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Lettres: La réingénierie de l'État québécois: l'heure des choix

Claude Taillefer - Le 6 octobre 2003  14 octobre 2003 
Dernièrement, devant ses militants réunis en congrès à Laval, le premier ministre Jean Charest réitérait sa volonté de redéfinir le rôle de l'État. La priorité du nouveau gouvernement libéral, a-t-il dit, est de procéder sans délais à la réingénierie de l'État québécois en recentrant sa mission sur la dispensation des services «essentiels» aux citoyens. Ainsi, tous les programmes gouvernementaux qui ne touchent pas directement l'éducation, la santé ou la sécurité seront scrutés à la loupe. Le but avoué de cet exercice étant de délester l'État de certaines responsabilités qu'il assume depuis la révolution tranquille.

À l'heure des choix, j'aimerais formuler trois suggestions au premier ministre. Prenons d'abord le jeu. Est-ce que les jeux de hasard font partie de la mission essentiel de l'État? Je ne le pense pas. Et quoi qu'il en soit, selon les critères libéraux énoncés plus haut, le bon sens dicte que l'État n'a pas sa place dans les casinos. Le gouvernement n'a qu'à privatiser ce secteur économique, à le réglementer et à percevoir les taxes qui en découle. Le fera-t-il? J'en doute!

L'alcool maintenant. Est-ce que l'embouteillage, l'entreposage et la vente d'alcool entrent dans la mission essentiel de l'État? Je ne le pense pas. Et, selon les critères établis par les libéraux eux-mêmes, cela ne relève pas de la mission essentiel de l'État. Le gouvernement par souci de cohérence devrait reconnaître que son rôle n'est pas de vendre de l'alcool. Son rôle devrait se limiter à émettre des permis et percevoir des taxes. Voilà un autre secteur à privatiser. Le fera-t-il? J'en doute encore.

Considérons enfin l'adoption internationale. Est-ce essentiel à la mission de l'État québécois de promouvoir, par l'entremise du Secrétariat à l'adoption internationale, l'adoption d'enfants étrangers? Je ne le pense pas. Voilà un bel exemple d'organisme gouvernemental qui gaspille des fonds publics. Le rôle de l'État québécois devrait se borner à conclure des ententes avec le fédéral et les pays concernés de façon à s'assurer que les enfants sont en bonne santé et que les parents qui confient ainsi leurs enfants à l'adoption le font librement, sans menaces ni contraintes. Il est impératif que nul ne retire d'avantage pécuniaire indu de l'adoption d'enfants. Il faut éviter que l'adoption internationale ne devienne un «trafic d'enfants» comme cela est parfois le cas. Le rôle du gouvernement est de prévenir de tels abus en refusant de conclure des ententes avec ces escrocs. Que ceux qui décident, comme c'est leur droit, d'adopter des petits Chinois, assument la totalité des frais rattachés à leur choix. Que des organismes privés dûment accrédités veillent à faciliter les démarches des futurs parents et accompagnent ceux-ci dans cette aventure, non les contribuables.

Voilà ce qui à coup sûr ferait épargner quelques millions de dollars au Trésor public. Le gouvernement abolira-t-il son Secrétariat à l'adoption internationale? J'en doute. Mais alors on peut se demander à quoi rime cette prétendue réingénierie de l'État?











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