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Jean Charest et son programme conservateur - Le Parti libéral du Québec disparaîtra-t-il?

Guy Lachapelle - Professeur titulaire au département de science politique de l'université Concordia  20 septembre 2003 
Après chaque défaite électorale du Parti québécois, les exégètes d'Ottawa et du Canada sont toujours prompts à monter aux tribunes pour affirmer la mort du projet souverainiste. Le Canada anglais s'endort à chaque occasion sous les mêmes berceuses fédéralistes, qu'elles soient murmurées par des Stephen Harper ou par des Stéphane Dion. Et pourtant, depuis le 14 avril dernier, c'est bel et bien le Parti libéral du Québec qui est en train de disparaître.

Depuis son élection comme premier ministre du Québec, Jean Charest multiplie les annonces qui devraient pourtant laisser songeurs les militants libéraux. Pour ceux qui croient encore que la défense des intérêts du Québec devait être la première priorité de nos élus, le «nouveau» Parti libéral du Québec semble plutôt guidé par des principes «libéraux» habillés à la mode conservatrice.

Dès son élection, Jean Charest s'est entouré, au sein de son cabinet, de personnes issues de la filière conservatrice et ayant travaillé avec lui pendant l'ère Mulroney à Ottawa. Son conseil des ministres est d'ailleurs formé de plusieurs partisans ou militants conservateurs. Avec le «limogeage» de Pierre Paradis, Jean Charest a voulu envoyer un message clair à ses ministres et députés: il n'y a plus de place au PLQ pour les «nationalistes» qui souhaitent poursuivre, par exemple, les efforts d'un Robert Bourassa. Pour ceux qui ne l'ont pas compris, prenez bonne note: le Québec rentre dans le rang.

Le monde a changé

Les premiers gestes et les premières annonces du gouvernement Charest en ce sens n'ont d'ailleurs pas tardé depuis quatre mois. Dans son vaste programme dit de «réingénierie de l'État québécois» se profile un autre principe néolibéral: que vous soyez chef d'entreprise, fonctionnaire, artiste ou simple citoyen, ne comptez plus sur le gouvernement du Québec pour vous aider. Pendant que de nombreux États américains et plusieurs provinces canadiennes proposent, mondialisation oblige, des stratégies d'attraction des investissements étrangers et de commerce international, le gouvernement Charest, lui, entend réduire les subventions aux entreprises.

Les effets ont d'ailleurs été immédiats. Un climat d'attentisme et d'incertitude s'est installé parmi les dirigeants d'entreprises qui ne voyaient plus se profiler l'aide des ministères à vocation économique. BioChem a fermé ses portes sans que personne ne s'en inquiète, sauf les syndicats. En bout de piste: la perte de 13 200 emplois en août au Québec et un taux de chômage de plus de 10 %, le plus haut depuis décembre 1998.

Jean Charest n'a pas compris que depuis la défaite conservatrice à Ottawa, en 1993, le monde a changé et que les meilleurs gouvernements ne sont pas ceux qui interviennent le moins. La concurrence n'est pas uniquement pancanadienne, elle est régionale et internationale, et le gouvernement du Québec se doit de continuer à développer des outils pour attirer davantage d'investissements étrangers. En gelant les dépenses du ministère des Relations internationales du Québec, le gouvernement Charest limite encore davantage les moyens que possède le Québec d'accroître sa visibilité internationale. À ne rien faire, le Québec risque encore une fois de ne plus être une société globale mais tout au plus une région canadienne, une province comme les autres.

Mirage

Sur le plan social, Jean Charest réaffirme, depuis qu'il est élu, que son objectif est d'améliorer les services aux citoyens. Or, en matière de services de garde, les cafouillis ont été multiples. Entre l'augmentation des coûts, le partenariat public-privé (c'est-à-dire le retrait de l'État) ou de meilleurs services, ç'a été la valse-hésitation. Mais l'objectif est simple: revoir le financement et l'universalité du régime et faire payer davantage les familles.

