Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Près de 20% des jeunes profs désertent

    Le ministère ne connaît pas les causes exactes du phénoméne

    15 octobre 2003 |Marie-Andrée Chouinard
    Environ 20 % des nouveaux enseignants du primaire et du secondaire quittent le navire après cinq années difficiles passées dans la profession, révèlent des statistiques du ministère de l'Éducation, qui n'arrive pas à savoir pour quelles raisons exactes ces jeunes enseignants tournent le dos à la profession après y avoir goûté.

    Selon des données issues de la banque PERCOS, qui analyse les déclarations du personnel des commissions scolaires, le problème du décrochage des jeunes enseignants est bien réel: l'examen d'une cohorte de nouveaux profs ayant obtenu leur diplôme en 1998 révèle que 17 % d'entre eux décrochent cinq ans après leur embauche dans une commission scolaire.

    Chez les francophones, le taux d'abandon est de 15 % dans la grande région de Montréal, le bassin d'élèves le plus populeux, contre 21 % pour les autres régions. Côté anglophone, ce sont 28 % des novices qui vont voir ailleurs si l'herbe est plus tendre.

    Les données consultées par Le Devoir démontrent que le réseau préscolaire et primaire voit quitter 13 % des nouveaux embauchés. Au secondaire, en formation générale, cette donnée grimpe à 21 %, et à 23 % dans les champs d'enseignement spécialisé. En adaptation scolaire, ce sont 9 % des nouveaux enseignants qui ne figurent plus dans les données officielles du ministère de l'Éducation (MEQ), qui ne connaît pas les raisons précises de tous ces départs.

    «Si on abandonne parce qu'on n'arrive pas à avoir un emploi de qualité, oui, c'est préoccupant», a indiqué hier Sylvie Turcotte, directrice de la formation et de la titularisation du personnel scolaire au MEQ. «Si on abandonne parce que la profession est trop difficile, ça c'est autre chose, mais je crois moins à cette seconde hypothèse.»

    Dans son numéro de la fin de semaine, Le Devoir s'est attardé aux difficultés vécues par les jeunes enseignants qui connaissent des débuts ardus dans la profession. Dans les commissions scolaires et les universités, on s'inquiète de ce phénomène, qui survient alors que le recrutement est encore très intensif dans les écoles, dans la foulée des nombreux départs à la retraite de 1997.

    Les novices entrent souvent dans une école par la porte de la suppléance, conservent un statut précaire entre deux et cinq ans, demeurent aux prises avec une tâche morcelée, une gestion de classe complexe, des écoles et des groupes différents pendant une même année, et surtout, l'impression de ne pouvoir se confier aux autres sans subir un jugement destructeur.

    Dans le tout dernier numéro de Vie pédagogique, rendu disponible cette semaine, des directions d'école et de commission scolaire évoquent l'aspect «critique» de ce phénomène que constitue le bris de contrat des nouveaux engagés. Cette revue, qui est la publication officielle du ministère de l'Éducation, consacre d'ailleurs son dossier principal à la seule question de l'insertion professionnelle des nouveaux enseignants.

    «Ce qui décourage souvent les jeunes enseignants, c'est le fait d'avoir une entrée difficile dans la profession, de rester longtemps dans un statut précaire, avec une diversité d'emplois», croit Sylvie Turcotte, qui souligne par ailleurs que les statistiques démontrent qu'un accès plus rapide à une situation plus stable dans l'emploi a une incidence favorable sur le taux d'abandon, que le ministère préfère voir sous le chapeau de la «persévérance».

    Les données du ministère révèlent en outre une amélioration du taux de persévérance des nouveaux diplômés, qui oscillait autour de 75 % pour la cohorte de 1990. L'embauche des enseignants du Québec dans d'autres provinces, qui a chuté considérablement, pourrait expliquer en partie cet apparent paradoxe.

    Le ministère n'a pas l'intention de «lancer une enquête pour connaître les raisons des départs des enseignants», explique Mme Turcotte. Nul projet non plus de financer par une enveloppe spéciale des projets d'insertion professionnelle que l'on voit naître de plus en plus dans les commissions scolaires, ce que recommandait pourtant, dans son dernier avis au MEQ, le Comité d'orientation de la formation du personnel enseignant (COFPE). Quinze millions de dollars sont octroyés chaque année par le MEQ pour le soutien aux stagiaires, pendant la formation universitaire, le stage constituant dorénavant une partie importante et obligatoire de la formation des futurs maîtres.

    «Bien sûr, la profession n'est pas facile, et ce ne sera jamais exagéré de souligner le fait qu'une personne abandonne parce qu'elle est découragée», note Mme Turcotte, qui juge la situation préoccupante, mais se rassure de voir que les données semblent dénoter une amélioration. «Mais ça n'a rien à voir avec ce que vivent les États-Unis [où on parle de taux d'abandon entre 30 et 50 %], parce que nos enseignants sont beaucoup mieux formés.»












    Envoyer
    Fermer
    Articles les plus : Populaires|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.