Libre opinion: La foire à la calomnie
Frédéric Simonnot - Montréal
6 octobre 2003
Faussement accusés en bloc d'avoir peut-être eu des relations sexuelles avec des prostituées mineures, double crime odieux s'il en est, tous les ministres de l'ex-gouvernement péquiste viennent de sentir le goût amer de la calomnie, le même que celui qu'ont dû recracher M. Yves Michaud en décembre 2000 et M. Jacques Parizeau le printemps dernier. Est-il plus agréable d'être accusé de pédophilie, d'antisémitisme ou de racisme dès lors que c'est pure calomnie?
Ces épisodes très fâcheux mériteraient sans doute une réflexion approfondie et de la part des politiciens sur l'utilisation de la calomnie comme arme politique et de la part des médias sur l'utilisation de la calomnie comme outil de marketing. À la lueur de ces quelques affaires, il semble qu'un petit exercice de déontologie général s'impose d'urgence.
Pendant toute une journée de septembre, les principaux médias du Québec ont fait leurs choux gras d'une fausse nouvelle incriminant sans distinction plus d'une trentaine de politiciens. Si la fausse nouvelle a ensuite été qualifiée de rumeur, il n'en demeure pas moins qu'on nous l'a servie sur toutes les unes, toutes les antennes et tous les réseaux ad nauseam. C'était la nouvelle du jour sur la planète Québec.
À cause de cette rumeur, pratiquement tous les ministres de l'ex-gouvernement péquiste se sont fait regarder comme des pédophiles probables pendant 24 à 48 heures. Du reste, comme il paraît qu'il n'y a pas de fumée sans feu, c'est l'adage qui l'affirme, il est certain que de nombreux Québécois demeurent persuadés que plusieurs chefs péquistes sont un peu pédophiles sur les bords. Bien fait pour eux! Quand tout le monde aura goûté à la calomnie, peut-être verra-t-on des dirigeants politiques et des responsables des médias se lever enfin pour refuser de faire le jeu des calomniateurs et exiger qu'ils soient dûment châtiés.
En attendant, si l'on ne peut pas se plaindre d'être mal informé dans notre Québec moderne, on ne peut pas dire qu'on le soit bien! Politiciens et médias nous manipulent et nous font perdre notre temps dans leur seul intérêt.
M. Jean Charest, premier ministre du Québec, a menti aux députés de l'Assemblée nationale du Québec dans l'affaire Michaud en décembre 2000, comme il a menti au peuple québécois dans l'affaire Parizeau bis lors des élections législatives du printemps dernier. Dans les deux cas, il a travesti les propos des intéressés, sans le moindre égard pour la vérité ni pour la réputation de ses adversaires politiques. De plus, il ne s'est toujours pas excusé et personne ne semble avoir décidé de le harceler avec de vraies questions intelligentes jusqu'à ce qu'il fasse amende honorable.
Le premier mensonge, proféré à seule fin de manipuler le plus grand nombre de citoyens possible, a conduit les députés de l'Assemblée nationale du Québec à adopter, le 14 décembre 2000, une motion de blâme contre M. Michaud pour avoir tenu «des propos qui sont de toute évidence inacceptables, qui ne laissent aucune place à l'interprétation non plus», selon M. Charest, alors chef de l'opposition officielle.
Le texte de la motion est le suivant: «Que l'Assemblée nationale dénonce sans nuance, de façon claire et unanime, les propos inacceptables à l'égard des communautés ethniques et, en particulier, à l'égard de la communauté juive tenus par Yves Michaud à l'occasion des audiences des états généraux sur le français à Montréal le 13 décembre 2000.»
Or, les seuls propos de M. Michaud à cette occasion concernant le peuple juif — et aucun autre groupe de citoyens — sont au contraire élogieux! Les voici: «Mes propres concitoyens devraient suivre l'exemple de ce que le chanoine Groulx disait à propos du peuple juif. Le chanoine Groulx disait et nous invitait, et je le cite, "à posséder, comme les Juifs, leur âpre volonté de survivance, leur invincible esprit de solidarité, leur impérissable armature morale". Et l'historien donnait alors l'exemple du peuple juif comme modèle à suivre pour que les Québécois affirment leur propre identité nationale et assument, et assument pleinement, l'héritage de leur histoire, ajoutant que l'anti-sémitisme était "une attitude anti-chrétienne et que les Chrétiens sont, en un sens, spirituellement des Sémites". Fin de la citation.»
