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Bush affronte une ONU critique

Le président américain n'a pas fait de concession notable sur l'Irak

Reuters   24 septembre 2003 
Le président brésilien Lula da Silva (à droite) écoute la conférence du président américain George W. Bush au cours d’un dîner, hier, à l’ONU. M. Bush s’est aussi adressé à l’Assemblée générale de l’ONU et il a dû affronter les c
Photo : Agence Reuters
Le président brésilien Lula da Silva (à droite) écoute la conférence du président américain George W. Bush au cours d’un dîner, hier, à l’ONU. M. Bush s’est aussi adressé à l’Assemblée générale de l’ONU et il a dû affronter les c
New York — Le président américain George W. Bush a plaidé hier pour une aide accrue à l'Irak, sans faire de concession notable face à plusieurs dirigeants étrangers qui lui ont reproché d'avoir lancé une guerre «préventive» et déploré le rôle limité attribué à l'ONU.

Près de six mois après le renversement de Saddam Hussein, l'Irak a dominé la première journée de la 58e Assemblée générale de l'ONU à New York, où plus de 80 chefs d'État ou de gouvernement doivent s'exprimer jusqu'à la fin de la semaine prochaine.

Le président américain a justifié sa décision d'entrer en guerre en mars sans mandat de l'ONU, critiqué par son secrétaire général Kofi Annan et les présidents brésilien Luis Ignacio Lula da Silva et français Jacques Chirac.

«L'Irak est libre parce qu'une coalition de pays a agi pour défendre la paix et la crédibilité des Nations unies», a déclaré George W. Bush. Il a appelé les membres de l'ONU à surmonter leurs divisions passées, assurant que la chute de Saddam Hussein avait contribué à améliorer la sécurité dans le monde.

Alors que le Conseil de sécurité débat d'un projet de résolution américaine élargissant le mandat de l'ONU en Irak, M. Bush a appelé ses membres à accroître leur engagement dans ce pays où Washington fait face à une situation difficile et de plus en plus coûteuse.

Il a justifié l'intervention anglo-américaine de mars et avril derniers en évoquant la découverte en Irak de fosses communes et de lieux de torture.

«Le régime de Saddam Hussein entretenait la terreur tout en fabriquant des armes de destruction massive. Il se servait de ces armes pour des massacres, et a refusé d'en rendre compte lorsque le monde le lui a demandé», a-t-il déclaré.

M. Bush n'a toutefois pas fait de demande de troupes nouvelles, alors que la résolution prévoit une force multinationale dirigée par les Américains sous mandat onusien. Le président américain s'est borné à demander une aide pour former des fonctionnaires irakiens, rédiger une constitution et tenir des élections.

«Nous avons du travail à faire ensemble, allons de l'avant, a-t-il lancé. L'Irak a besoin de notre aide et il la mérite. Toutes les nations de bonne volonté doivent faire le pas et fournir ce soutien.»

Le ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel, a toutefois estimé que cette allocution «n'apportait rien de nouveau».

M. Bush a également réfuté les arguments de responsables irakiens ou de pays comme la France favorables à un retour rapide à une souveraineté des Irakiens sur leur pays, sous la direction de l'ONU. «Ce processus doit se dérouler selon les besoins des Irakiens et ne doit pas être accéléré ou retardé par les souhaits d'autres parties».

À l'instar de plusieurs autres dirigeants, M. Chirac, l'un des opposants les plus fermes à la guerre et qui a demandé un transfert de pouvoirs en Irak selon un «calendrier réaliste», a dénoncé la guerre unilatérale de Washington.

«La guerre a ébranlé le système multilatéral [...] Dans un monde ouvert, nul ne peut s'isoler, nul ne peut agir seul au nom de tous», a-t-il en outre déclaré à la tribune de l'ONU.

À l'issue d'un entretien bilatéral de 45 minutes avec M. Bush, le président français Jacques Chirac a reconnu qu'il restait des «divergences» entre Paris et Washington, mais a prétendu que «sur les choses essentielles, on est d'accord».

Lors de l'entretien cependant, a indiqué un haut responsable américain, le président Bush a clairement fait savoir à son homologue français que la question d'un transfert rapide en Irak n'était pas à l'ordre du jour.

Le président en exercice du Conseil intérimaire de gouvernement irakien, Ahmed Chalabi, présent à New York, a déclaré au New York Times qu'il souhaitait voir l'Assemblée générale de l'ONU donner à son conseil, dont les membres ont été nommés par Washington en juillet, la pleine souveraineté. Mais cette hypothèse a été écartée par un responsable de Washington, qui a souligné que le CIG n'était pas une instance élue.

Lula, pour sa part, a jugé que seule une action dirigeante des Nations unies pouvait surmonter l'actuel climat d'insécurité en Irak. «Une guerre peut parfois être gagnée isolément. Mais la paix — une paix durable — ne peut être obtenue sans le soutien de tous», a-t-il dit.

Le président brésilien a souligné que la transition politique en Irak devait être confiée à l'ONU plutôt qu'à la puissance occupante, en vue d'un retour à une souveraineté irakienne «le plus tôt possible» pour sortir de «l'impasse».

Kofi Annan a lui aussi dénoncé ceux qui estiment avoir «le droit et l'obligation de faire usage de la force à titre préventif». Cela «représente un défi fondamental aux principes sur lesquels la paix et la stabilité mondiales ont, sans doute imparfaitement, reposé depuis les 25 dernières années», a déclaré M. Annan.

Le président en exercice de l'Union européenne, l'Italien Silvio Berlusconi, un ferme partisan des États-Unis, a plaidé lui aussi pour un «rôle vital» de l'ONU en Irak, en reprenant la formule vague utilisée par les dirigeants américains.

Dans les prochaines semaines, trois étapes devraient permettre de voir rapidement si ces divergences restent durables ou peuvent être surmontées, relevaient analystes et diplomates:
- Les négociations sur une nouvelle résolution du Conseil de sécurité, présentée par Washington, qui prévoit notamment la création d'une force multinationale sous mandat onusien et commandement américain, et qui vise à faciliter le partage du fardeau financier et militaire en Irak.
- L'envoi effectif de nouvelles troupes étrangères en Irak. Des pays fermement sollicités par les États-Unis — Inde, Pakistan, Turquie notamment — se sont montrés jusqu'à présent très réservés. Des pays comme la France et l'Allemagne n'envisagent pas d'envoyer de soldats.
- La conférence des donateurs d'aide à l'Irak prévue les 23 et 24 octobre à Madrid. De nombreux pays et institutions ont souligné que les problèmes de sécurité en Irak et le rôle limité des Nations unies, entre autres, n'encourageaient pas la générosité internationale.
 
 
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