il s'agisse du Front commun des personnes assistées sociales ou encore du Collectif pour un Québec sans pauvreté.
Claudette Carbonneau observe que le gouvernement Charest applique ni plus ni moins le programme électoral de l'ADQ. «Il ne lui manquait qu'une chose: une invective ouverte à l'égard des groupes de pression. C'est fait. Tout y est», a-t-elle lancé, tout en ajoutant que la lettre n'a rien pour rassurer les Québécois.
Les syndicats ont fait valoir qu'ils ne pensent pas qu'à leurs intérêts corporatistes — ils ont investi des efforts dans des luttes sociales qui ne concernaient pas directement leurs membres, soulignent-ils — et qu'ils ne sont pas des promoteurs du statu quo, puisqu'ils se disent ouverts aux débats.
Or, plaident les syndicats, Jean Charest ferme la porte à ces débats. «Si son projet était si grandiose, le gouvernement agirait à découvert plutôt que de le faire dans des comités secrets, dont il est impossible de savoir ce sur quoi ils travaillent précisément», a affirmé Réjean Parent.
Dans sa lettre, Jean Charest défend longuement son opération de révision du rôle de l'État. Les syndicats estiment qu'elle n'augure rien de bon, puisque le premier ministre fait la promotion du recours à la sous-traitance. «Ce n'est pas une cure de rajeunissement que le gouvernement est en train de nous faire vivre. Avec ce qu'il y a sur la planche à dessin, c'est une crise d'anorexie sociale. On ne dit pas juste qu'on veut faire les services autrement. On est en train de dire qu'on va payer du monde beaucoup moins cher pour les faire. Si lutter contre l'appauvrissement des travailleurs c'est du corporatisme, tant mieux. C'est notre job et on va continuer à le faire», a affirmé Henri Massé.
Alors que Jean Charest estime que l'immobilisme peut devenir synonyme de recul, Claudette Carbonneau rappelle au premier ministre qu'«il est possible de reculer tout en bougeant». Les syndicats craignent les actions futures du gouvernement dans la foulée de la publication de cette lettre, que ce soit au sujet des négociations sur le renouvellement des conventions collectives dans les secteurs public et parapublic et les modifications à l'article 45 du Code du travail pour faciliter la sous-traitance.
Les syndicats dénoncent le bilan des six premiers mois du gouvernement Charest tel que décrit par le premier ministre dans sa lettre. Ils notent que le marché de l'emploi ne s'est pas amélioré, puisque le taux de chômage se situe à 9,6 %, et que le secteur de l'éducation n'a pas bénéficié d'un réinvestissement majeur.
C'est ce que dénoncent d'ailleurs la Fédération étudiante universitaire du Québec et la Fédération étudiante collégiale du Québec. Elles critiquent l'attitude revancharde du premier ministre et se demandent comment il arrive à la conclusion que son gouvernement a «fait le plus important réinvestissement en éducation depuis 10 ans» et que «l'éducation est redevenue une grande priorité de l'État québécois». Les faits démontrent le contraire en raison d'une série de compressions.
Aveu de faiblesse
L'opposition péquiste estime que Jean Charest fait un formidable aveu de faiblesse avec sa lettre. «Quand un premier ministre, six mois après la prise du pouvoir, se sent obligé de s'expliquer, de valoriser l'action de son gouvernement, de dire aux gens de ne pas s'en faire, c'est un peu inquiétant sur la capacité du gouvernement de transmettre son message. Il ne passe tout simplement pas», a affirmé hier au Devoir le député et critique péquiste en matière de réingénierie de l'État, Sylvain Simard.
«Ce que Jean Charest dit, c'est que quels que soient les obstacles sur notre chemin, nous sommes parfaitement justifiés par notre élection pour avancer. Il y a une façon bizarre de gérer le Québec, alors que ça s'est toujours fait dans le dialogue. Là, c'est l'affrontement», a-t-il ajouté.
Selon lui, le premier ministre fait un «récit tronqué» des réalisations de son gouvernement. «En quoi y a-t-il eu un réinvestissement jamais vu en éducation? Il y a 200 millions de moins que dans le budget Marois [du mois de mars], 2 % de moins que dans le budget de l'an dernier», a-t-il dit.
Sylvain Simard a noté que le «buzzword» du gouvernement, réingénierie, a disparu du discours de Jean Charest. Le député en vient à dire que cette opération manque de sérieux. «On se serait attendu qu'une réforme en profondeur comme celle-là, si elle est vraiment voulue par le gouvernement, soit l'objet de plus de transparence et ne se fasse pas derrière des portes closes», a-t-il affirmé.
«Personne ne s'attendait en votant libéral que ce serait ça, le résultat. Il y a une surprise qu'on a donné un mandat qui est pour Jean Charest un chèque en blanc sur une réforme sans plus de consultation. Ça me semble une conception de la démocratie un peu douteuse», a-t-il ajouté.
Le président du Conseil du patronat du Québec, Gilles Taillon, se réjouit, lui, de la lettre de Jean Charest. «Il y a des gens qui poussent les hauts cris, qui promettent un automne chaud. Je pense que le premier ministre a voulu démontrer qu'il était sérieux. Le premier ministre dit aux gens qui s'énervent de se calmer, que le gouvernement est à réfléchir et à préparer des plans qu'il va nous montrer bientôt», a affirmé M. Taillon, qui attend beaucoup de la promesse du PLQ de faciliter le recours à la sous-traitance en modifiant l'article 45 du Code du travail.
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