En conséquence, les 109 députés qui ont approuvé cette motion à l'unanimité ont fait preuve d'irresponsabilité et de malhonnêteté intellectuelle en condamnant un citoyen sur la foi de ouï-dire plutôt que sur des faits, attitude scandaleuse permettant à la calomnie de triompher. Pire, cette motion a été décidée en violation des propres règles de fonctionnement de l'institution puisque l'article 324 de l'Assemblée nationale n'autorise les motions qu'à l'égard d'une personne autre qu'un député «qui aurait porté atteinte aux droits ou aux privilèges de l'Assemblée ou de l'un de ses membres», ce qui n'est à l'évidence pas le cas.
J'ajoute que tous ceux qui se réfugient aujourd'hui derrière cette sale bavure parlementaire au lieu de reconnaître qu'il s'agit d'un jugement infondé sont non seulement des calomniateurs, mais aussi des lâches. Quant aux autres propos que l'on s'est permis de reprocher à M. Michaud dans la foulée, aucun d'entre eux n'est inacceptable. En revanche, la calomnie d'origine de M. Charest l'est tout à fait.
Le second mensonge de M. Charest, sans même entrer dans le dossier plus que scabreux-farfelu-ridicule-ruineux des défusions municipales, l'a aidé à remporter les dernières élections. Tout le monde se souvient que le candidat Charest a de nouveau mis «des propos inacceptables» dans la bouche d'un ancien premier ministre du Québec, M. Jacques Parizeau. Le candidat Charest a délibérément jeté de l'huile sur les braises d'un vieux dossier, alors que M. Parizeau se bornait à expliquer sa déclaration controversée de 1995 — qu'il a lui même qualifiée de malheureuse par la suite.
Il s'agit donc bel et bien d'une seconde calomnie de la part de M. Charest. Extrêmement mal gérée par ses adversaires, c'est le moins que l'on puisse dire, elle a de nouveau divisé le Québec à l'avantage du candidat Charest, même si le politicien prétend ne pas aimer ce qui est divisif (sic). Qui sera sa prochaine victime?
Comme il y a bien d'autres calomniateurs en liberté au Québec, je regrette que les patrons de presse prennent exemple sur nos influençables députés pour mener à bien leur devoir d'information. Il suffit que n'importe qui laisse entendre que quelques grosses légumes sont impliquées dans une affaire salace pour que les médias prétendument sérieux se précipitent sur la rumeur comme la misère sur le monde, sans égard pour la vérité ni pour le b.a-ba du métier: on n'accuse pas sans preuve et on ne sort pas de nouvelle avant de l'avoir vérifiée. Espérons qu'ils trouveront d'autres modèles d'intégrité dont s'inspirer à l'avenir.
Ces épisodes très fâcheux mériteraient sans doute une réflexion approfondie et de la part des politiciens sur l'utilisation de la calomnie comme arme politique et de la part des médias sur l'utilisation de la calomnie comme outil de marketing. À la lueur de ces quelques affaires, il semble qu'un petit exercice de déontologie général s'impose d'urgence.
Pendant toute une journée de septembre, les principaux médias du Québec ont fait leurs choux gras d'une fausse nouvelle incriminant sans distinction plus d'une trentaine de politiciens. Si la fausse nouvelle a ensuite été qualifiée de rumeur, il n'en demeure pas moins qu'on nous l'a servie sur toutes les unes, toutes les antennes et tous les réseaux ad nauseam. C'était la nouvelle du jour sur la planète Québec.
À cause de cette rumeur, pratiquement tous les ministres de l'ex-gouvernement péquiste se sont fait regarder comme des pédophiles probables pendant 24 à 48 heures. Du reste, comme il paraît qu'il n'y a pas de fumée sans feu, c'est l'adage qui l'affirme, il est certain que de nombreux Québécois demeurent persuadés que plusieurs chefs péquistes sont un peu pédophiles sur les bords. Bien fait pour eux! Quand tout le monde aura goûté à la calomnie, peut-être verra-t-on des dirigeants politiques et des responsables des médias se lever enfin pour refuser de faire le jeu des calomniateurs et exiger qu'ils soient dûment châtiés.
En attendant, si l'on ne peut pas se plaindre d'être mal informé dans notre Québec moderne, on ne peut pas dire qu'on le soit bien! Politiciens et médias nous manipulent et nous font perdre notre temps dans leur seul intérêt.
M. Jean Charest, premier ministre du Québec, a menti aux députés de l'Assemblée nationale du Québec dans l'affaire Michaud en décembre 2000, comme il a menti au peuple québécois dans l'affaire Parizeau bis lors des élections législatives du printemps dernier. Dans les deux cas, il a travesti les propos des intéressés, sans le moindre égard pour la vérité ni pour la réputation de ses adversaires politiques. De plus, il ne s'est toujours pas excusé et personne ne semble avoir décidé de le harceler avec de vraies questions intelligentes jusqu'à ce qu'il fasse amende honorable.
