Des mesures déficientes - Vache folle: pourquoi répéter les mêmes erreurs ?
Le Canada doit tirer des leçons de l'expérience européenne
Mickaël Ricquart - Analyste en agro-alimentaire, Option consommateurs
30 septembre 2003
Option consommateurs, l'association des consommateurs du Québec, intervient depuis plusieurs années dans le secteur de l'agro-alimentaire. Nous nous efforçons de défendre les intérêts et les droits des consommateurs en travaillant à faire améliorer l'étiquetage des aliments, la traçabilité des animaux et des organismes génétiquement modifiés, ainsi qu'en encourageant un bon système de certification en agriculture biologique.
Après la découverte au Canada d'un animal ayant contracté la «maladie de la vache folle» et la crise qui a suivi, on s'attendait à de sérieuses mesures afin de s'assurer de la qualité de l'alimentation du bétail et d'établir un processus efficace de traçabilité. Or les mesures prises à ce jour sont faibles, et la récente levée partielle de l'embargo par les États-Unis ne doit pas faire penser aux acteurs principaux de cette crise que le problème est réglé ou que tout le monde est rassuré. Aussi nous interpellons l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), les ministres de l'Agriculture du Canada et du Québec ainsi que les différents regroupements d'agriculteurs, afin qu'ils renforcent les mesures prises et que la confiance des consommateurs canadiens et québécois soit rétablie.
Au sujet de la vache folle, ou encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), le Canada doit tirer profit de l'expérience européenne. Rappelons les faits. Le premier cas d'ESB apparaît en Angleterre en 1985. En 1995, trois Britanniques meurent d'une forme jusqu'alors inconnue de la maladie de Creutzfeldt-Jacob. En mars 1996, le gouvernement britannique émet la possibilité que cette maladie, désormais appelée nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jacob (vMCJ) puisse être contractée en consommant de la viande de boeuf atteint d'ESB. À ce jour, 135 cas suspectés ou confirmés de vMCJ ont été enregistrés en Angleterre, dont 104 ont entraîné la mort.
Quant à l'origine de l'ESB, l'ingestion par les bovins de farines animales issues d'autres ruminants (bovins ou ovins) infectés reste la voie la plus suspectée.
Haro sur les farines animales
Qu'a fait l'Europe? Elle a d'abord interdit, en 1990, de nourrir des ruminants avec des farines issues d'autres ruminants. Pourtant, des cas d'ESB NAIFs (pour Nées Après l'Interdiction des Farines) sont apparus. L'explication la plus plausible était alors qu'il y avait eu contamination croisée: des farines issues de ruminants destinées à des non-ruminants (porcs, volailles) se seraient retrouvées dans des auges de ruminants alors qu'elles étaient infectées. En 1996, les organes à risque, c'est-à-dire les parties du ruminant pouvant contenir le prion, la protéine impliquée dans le processus de dégénérescence, ont alors été interdits pour la fabrication de farines destinées aux porcs et aux volailles.
Après cette mesure, des cas appelés «super NAIFs» sont pourtant apparus: des vaches nées après 1996 ont été atteintes de l'ESB. La filière a été contaminée, soit par des organes à risque de ruminant introduits par erreur, soit par des farines issues de non-ruminants infectés, bien qu'en l'état actuel des connaissances, on croie impossible que les porcs et les volailles contractent la maladie. En 2001, l'Europe a alors interdit toutes les farines animales dans l'alimentation du bétail. Cette mesure répond au principe de précaution. L'Europe a ainsi voulu protéger les consommateurs, bien sûr, mais aussi ses partenaires commerciaux.
Qu'a fait le Canada? Il a adopté certaines mesures, mais n'est pas allé aussi loin. En 1997, on a notamment interdit de nourrir les ruminants avec des farines issues d'autres ruminants. En revanche, les farines issues de non-ruminants sont toujours données aux ruminants et les farines issues de ruminants sont toujours données aux non-ruminants. Il y a donc toujours possibilité d'une contamination croisée et de cas d'ESB NAIFs. En juillet dernier, le Canada s'est contenté d'écarter les organes à risque: des cas «super NAIFs» risquent de survenir. Le Canada attend-il de passer par ces épisodes pour enfin interdire les farines animales? Espérons que non. L'interdiction des farines animales apparaît désormais véritablement comme l'approche la plus sage. Et il faut faire vite.
Suivre à la trace...
