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Un nouveau concept de jeu questionnaire télévisé fait jaser - Quand le financement d'organismes relève du hasard

Geneviève Caillé - Montréal  20 septembre 2003 
Le jeu a souvent constitué un moyen privilégié d'amasser des fonds pour une «bonne cause». On n'a qu'à penser aux billets de Loto-Pompier, dont les profits sont annuellement redistribués aux grands brûlés, ou encore à «feu» l'émission Fort Boyard, lors de laquelle la manipulation de tarentules et la résolution des énigmes du sage père Fouras permettaient aux participants d'accéder au fameux trésor, versé à la Fondation Marie-Soleil-Tougas et à l'organisation Opération Enfant Soleil.

Le nouveau jeu questionnaire diffusé à la télévision de Radio-Canada, L'union fait la force, s'inscrit résolument dans cette tendance à faire du jeu l'élément redistributeur d'une certaine richesse. En effet, la participation à ce jeu repose sur l'appartenance à un organisme communautaire «engagé dans l'offre d'activités sportives, culturelles, de plein air ou d'intervention sociale» auquel on «souhaite offrir de la visibilité» et «l'occasion de gagner de l'argent», comme le présente le site de Radio-Canada.

Ainsi, les sommes obtenues par les représentants de l'organisme victorieux (1000 $ par jour, jusqu'à concurrence de 5000 $ pour la semaine) iront garnir les coffres de celui-ci afin de réaliser des achats prioritaires, d'organiser des activités populaires ou de mener à terme des projets relevant de sa mission.

Que penser de cette nouvelle manière plutôt originale de redistribuer des fonds publics? Que penser du fait qu'une société d'État cherche à renflouer le portefeuille d'organismes contribuant au mieux-être de certains groupes et de certaines communautés? En quoi cette redistribution est-elle différente des nombreux prix et récompenses attribués aux candidats individuels participant à d'autres jeux télévisés tels La Poule aux oeufs d'or ou La Roue de fortune?

Le malaise provient ici précisément de la dimension «communautaire» revêtue par ces organismes. Bien que leur intervention ne soit pas d'ordre proprement politique, elle relève néanmoins de choix qui concernent l'ensemble de la société, ne serait-ce que par le financement public (bien que partiel) des organismes à vocation communautaire et dans le choix de privilégier certains types d'interventions plutôt que d'autres. La redistribution des richesses doit être le fruit d'une réflexion collective et, en ce sens, doit s'effectuer selon la volonté de la société.

Espérons que les compressions qui s'en viennent, notamment dans le domaine de l'éducation, n'annoncent pas la création de nouveaux jeux télévisés qui pourraient s'intituler, par exemple, 5 $ à 7 $, offrant aux vainqueurs d'alléchants prix comme une place gratuite pour leur enfant dans un centre de la petite enfance.
 
 
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