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C'est gagné pour Martin

Plus de 90 % des délégués élus lui sont acquis. Sheila Copps reste dans la course et prive Martin d'un couronnement

Manon Cornellier   22 septembre 2003 
Paul Martin a franchi hier l’étape décisive vers son accession à la tête du Parti libéral du Canada. Les militants libéraux, qui choisissaient en fin de semaine les délégués au congrès de novembre, l’ont consacré chef en lui assurant, deux mois à l’avance, la majorité absolue à la convention.

Malgré une défaite assurée, sa seule adversaire, la ministre du Patrimoine, Sheila Copps, a répété, au moment de voter dans sa circonscription hier, qu’elle ne se retirerait pas de la course. Ce que souhaiterait pourtant l’équipe Martin, au dire d’un organisateur.
«Je suis très satisfaite du fait que nous ayons pu mettre en avant un message solide en faveur du changement pour ce pays. Je pense que les documents que j’ai présentés demeurent l’expression la plus forte d’une vision du Canada», a-t-elle dit. Elle a fait comprendre qu’elle voulait être au congrès pour faire valoir cette vision et rappeler à l’attention des libéraux la présence d’une aile plus progressiste au sein du parti. Elle n’a toutefois aucune chance de modifier la donne sur le plancher du congrès.
Toute la fin de semaine, les résultats de l’élection des délégués annonçaient le raz-de-marée. La véritable victoire que visait Paul Martin a cependant été confirmée un peu avant 21h hier soir, quand ses représentants dans les bureaux de scrutin ont informé son équipe qu’il avait passé le cap magique des 2902 délégués élus. Il a fallu presque deux heures au parti pour afficher à son tour ce chiffre. Les partisans du futur chef, eux, n’ont pas attendu pour célébrer devant les caméras, à coups d’embrassades, de larmes et de cris de joie. Paul Martin s’est joint aux célébrations par téléphone. «Eh bien, je le serai [premier ministre]», a-t-il dit.
Au moment de mettre sous presse peu après minuit, Paul Martin voguait vers une majorité encore plus imposante avec 3497 délégués (90%), alors que Sheila Copps en avait 368 (9,5%). Au Québec, même scénario, avec 927 délégués (94%) pour Paul Martin et 42 (4%) pour Sheila Copps. Il y a aussi 13 indépendants, dont neuf dans Saint-Maurice, la circonscription du premier ministre Jean Chrétien.
Cette conclusion n’a surpris personne. Après seulement deux jours de scrutin, Paul Martin jouissait hier matin d’une avance insurmontable avec 2481 délégués élus, soit 90,8 % d’entre eux, alors qu’elle avait l’appui de seulement 234 délégués, soit 8,6 %. Le reste des votes a été annulé ou est allé à des délégués indépendants, 15 en tout. Avant même que la dernière journée de vote ne commence hier, il manquait moins de 450 délégués à M. Martin pour s’assurer de la majorité absolue au congrès.
Environ 5800 personnes auront droit de vote au congrès qui aura lieu du 12 au 15 novembre à Toronto, soit les 4750 délégués élus en fin de semaine, 200 représentants des partis provinciaux et plus de 850 délégués d’office, dont les députés et les sénateurs. Seuls les délégués élus sont liés par le vote de cette fin de semaine, d’où l’importance d’atteindre le seuil de 2902 délégués à cette étape.
C’était l’objectif de l’organisation Martin. Mais, en dépassant la barre des 90 %, Paul Martin s’impose comme le chef de facto de son parti, ce qui accentuera le flottement qui prévaut au sein du caucus gouvernemental et même de la bureaucratie fédérale. La préparation du budget s’en est déjà ressentie, le ministre des Finances, John Manley, ayant déclaré il y a deux semaines qu’il ne pourrait terminer l’exercice avant de connaître les priorités de M. Martin ni avant que la transition n’ait eu lieu. Or, M. Chrétien parle toujours de partir seulement en février.
Dans l’entourage de M. Martin, on reconnaissait hier que la situation «sera[it] étrange et inhabituelle», de dire un de ses conseillers, «mais il faudra que ça fonctionne, car on n’a pas le choix. M. Martin ne contrôle pas l’échéancier, et le congrès doit avoir lieu, selon la constitution du parti, pour confirmer le choix du chef. Après cela, la décision revient à M. Chrétien».
Les résultats officiels de la sélection des délégués devraient être connus cette semaine, au plus tôt demain. Paul Martin, qui se détendait hier à sa ferme, n’attendra pas pour réagir. Il devrait le faire dès aujourd’hui, à Ottawa.
Fait important, ces résultats font seulement état du potentiel de délégués sur lesquels un candidat peut compter au moment du congrès. Mme Copps, par exemple, avait obtenu au cours des deux premiers jours assez de votes au Québec pour envoyer 23 délégués à Toronto, mais elle n’aurait pas les troupes nécessaires pour pourvoir tous les postes. Pas de délégués au congrès, pas de vote.
Sheila Copps pouvait toujours se consoler hier matin en pensant au pourcentage de votes qu’elle a obtenu les deux premiers jours, soit 9,6 % des voix exprimées (y compris les bulletins rejetés), selon un décompte fait par Le Devoir. Ce pourcentage est légèrement supérieur à la part de délégués qu’elle a fait élire, à cause des règles particulières qui guidaient l’élection des délégués.
Même si un seul membre se présentait pour voter, comme cela s’est produit dans de nombreux clubs étudiants, le candidat qui avait son vote récoltait automatiquement quatre délégués étudiants. Avec, après deux jours de scrutin, environ 89 % des voix exprimées mais 90,8 % des délégués, Paul Martin a davantage profité de cette particularité, autre preuve de la puissance de son organisation.
C’est d’ailleurs cette force imbattable qui avait incité John Manley à se retirer de la course en juillet. Allan Rock avait invoqué la même raison en janvier pour refuser d’être candidat.
Le faible taux de participation observé en fin de semaine est d’ailleurs symptomatique d’une perte d’intérêt des membres à l’égard d’une course sans suspens. Le PLC se targue d’avoir 531 000 membres mais, selon un décompte fait par Le Devoir, moins de 40 000 se sont présentés aux bureaux de scrutin au cours des deux premiers jours. Au Québec, moins de 7000 des 66 000 membres se sont prévalus vendredi et samedi de leur droit de choisir le prochain chef et premier ministre du Canada.
Il faut mentionner que les règles d’adhésion du parti, différentes d’une province à l’autre, gonflent artificiellement l’effectif libéral. Les membres de deux sections provinciales, celles de Terre-Neuve et du Nouveau-Brunswick, sont automatiquement membres du parti provincial et vice versa. De plus, ils sont membres à vie, ce qui donne lieu à des situations incongrues. À Terre-Neuve, par exemple, l’ancien ministre conservateur fédéral John Crosbie, qui fut ministre libéral avant de changer de camp, avait toujours droit de vote en fin de semaine.

Avec la Presse canadienne
 
 
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