Parallèlement, le Canada doit améliorer le système de suivi du bétail. Si l'enquête a été si longue, c'est qu'il était impossible pour les enquêteurs de déterminer rapidement et avec certitude la ferme d'origine de l'animal, né il y a huit ans, ainsi que les fermes où il a transité. Pour un bovin né après 2001, un système d'identification permet désormais de retrouver la ferme d'origine. En revanche, les déplacements de l'animal ne sont toujours pas enregistrés de façon obligatoire. Il restera donc très difficile, lorsqu'un animal aura transité dans trois ou quatre fermes différentes (comme l'a fait la vache albertaine), de retrouver les lieux où il a séjourné. Au Canada, il n'y a toujours pas de réelle traçabilité comme celle qui s'opère par exemple au Québec, où chaque changement de propriétaire doit être inventorié, de la naissance de l'animal jusqu'à l'abattoir.
En second lieu, rappelons que la possibilité d'une transmission de la maladie de la mère au veau ne peut toujours pas être écartée. Or, le système actuel ne permet pas (sauf pour une partie du cheptel canadien, comme les bovins pure race) de retrouver la généalogie de l'animal. À nouveau, à moins de la tenue volontaire de registres par l'éleveur dès la naissance de ses veaux, une enquête sera bloquée dans sa progression.
Le secteur sortirait gagnant d'un système de suivi plus rigoureux. Identification, étiquetage, traçabilité, toutes ces actions sont nécessaires et vont dans le même sens: accroître l'efficacité d'une filière et, surtout, augmenter le niveau de confiance des consommateurs. Il s'agit ici d'un élément essentiel: la sécurité alimentaire constitue une préoccupation importante des consommateurs canadiens et québécois. C'est indispensable pour les consommateurs canadiens, çà l'est également pour l'exportation de nos produits.
Le Canada ne pourra gagner et garder la confiance de ses voisins acheteurs de boeuf que s'il met en place des outils qui permettent de proposer une viande provenant d'un animal dont l'origine et le parcours sont parfaitement connus, et dont l'alimentation ne présente vraiment aucun risque. Si cela avait déjà été en place, l'embargo qu'ont appliqué neuf pays dont les États-Unis, et qui a coûté six à 11 millions par jour à l'industrie bovine canadienne depuis le 20 mai 2003, n'aurait jamais pu se justifier.
L'ACIA aurait certainement aimé pouvoir être plus efficace et éteindre le feu plus rapidement. Mais elle n'a pas été en mesure de rassurer suffisamment ni les consommateurs canadiens, ni les partenaires commerciaux du Canada, n'ayant pas les moyens d'affirmer avec certitude que l'on avait bel et bien trouvé les fermes et abattu les animaux ayant pu être contaminés.
Après la découverte au Canada d'un animal ayant contracté la «maladie de la vache folle» et la crise qui a suivi, on s'attendait à de sérieuses mesures afin de s'assurer de la qualité de l'alimentation du bétail et d'établir un processus efficace de traçabilité. Or les mesures prises à ce jour sont faibles, et la récente levée partielle de l'embargo par les États-Unis ne doit pas faire penser aux acteurs principaux de cette crise que le problème est réglé ou que tout le monde est rassuré. Aussi nous interpellons l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), les ministres de l'Agriculture du Canada et du Québec ainsi que les différents regroupements d'agriculteurs, afin qu'ils renforcent les mesures prises et que la confiance des consommateurs canadiens et québécois soit rétablie.
Au sujet de la vache folle, ou encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), le Canada doit tirer profit de l'expérience européenne. Rappelons les faits. Le premier cas d'ESB apparaît en Angleterre en 1985. En 1995, trois Britanniques meurent d'une forme jusqu'alors inconnue de la maladie de Creutzfeldt-Jacob. En mars 1996, le gouvernement britannique émet la possibilité que cette maladie, désormais appelée nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jacob (vMCJ) puisse être contractée en consommant de la viande de boeuf atteint d'ESB. À ce jour, 135 cas suspectés ou confirmés de vMCJ ont été enregistrés en Angleterre, dont 104 ont entraîné la mort.
Quant à l'origine de l'ESB, l'ingestion par les bovins de farines animales issues d'autres ruminants (bovins ou ovins) infectés reste la voie la plus suspectée.
Haro sur les farines animales
Qu'a fait l'Europe? Elle a d'abord interdit, en 1990, de nourrir des ruminants avec des farines issues d'autres ruminants. Pourtant, des cas d'ESB NAIFs (pour Nées Après l'Interdiction des Farines) sont apparus. L'explication la plus plausible était alors qu'il y avait eu contamination croisée: des farines issues de ruminants destinées à des non-ruminants (porcs, volailles) se seraient retrouvées dans des auges de ruminants alors qu'elles étaient infectées. En 1996, les organes à risque, c'est-à-dire les parties du ruminant pouvant contenir le prion, la protéine impliquée dans le processus de dégénérescence, ont alors été interdits pour la fabrication de farines destinées aux porcs et aux volailles.
