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Ottawa a-t-il acheté la paix à Kananaskis?

20 juin 2002 
Ottawa a promis 300 000 $ à la bande autochtone de Stoney, cette petite communauté qui a refusé l'accès à ses terres aux 10 000 militants qui voulaient y ériger un village de la solidarité afin de contester la tenue du sommet du G8.

L'argent sera versé par le ministère des Affaires indiennes pour des «raisons de sécurité». La communauté autochtone de Stoney compte 3700 personnes et est établie tout à côté de Kananaskis.

L'entente confirmant la somme de 300 000 $ a été conclue il y a deux semaines mais le sujet avait été soulevé en mars lors de la visite du ministre Robert Nault dans la communauté. Le projet de village de la solidarité était déjà dans l'air à cette époque.

«Ce sont deux hauts fonctionnaires du ministère basés à Edmonton qui ont négocié la somme de 300 000 $ pour la sécurité, mais il est entendu que c'est la GRC qui est responsable de la sécurité au sommet du G8», a expliqué le porte-parole du ministère pour l'Alberta, Glenn Luff.

Le Solidarity Village devait être une boutade au premier ministre Jean Chrétien, qui a choisi de tenir le sommet du G8 dans un endroit complètement isolé afin d'éviter tout débordement violent. Pour remplacer les infrastructures d'accueil manquantes, on allait planter des milliers de tentes et recréer un village militant pendant quelques jours. Les organisateurs voulaient s'installer sur les terres de la communauté autochtone de Stoney, mais cet accès demandé officiellement au cours de la première semaine de mai leur a été refusé quelque temps plus tard.

«Nous sommes 3700 personnes dans la communauté et on en attend 10 000. Imaginez! Ça demande une analyse sérieuse et des consultations. Je ne crois pas que nous ayons assez de temps», avait alors expliqué Heather Carnahan au Devoir.

Les organisateurs émettent aujourd'hui des doutes au sujet des motivations qui ont mené à cette entente financière. «Ont-ils été achetés? C'est de la conjecture, je ne sais pas, répond diplomatiquement Sarah Kerr. Ce que je sais, c'est que le gouvernement fédéral n'a rien fait pour appuyer notre démarche et faciliter notre demande d'espace. Les 300 000 $ ont été promis peu de temps après que notre demande eut été refusée [par Stoney]. C'est une énorme somme d'argent pour la communauté.»

Il a été impossible de joindre Mme Carnahan hier. Au bureau du premier ministre, on réfutait cette thèse. «Ce serait impossible de faire le lien», a tranché la directrice des communications, Françoise Ducros. «Il y a longtemps, l'an dernier, quand on a commencé à parler du G8, la communauté autochtone de Stoney était dans toutes sortes de négociations avec les Affaires indiennes. Il y avait des demandes et des sommes de beaucoup plus de 300 000 $ [en jeu].»

Le Village de la solidarité ne verra finalement pas le jour, la ville de Calgary ayant refusé qu'il s'installe dans un des parcs publics.

L'argent d'Ottawa servira à couvrir les coûts de formation de 100 autochtones à des mesures de base de sécurité. Cette formation est donnée par la GRC.

«Le terme "sécurité" porte à confusion», précise M. Luff. «[Les gens dans la communauté] sentaient qu'à cause de leur proximité à Kananaskis, le lieu du sommet du G8, il y aurait des gens qui circuleraient sans autorisation sur leur territoire, que des feux seraient allumés, ce genre de choses.»

M. Luff a mentionné qu'il s'agit d'un processus de prise en main de la communauté, surtout que la communauté de Stoney attend un autre événement international en août, celui de la Conférence mondiale des peuples autochtones sur l'éducation.






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