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Vers un déficit de un milliard dans les hôpitaux

Robert Dutrisac   27 septembre 2003 
Québec - Le gouvernement Charest est vivement préoccupé par les dépassements budgétaires dans les hôpitaux, dont les déficits accumulés risquent de franchir allègrement la barre fatidique du milliard à la fin de l'année en cours.

C'est ce qu'a appris Le Devoir de diverses sources. Les données visant les quatre premiers mois de l'année financière des 110 hôpitaux du Québec, soit avril, mai, juin et juillet, ont alerté le Conseil du trésor et le ministère de la Santé et des Services sociaux. Selon nos informations, toutes les régies régionales de la santé et des services sociaux, qui chapeautent les centres hospitaliers, sont aux prises avec des dépassements de coûts, sauf les régies de Laval et d'Abitibi. Le ministère a dépêché le sous-ministre adjoint Roger Paquet auprès des régies régionales les plus vulnérables pour tenter de stopper l'hémorragie.

La situation surprend d'autant plus le gouvernement qu'il avait consenti un effort particulier cette année pour rehausser la marge de manoeuvre des hôpitaux, quitte à investir moins dans les soins de première ligne. Ainsi, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, avait accepté de fermer les yeux sur les déficits accumulés des hôpitaux totalisant 650 millions à la fin de l'année 2002-03 alors que son prédécesseur, François Legault, avait exigé que les établissements s'attellent au remboursement de leur dette. En outre, le gouvernement a relevé de

2,6 % les budgets des hôpitaux, qui comptent pour sept milliards des 19 milliards alloués au système public de santé au Québec, tout en leur permettant d'augmenter leurs déficits de 300 millions. Le ministre avait même ajouté une somme de 50 millions pour faire face, notamment, à l'augmentation du coût des médicaments.

Mais après quatre mois, le ministère s'aperçoit avec stupeur que les déficits dépasseront les 300 millions si rien n'est fait, un trou qui s'ajoutera au déficit accumulé de 650 millions, ce qui le portera à plus de un milliard.

Comme dans le passé, la Régie régionale de Montréal-Centre fait face à la situation la plus sérieuse. Selon nos informations, le Centre hospitalier universitaire de McGill est plus lourdement affecté. Mais même le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) a des problèmes budgétaires. Dans une lettre datée du 3 septembre dont Le Devoir a obtenu copie, le directeur général du CHUM, Denis Roy, et le directeur général adjoint, Yves Masse, avisent les cadres et les médecins de l'institution que le CHUM fait face, après quatre mois, à «un écart budgétaire» de quatre millions qui doit être résorbé «au plus tard le 15 novembre». Cela s'ajoute au plan de compressions de 15 millions qui vise à contenir le déficit sous la barre des 25 millions. «Effectivement, la situation est préoccupante pour le ministère», a souligné la directrice des communications du CHUM, Nicole Beaulieu.

À la Régie régionale de Québec, la situation n'est guère plus reluisante. Les déficits des hôpitaux excèdent de 10 millions la cible de 25 millions sur une base annuelle, a indiqué son directeur général, Michel Fontaine. Pour rétablir la situation, on s'apprête à fermer une cinquantaine de lits en diminuant les durées de séjour, a-t-il précisé. Il n'est pas question de toucher aux services, a-t-il toutefois assuré. On tentera aussi de réduire la facture des laboratoires. De plus, la régie sera contrainte de fermer un des deux sites de greffes de moelle osseuse de Québec: les opérations dont se charge l'hôpital Enfant-Jésus seront transférées à l'Hôtel-Dieu. Ces mesures viennent alourdir les compressions déjà envisagées par la régie pour ramener le déficit prévisible de 37 millions à 25 millions.

Du côté de l'Association des hôpitaux du Québec, on garde espoir de voir les hôpitaux respecter leurs budgets. «Le gouvernement semble inquiet. Mais il est encore trop tôt pour se prononcer», a indiqué la porte-parole de l'AHQ, Lisa Massicotte.

Mais les réorganisations et les réaménagements qui visent à réaliser des économies sans diminuer l'offre de services commencent à créer des remous. Jeudi, des employés syndiqués, des médecins et des patients de l'hôpital Notre-Dame se sont retrouvés dans la rue pour dénoncer le déménagement de l'unité métabolique de l'hôpital dans un autre pavillon de l'établissement afin d'épargner 500 000 $ en soins infirmiers, notamment. En guise de protestation, les endocrinologues de l'hôpital refusent désormais de procéder à l'hospitalisation de leurs patients mais ils continueront à fournir des services en clinique externe.

«On en a ras le bol, de l'attitude de la direction du CHUM. Les compressions sont appliquées au rouleau compresseur», dénonce la présidente du Syndicat des travailleurs et travailleuses de l'hôpital Notre-Dame (CSN), Christiane Robidoux. «Il y a de la résistance au changement», dit la directrice des communications, Nicole Beaulieu, s'exprimant par euphémisme. «Des décisions difficiles et peu populaires doivent être prises pour maintenir l'effort déjà amorcé et pour assurer le respect de l'entente de gestion qui nous lie au MSSS et à la régie régionale», écrivent dans leur lettre MM. Roy et Masse.

«Si on conjugue ça [les compressions] à la négociation qui s'en vient dans le secteur public, je comprends que les syndicats s'agitent. C'est un climat explosif [dans les hôpitaux]», estime le Dr Yves Dugré, le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Selon lui, le secteur de la santé, qui représente à lui seul près de 45 % du budget de l'État, ne pourra pas échapper aux coupes que le gouvernement s'apprête à faire pour équilibrer son budget. D'ailleurs, les hôpitaux sont déjà soumis à des compressions. «Ce qui rend inquiets les médecins, c'est l'apparence de discours contradictoires: ils ont entendu que la santé, c'était la priorité numéro un et ils sont pris, dans les faits, quotidiennement à réorganiser les soins à cause des compressions du budget», a livré le Dr Dugré.

Rappelons que, comme le révélait Le Devoir la semaine dernière, le gouvernement se retrouve devant une impasse financière de trois milliards pour l'année 2004-05, à quoi s'ajoute la baisse d'impôt de un milliard promise par Jean Charest, pour un total de quatre milliards. Pour l'année en cours, cette impasse financière se situerait entre 600 millions et un milliard. Mardi, le ministre des Finances, Yves Séguin, présentera la synthèse des opérations financières du gouvernement pour le premier trimestre et fera le point sur la situation des finances publiques du Québec.
 
 
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