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L'école publique contre-attaque

Marie-Andrée Chouinard   26 septembre 2003 
L'école secondaire publique en a soupé de son étiquette de second choix et prend les grands moyens pour que cesse la saignée vers le privé. Dans une campagne inédite, les écoles publiques de la région de Québec manient les baguettes de la publicité pour vanter leurs mérites.

L'école publique prend sa revanche et combat les avancées du secteur privé sur le mode publicité: pour convaincre les parents que «l'école secondaire publique, c'est la bonne école», les commissions scolaires de la grande région de Québec entreprennent une vaste campagne télévisée.

Les écoles publiques des neuf commissions scolaires des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches ont décidé de prendre le taureau par les cornes: pour contrer des pertes de clientèle d'environ 16 % entre la fin du primaire et le début du secondaire, elles ont mis leurs ressources en commun pour lancer une campagne publicitaire sur les grands réseaux de télévision.

«L'école secondaire publique, c'est la bonne école», clame le message télévisé, dont la conception et le lancement auront coûté

190 000 $ aux neuf commissions scolaires, une première pour le réseau scolaire public québécois. «Je suis très à l'aise avec cette dépense», défend férocement Jeanne d'Arc Marcoux, présidente de la commission scolaire des Premières-Seigneuries et porte-parole de ce groupe qui a jugé qu'il fallait bouger avant d'être avalé par le privé. «Ça ne représente que 0,02 % d'un budget commun de un milliard.»

Les analyses de ces commissions scolaires démontrent que chaque année, ce sont en moyenne 16 % des élèves qui quittent le public pour aller fureter du côté des écoles privées lors du passage critique du primaire au secondaire. «Chaque année, nous retraçons les élèves que nous avons perdus», explique Mme Marcoux. Ce phénomène, conjugué à une chute démographique qui ne fait que commencer, vient ronger la base de financement des écoles publiques, qui reçoivent une enveloppe fixe par élève.

«Nous n'avons aucun contrôle sur la diminution démographique de notre clientèle, mais le fait que certains quittent pour le privé, ça, on a un pouvoir là-dessus», explique Mme Marcoux.

La perte de financement liée aux départs de ces jeunes vers le privé n'est pas banale: en perdant une enveloppe allant de 4000 à 5000 $ pour chaque jeune passé au privé, les écoles publiques voient s'envoler des moyens additionnels d'améliorer les services qu'elles offrent et d'attirer ainsi plus d'élèves. Les projets particuliers et les activités d'encadrement exigées des parents et des jeunes, qui magasinent désormais leur école, coûtent beaucoup de sous, explique Mme Marcoux, dont les écoles secondaires organisent désormais chaque année un salon destiné aux parents dans l'unique but de présenter leurs bons coups et leurs particularités.

«Les perceptions des gens à l'endroit des écoles publiques sont souvent fausses», déplore Jeanne d'Arc Marcoux. «On a sûrement notre part de responsabilités, mais tous les préjugés entourant l'école secondaire publique ne sont plus vrais. La situation s'est grandement améliorée!»

À Québec et dans la région de Chaudière-Appalaches, les spectateurs rivés à leur petit écran ne s'étonneront donc pas d'entendre dire que l'école secondaire publique, «c'est la bonne école». Le message télévisé, qui roulera jusqu'à la fin novembre, donne la parole à des parents visiblement ravis d'avoir choisi une école secondaire publique pour voir s'épanouir leur enfant.

«On a voulu souligner le fait que les parents qui envoient leur enfant au public sont soucieux de ce qui est important pour lui», explique Brigitte Roy, conseillère en communications à la Fédération des commissions scolaires du Québec et coordonnatrice pour les deux régions concernées. «On entend souvent les parents dire: "L'éducation de mon enfant compte pour moi, donc je l'envoie au privé." Comme si tous ceux qui choisissaient le public ne s'en souciaient pas!»