Le privé pourra donc offrir les mêmes services à un coût supérieur sans qu'on se pose véritablement la question si les services sont ou seront de meilleure qualité. En matière de santé, l'abolition des régies régionales de la santé et des services sociaux procède de la même analyse: il faut diminuer les dépenses. Même argumentaire de la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, qui proposait de privatiser l'eau, s'appuyant sur une étude comparative Angleterre-Écosse-Irlande. En bref, sous le prétexte de vouloir offrir de meilleurs services, le gouvernement Charest veut désengager l'État de ses responsabilités collectives les plus fondamentales. Le mirage, c'est que tout cela devrait rimer avec une baisse d'impôt.

Le Québec-nation

Sur le plan des relations Québec-Canada, le PLQ continue d'aller à reculons. Pour le gouvernement Charest, le Québec ne constitue pas une «nation» dans tous les sens du mot. Dans un texte publié dans Le Devoir le 6 septembre dernier, le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones, Benoît Pelletier, parlait du Québec comme d'une communauté francophone parmi d'autres au Canada, d'une société «majoritairement francophone». Les concepts utilisés nous renvoient au rapport Pépin-Robarts mais surtout aux principes de la Loi canadienne sur les langues officielles, telle que formulée au moment de l'entente de Charlottetown.

Mais il y a et il y aura toujours une différence fondamentale entre le Québec et les autres groupes francophones en Amérique. Le Québec constitue une nation subétatique ayant ses propres institutions ainsi qu'un gouvernement élu par l'ensemble des citoyens vivant sur son territoire. Les francophones au Canada constituent au plus des «nations minoritaires» ou des «groupes minoritaires» sans poids politique véritable. Considérer les Québécois sur le même pied que les francophones du Canada, c'est faire fi des «circonstances politiques» réelles qui différencient les Québécois de tous les autres groupes francophones en Amérique.

Finalement, pour justifier son «virage à droite», Jean Charest aurait affirmé que les orientations de son gouvernement reflètent bien l'opinion des personnes qui ont voté pour le PLQ et l'Action démocratique du Québec, les électeurs de ces deux partis étant selon lui favorables aux changements qu'il propose. Jean Charest interprète donc à sa façon ce que l'électorat a bien voulu dire en lui donnant le mandat de gouverner. En tout cas, si les partisans de Mario Dumont ne le savaient pas, ils devront s'y faire et être patients: comme tout le monde, ils pourront voter à nouveau... dans quatre ans!

Démolisseurs à l'oeuvre

Autant dans ses discours que dans les gestes faits par ses ministres, le gouvernement de Jean Charest s'éloigne de certains idéaux partagés, il n'y a pas si longtemps, par l'ensemble de la classe politique québécoise. Robert Bourassa avait au moins la passion du développement social et économique du Québec. Rappelons quelques-uns de ses programmes d'investissement publics: l'assurance-maladie, la Charte de droits et libertés, le français comme langue officielle du Québec, la souveraineté culturelle, etc. S'il a échoué sur le plan constitutionnel, il aura au moins eu le mérite, que l'on partage ou non le réalisme de ses positions, d'avoir essayé d'en obtenir davantage pour le Québec. Le Québec a besoin de bâtisseurs, pas de démolisseurs.

La question qui se pose est donc fort simple: Jean Charest aurait-il un programme caché? Fait-il le jeu du Canada anglais? Veut-il transformer suffisamment le PLQ pour lui proposer, au moment opportun, un nouveau nom: le Parti conservateur au Québec? Réalisera-t-il ainsi le vieux rêve des «bleus»? Chose certaine, Jean Charest prend les moyens pour y arriver. Avant de proclamer la mort du projet souverainiste, les gens qui ont voté ou qui se glorifient de la victoire du PLQ devraient se demander s'ils n'ont pas, en fait, sonné le glas du Parti libéral du Québec.
 
 
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