Après cette mesure, des cas appelés «super NAIFs» sont pourtant apparus: des vaches nées après 1996 ont été atteintes de l'ESB. La filière a été contaminée, soit par des organes à risque de ruminant introduits par erreur, soit par des farines issues de non-ruminants infectés, bien qu'en l'état actuel des connaissances, on croie impossible que les porcs et les volailles contractent la maladie. En 2001, l'Europe a alors interdit toutes les farines animales dans l'alimentation du bétail. Cette mesure répond au principe de précaution. L'Europe a ainsi voulu protéger les consommateurs, bien sûr, mais aussi ses partenaires commerciaux.
Qu'a fait le Canada? Il a adopté certaines mesures, mais n'est pas allé aussi loin. En 1997, on a notamment interdit de nourrir les ruminants avec des farines issues d'autres ruminants. En revanche, les farines issues de non-ruminants sont toujours données aux ruminants et les farines issues de ruminants sont toujours données aux non-ruminants. Il y a donc toujours possibilité d'une contamination croisée et de cas d'ESB NAIFs. En juillet dernier, le Canada s'est contenté d'écarter les organes à risque: des cas «super NAIFs» risquent de survenir. Le Canada attend-il de passer par ces épisodes pour enfin interdire les farines animales? Espérons que non. L'interdiction des farines animales apparaît désormais véritablement comme l'approche la plus sage. Et il faut faire vite.
Suivre à la trace...
Parallèlement, le Canada doit améliorer le système de suivi du bétail. Si l'enquête a été si longue, c'est qu'il était impossible pour les enquêteurs de déterminer rapidement et avec certitude la ferme d'origine de l'animal, né il y a huit ans, ainsi que les fermes où il a transité. Pour un bovin né après 2001, un système d'identification permet désormais de retrouver la ferme d'origine. En revanche, les déplacements de l'animal ne sont toujours pas enregistrés de façon obligatoire. Il restera donc très difficile, lorsqu'un animal aura transité dans trois ou quatre fermes différentes (comme l'a fait la vache albertaine), de retrouver les lieux où il a séjourné. Au Canada, il n'y a toujours pas de réelle traçabilité comme celle qui s'opère par exemple au Québec, où chaque changement de propriétaire doit être inventorié, de la naissance de l'animal jusqu'à l'abattoir.
En second lieu, rappelons que la possibilité d'une transmission de la maladie de la mère au veau ne peut toujours pas être écartée. Or, le système actuel ne permet pas (sauf pour une partie du cheptel canadien, comme les bovins pure race) de retrouver la généalogie de l'animal. À nouveau, à moins de la tenue volontaire de registres par l'éleveur dès la naissance de ses veaux, une enquête sera bloquée dans sa progression.
Le secteur sortirait gagnant d'un système de suivi plus rigoureux. Identification, étiquetage, traçabilité, toutes ces actions sont nécessaires et vont dans le même sens: accroître l'efficacité d'une filière et, surtout, augmenter le niveau de confiance des consommateurs. Il s'agit ici d'un élément essentiel: la sécurité alimentaire constitue une préoccupation importante des consommateurs canadiens et québécois. C'est indispensable pour les consommateurs canadiens, çà l'est également pour l'exportation de nos produits.
Le Canada ne pourra gagner et garder la confiance de ses voisins acheteurs de boeuf que s'il met en place des outils qui permettent de proposer une viande provenant d'un animal dont l'origine et le parcours sont parfaitement connus, et dont l'alimentation ne présente vraiment aucun risque. Si cela avait déjà été en place, l'embargo qu'ont appliqué neuf pays dont les États-Unis, et qui a coûté six à 11 millions par jour à l'industrie bovine canadienne depuis le 20 mai 2003, n'aurait jamais pu se justifier.
L'ACIA aurait certainement aimé pouvoir être plus efficace et éteindre le feu plus rapidement. Mais elle n'a pas été en mesure de rassurer suffisamment ni les consommateurs canadiens, ni les partenaires commerciaux du Canada, n'ayant pas les moyens d'affirmer avec certitude que l'on avait bel et bien trouvé les fermes et abattu les animaux ayant pu être contaminés.
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