Cette campagne télévisée sera complétée par la publication, dans Le Soleil, d'un cahier spécial sur l'offre «diversifiée» du secteur public. La qualité du français, les règles entourant la tenue vestimentaire, les programmes particuliers, les mesures d'encadrement et les activités parascolaires meubleront cette publication.

Un sondage Léger Marketing mené l'an dernier pour le compte de la FCSQ sur la perception des gens à l'endroit du secteur public a largement servi à soutenir les efforts qui ont mené à cette campagne. «Nous sommes un corps public, et la tradition veut que nous soyons encore très timides», explique Mme Marcoux. «On n'est pas très vantards du côté public», renchérit Brigitte Roy, ajoutant que le privé, lui, a vite compris les bienfaits de la publicité.

«Si on est capables, avec cette campagne, de réduire notre perte de clientèle de 5 %, ce serait extraordinaire», juge Jeanne d'Arc Marcoux. «Peu importe le nombre de points de pourcentage qu'on pourra récupérer, ce sera toujours ça de gagné.»
 
 
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  • Richard DÉCARIE
    Inscrit
    vendredi 26 septembre 2003 07h16
    L'école publique... privée de connaissance marketing de base
    Les écoles publiques des neuf commissions scolaires des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches, qui ont récemment lancé une campagne publicitaire télévisée pour « contrer des pertes de clientèle d'environ 16 % entre la fin du primaire et le début du secondaire », ne comprennent à l'évidence pas les règles de base du marketing.

    « L'école secondaire publique, c'est la bonne école », est en fait un message qui rate complètement la cible puisque, en n'ajoutant aucune crédibilité à une prestation de service perçue comme inadéquate, ce message ne peut pas convaincre la « clientèle » visée.

    Par surcroît, le coût de 190 000 $ de cette campagne télévisée provenant du financement public, « cette dépense » est immorale parce que non justifiée sur des bases commerciales éprouvées. Le manque d'éthique professionnelle des décideurs des commissions scolaires provient effectivement de l'application d'une stratégie commerciale « privée » à une problématique structurelle publique... c'est comme tenter de « vendre un frigidaire à un eskimo » et aux frais des payeurs de taxes par surcroît !

    « Je suis très à l'aise avec cette dépense », se défend Mme Jeanne d'Arc Marcoux, porte-parole du groupe promoteur de la publicité, justifiant cette action par la faible proportion (0,02 %) du budget global de un milliard $. Les « actionnaires », payeurs de taxes de cette région, n'en n'ont véritablement pas pour leur argent, puisque ce qui est présenté comme un « investissement publicitaire » n'est en fait qu'un gaspillage de fonds publics.

    Les analyses de perceptions, basées sur un sondage Léger Marketing, portent sur les « symptômes » : 16 % des élèves quittent le public pour le privé. C'est cependant l'application du « remède » aux symptômes plutôt qu'aux causes qui est discutable.

    « En perdant une enveloppe allant de 4000 à 5000 $ pour chaque jeune passé au privé, les écoles publiques voient s'envoler des moyens additionnels d'améliorer les services qu'elles offrent et d'attirer ainsi plus d'élèves. » Ce pertinant argument aurait donc dû amener les commissions scolaires à mieux évaluer l'impact d'une dépense de cet ordre.

    Si, selon Mme Marcoux, « les perceptions des gens à l'endroit des écoles publiques sont souvent fausses », il ne s'agit pas d'un problème de « publicité du produit », mais plutôt d'un problème de « qualité du produit ». Ses propos à l'effet que « peu importe le nombre de points de pourcentage qu'on pourra récupérer, ce sera toujours ça de gagné », témoignent d'un déficit flagrant de compétence en la matière.

    Perplexes, les « spectateurs » payeurs de taxes qui se feront dire que « l'école secondaire publique, c'est la bonne école », se diront sûrement qu'il n'y a pas assez de membres de la Fédération des commissions scolaires du Québec qui ont fréquenté... les écoles privées !

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