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Guy Taillefer   8 octobre 2003 
Le flou qui entoure la déportation à Damas, par les autorités américaines, du Canadien d'origine syrienne Maher Arar soulève trop de questions pour que Wayne Easter, le solliciteur général, refuse de tenir une enquête publique. Les attentats du 11 septembre 2001 ont donné lieu au Canada et aux États-Unis au renforcement des pouvoirs délégués aux corps policiers et aux services de renseignement en matière de lutte antiterroriste. Ils ont également suscité un important resserrement de la collaboration transfrontalière. Très nombreux sont ceux qui estiment que ces nouveaux pouvoirs portent atteinte aux libertés civiles. Une enquête sur le cas précis de M. Arar permettrait d'éclairer ce débat fondamental, que le gouvernement esquive en évoquant la protection des renseignements. Il en va de la confiance citoyenne dans ses institutions et de la légitimité des efforts déployés par le gouvernement pour prévenir et déraciner le terrorisme.

Lundi, à l'aéroport de Dorval, M. Arar a remercié Ottawa pour sa «diplomatie tranquille». On le comprend d'être reconnaissant de tous les efforts qui ont pu contribuer à le faire sortir de la prison de Damas où il croupissait depuis un an. Tant mieux si les démarches diplomatiques ont fini par porter fruits. Encore qu'on puisse se demander si ces démarches auraient été aussi intenses si Monia Mazigh, l'épouse de M. Arar, n'avait mis autant d'énergie auprès des médias et des politiciens à obtenir la libération de son mari.

Au cours de la dernière année, M. Arar aura pour ainsi dire été jugé coupable par insinuation. Comme des centaines d'autres suspects emprisonnés au Canada et aux États-Unis sur la base des nouvelles lois antiterroristes. Des sources américaines et syriennes — anonymes — ont lié M. Arar à al-Qaïda, alors que Paul Celluci, ambassadeur américain au Canada, a déclaré le printemps dernier qu'Ottawa «ne serait pas heureux» de voir revenir M. Arar. D'autres informations ont fait état de l'ouverture d'une enquête canado-américaine sur M. Arar bien avant ce jour de septembre 2002 où il a été intercepté à New York. Pourtant, il n'a à ce jour fait l'objet d'aucune accusation, ni au Canada, ni aux États-Unis, ni en Syrie.

M. Easter a nié avant-hier que le Canada ait été impliqué «dans la décision d'arrêter et d'expulser [M. Arar] vers la Syrie». Que le solliciteur joue ou non sur les mots, cela soulève de toute façon une question qui se trouve au coeur de la souveraineté du Canada et de la défense de sa citoyenneté. Pourquoi les Américains, plutôt que de remettre M. Arar aux autorités canadiennes, ont-ils chassé ce citoyen canadien en bonne et due forme vers cette Syrie sous dictature qu'il avait quittée depuis longtemps? Où que soit la réponse à cette question, l'affaire Arar dégage une mauvaise impression de justice sommaire et de ciblage racial qu'Ottawa devrait s'employer à dissiper dans la plus grande transparence.

gtaillefer@ledevoir.com
 
 
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