Le cheval de Troie
Guy Taillefer
1 octobre 2003
Les États-Unis ont officiellement remis les pieds à l'UNESCO cette semaine, après que l'ex-président Ronald Reagan en eut claqué la porte il y a 19 ans en accusant l'organisation d'être un forum de propagande anti-américaine. Ce retour est loin d'être désintéressé.
Vrai qu'il y a au moins une bonne raison de célébrer pour cette organisation des Nations unies qui joue un rôle fondamental dans la promotion de l'éducation, de la science et de la culture à l'échelle internationale. La contribution financière attendue des États-Unis sera de l'ordre de 60 millions de dollars américains par année (22 % du budget de l'organisation). L'investissement est bien modeste pour Washington, au regard des milliards que lui coûte sa croisade sécuritaire. Mais il va mettre un baume sur les finances de l'UNESCO, qui a vu ses allocations s'éroder au fil des années.
Cela ne saurait cependant occulter les raisons pour lesquelles les Américains arrêtent aujourd'hui de bouder. La décision, annoncée il y a un an par le président Bush, a indiscutablement des résonances irakiennes. Son application tombe à point pour un gouvernement qui tente actuellement d'amadouer l'ONU et d'obtenir sa collaboration pour rétablir un certain calme en Irak. À ce titre, la first lady Laura Bush, qui avait été dépêchée lundi à Paris pour officialiser la réintégration des États-Unis, a fait preuve d'une subtilité qui n'a pas dû faire honte à son mari — inscrivant la mission éducative de l'UNESCO dans la «guerre contre le terrorisme» et insistant, qui l'a crue?, sur la volonté multilatéraliste américaine de travailler de pair avec le reste de la planète.
Que Mme Bush, normalement confinée à la promotion caritative, ait mené le bal à Paris, plutôt, par exemple, que le secrétaire à l'Éducation Rod Paige, montre par ailleurs à quel point l'esprit qui anime la Maison-Blanche face aux questions d'éducation et de culture est traditionaliste.
En outre, ce retour survient au moment précis où l'UNESCO compte discuter en priorité du projet de convention internationale pour la préservation de la diversité culturelle, face auquel les États-Unis ne cachent pas leur hostilité. Ce projet, dont la France et le Canada sont les principaux porteurs, vise à reconnaître le droit des États à soutenir et à protéger leur industrie culturelle, y compris face à la tentaculaire Organisation mondiale du commerce. Un garde-fou capital contre le monstre hollywoodien. Mais une «mauvaise idée», de l'avis de la nouvelle ambassadrice auprès de l'organisation, Louise V. Oliver, une républicaine pure et dure que la différence culturelle n'émeut pas.
De sorte que Laura Bush ressemblait à s'y méprendre, cette semaine à Paris, à un cheval de Troie.
Vrai qu'il y a au moins une bonne raison de célébrer pour cette organisation des Nations unies qui joue un rôle fondamental dans la promotion de l'éducation, de la science et de la culture à l'échelle internationale. La contribution financière attendue des États-Unis sera de l'ordre de 60 millions de dollars américains par année (22 % du budget de l'organisation). L'investissement est bien modeste pour Washington, au regard des milliards que lui coûte sa croisade sécuritaire. Mais il va mettre un baume sur les finances de l'UNESCO, qui a vu ses allocations s'éroder au fil des années.
Cela ne saurait cependant occulter les raisons pour lesquelles les Américains arrêtent aujourd'hui de bouder. La décision, annoncée il y a un an par le président Bush, a indiscutablement des résonances irakiennes. Son application tombe à point pour un gouvernement qui tente actuellement d'amadouer l'ONU et d'obtenir sa collaboration pour rétablir un certain calme en Irak. À ce titre, la first lady Laura Bush, qui avait été dépêchée lundi à Paris pour officialiser la réintégration des États-Unis, a fait preuve d'une subtilité qui n'a pas dû faire honte à son mari — inscrivant la mission éducative de l'UNESCO dans la «guerre contre le terrorisme» et insistant, qui l'a crue?, sur la volonté multilatéraliste américaine de travailler de pair avec le reste de la planète.
Que Mme Bush, normalement confinée à la promotion caritative, ait mené le bal à Paris, plutôt, par exemple, que le secrétaire à l'Éducation Rod Paige, montre par ailleurs à quel point l'esprit qui anime la Maison-Blanche face aux questions d'éducation et de culture est traditionaliste.
En outre, ce retour survient au moment précis où l'UNESCO compte discuter en priorité du projet de convention internationale pour la préservation de la diversité culturelle, face auquel les États-Unis ne cachent pas leur hostilité. Ce projet, dont la France et le Canada sont les principaux porteurs, vise à reconnaître le droit des États à soutenir et à protéger leur industrie culturelle, y compris face à la tentaculaire Organisation mondiale du commerce. Un garde-fou capital contre le monstre hollywoodien. Mais une «mauvaise idée», de l'avis de la nouvelle ambassadrice auprès de l'organisation, Louise V. Oliver, une républicaine pure et dure que la différence culturelle n'émeut pas.
De sorte que Laura Bush ressemblait à s'y méprendre, cette semaine à Paris, à un cheval de Troie.
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