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Libre opinion: Marie Trintignant, symbole des femmes battues ?

Sylvie Bienjonetti - Arrondissement d'Outremont, Montréal  24 septembre 2003 
Marie Trintignant est-elle en train de devenir le symbole des femmes battues depuis que sa mort, violente à n'en pas douter, a fait la manchette des journaux? Début septembre, dans Le Devoir, j'ai été servie dans la page Idées où, en gros plan, on voyait sa photo, presque celle d'un ange, me suis-je dit. Et, avec la photo, les recommandations de sauvetage de Lucile Cipriani, docteure en droit, à tous les frères, les voisins, même les agents de sécurité, bref, à tous ceux qui pourraient, d'une façon ou d'une autre, être les témoins silencieux des victimes potentielles de violence conjugale.

J'ai lu, puis j'ai réfléchi au sujet de toutes ces femmes qui reçoivent des baffes, et je me suis dit que c'est vraiment dégueulasse que l'homme, physiquement plus fort que la femme, puisse en abuser. Puis j'ai aussi lu, après, les recommandations: comment reconnaître une femme violentée par son amant, son mari, son chum, afin qu'on puisse l'aider. Abattue, elle a le profil bas, ne s'habille pas avec soin de peur de rendre son homme jaloux, n'invite pas chez elle, a le regard fuyant et, nous l'avons compris, reste enfermée, si on ne vole pas à son secours, dans la spirale de la violence.

J'ai regardé de nouveau la photo de celle qui avait l'air d'un ange et je me suis dit qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas, là, et j'ai pensé à quelqu'un à qui je ne pense pas souvent: Élisabeth Badinter. Je n'ai jamais beaucoup apprécié cette intellectuelle française parce que j'ai toujours trouvé sa langue un peu sèche et son discours un peu racoleur. Mais là, franchement, je me suis dit qu'elle avait peut-être un peu raison quand elle a avancé, un soir à l'émission Le Point, qu'on tenait de plus en plus un discours sur la victimisation des femmes et que ça les victimisait encore davantage. C'est cette espèce de prise en charge par un discours qui les protège et qui affirme, au fond, qu'elles sont en quelque sorte incapables de se défendre.

Oui, l'homme, physiquement, est plus fort que la femme, et un homme jaloux qui perd le contrôle de lui-même peut être dangereux, mais est-ce qu'il n'y a pas des signes avant-coureurs de cette folie de l'homme qui pourraient empêcher les femmes de s'y frotter? Oui, oui, je sais, la manipulation et tout le reste... Mais pour ne pas avoir à subir la folie de l'homme violent, n'y a-t-il pas une espèce de force psychologique ou mentale ou quelque chose d'autre qui serait simplement la volonté ou la nécessité de ne pas vivre la maladie de l'autre et qui permettrait de se détourner de celui qui veut nous écraser, nous manipuler, nous anéantir, nous empêcher d'exister? Et s'il est question de maladie de part et d'autre, il n'y a plus victime d'un côté et agresseur de l'autre: il y a bel et bien deux adultes qui acceptent l'horreur de la dépendance affective et qui sont tous les deux enfermés dans une roue qui tourne.

Je me disais aussi que lorsqu'on a l'air d'un ange et qu'on n'a pas su se méfier de la beauté du diable, on avait peut-être le droit de reposer en paix.
 
 
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