Le premier mensonge, proféré à seule fin de manipuler le plus grand nombre de citoyens possible, a conduit les députés de l'Assemblée nationale du Québec à adopter, le 14 décembre 2000, une motion de blâme contre M. Michaud pour avoir tenu «des propos qui sont de toute évidence inacceptables, qui ne laissent aucune place à l'interprétation non plus», selon M. Charest, alors chef de l'opposition officielle.
Le texte de la motion est le suivant: «Que l'Assemblée nationale dénonce sans nuance, de façon claire et unanime, les propos inacceptables à l'égard des communautés ethniques et, en particulier, à l'égard de la communauté juive tenus par Yves Michaud à l'occasion des audiences des états généraux sur le français à Montréal le 13 décembre 2000.»
Or, les seuls propos de M. Michaud à cette occasion concernant le peuple juif — et aucun autre groupe de citoyens — sont au contraire élogieux! Les voici: «Mes propres concitoyens devraient suivre l'exemple de ce que le chanoine Groulx disait à propos du peuple juif. Le chanoine Groulx disait et nous invitait, et je le cite, "à posséder, comme les Juifs, leur âpre volonté de survivance, leur invincible esprit de solidarité, leur impérissable armature morale". Et l'historien donnait alors l'exemple du peuple juif comme modèle à suivre pour que les Québécois affirment leur propre identité nationale et assument, et assument pleinement, l'héritage de leur histoire, ajoutant que l'anti-sémitisme était "une attitude anti-chrétienne et que les Chrétiens sont, en un sens, spirituellement des Sémites". Fin de la citation.»
En conséquence, les 109 députés qui ont approuvé cette motion à l'unanimité ont fait preuve d'irresponsabilité et de malhonnêteté intellectuelle en condamnant un citoyen sur la foi de ouï-dire plutôt que sur des faits, attitude scandaleuse permettant à la calomnie de triompher. Pire, cette motion a été décidée en violation des propres règles de fonctionnement de l'institution puisque l'article 324 de l'Assemblée nationale n'autorise les motions qu'à l'égard d'une personne autre qu'un député «qui aurait porté atteinte aux droits ou aux privilèges de l'Assemblée ou de l'un de ses membres», ce qui n'est à l'évidence pas le cas.
J'ajoute que tous ceux qui se réfugient aujourd'hui derrière cette sale bavure parlementaire au lieu de reconnaître qu'il s'agit d'un jugement infondé sont non seulement des calomniateurs, mais aussi des lâches. Quant aux autres propos que l'on s'est permis de reprocher à M. Michaud dans la foulée, aucun d'entre eux n'est inacceptable. En revanche, la calomnie d'origine de M. Charest l'est tout à fait.
Le second mensonge de M. Charest, sans même entrer dans le dossier plus que scabreux-farfelu-ridicule-ruineux des défusions municipales, l'a aidé à remporter les dernières élections. Tout le monde se souvient que le candidat Charest a de nouveau mis «des propos inacceptables» dans la bouche d'un ancien premier ministre du Québec, M. Jacques Parizeau. Le candidat Charest a délibérément jeté de l'huile sur les braises d'un vieux dossier, alors que M. Parizeau se bornait à expliquer sa déclaration controversée de 1995 — qu'il a lui même qualifiée de malheureuse par la suite.
Il s'agit donc bel et bien d'une seconde calomnie de la part de M. Charest. Extrêmement mal gérée par ses adversaires, c'est le moins que l'on puisse dire, elle a de nouveau divisé le Québec à l'avantage du candidat Charest, même si le politicien prétend ne pas aimer ce qui est divisif (sic). Qui sera sa prochaine victime?
Comme il y a bien d'autres calomniateurs en liberté au Québec, je regrette que les patrons de presse prennent exemple sur nos influençables députés pour mener à bien leur devoir d'information. Il suffit que n'importe qui laisse entendre que quelques grosses légumes sont impliquées dans une affaire salace pour que les médias prétendument sérieux se précipitent sur la rumeur comme la misère sur le monde, sans égard pour la vérité ni pour le b.a-ba du métier: on n'accuse pas sans preuve et on ne sort pas de nouvelle avant de l'avoir vérifiée. Espérons qu'ils trouveront d'autres modèles d'intégrité dont s'inspirer à l'avenir.
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