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Noyau dur

Guy Taillefer   19 septembre 2003 
À 14 mois de l'élection présidentielle aux États-Unis, républicains et démocrates dessinent des stratégies électorales en nette rupture avec le passé. En vertu de ces nouvelles stratégies, les swing voters — ces 10 à 20 % d'électeurs aux goûts politiques changeants à l'intention desquels les politiciens s'éreintent à fignoler des messages sinueux et centristes pour éviter de se les aliéner — ne forment plus le champ de bataille principal des deux grands partis. En lieu et place, l'objectif consistera plutôt pour eux à cibler très précisément le noyau dur des électeurs acquis à leurs positions traditionnelles.

Ce recentrage traduit la perception confirmée par les sacro-saints sondages selon laquelle l'électorat américain forme une masse de plus en plus polarisée, divisée. Polarisation mise en évidence par la présidentielle de 2000, creusée ensuite par le choc des attentats du 11 septembre 2001 sur la conscience américaine et la croisade aux accents religieux menée par George W. Bush contre le terrorisme en général et Saddam Hussein en particulier. C'est dans ce contexte nouveau que le candidat démocrate socialisant et antiguerre Howard Dean, actuel meneur dans la course à l'investiture de son parti, apparaît aux yeux de bien des militants comme l'opposant rêvé à M. Bush.

De deux choses l'une: ou cette polarisation clarifie les débats nationaux et constitue pour les Américains, toutes tendances confondues, un stimulant à la mobilisation électorale, ou, ce qui est plus probable, elle rétrécit un peu plus encore cette bande étroite d'électeurs sur laquelle s'appuie la démocratie américaine (et qui ne cesse de se rétrécir depuis 30 ans) en libérant les politiciens de la responsabilité de s'adresser au plus grand nombre. Dans un monde où les politiciens pèchent souvent par absence de nuance, c'est une invitation au populisme des idéologues.

Difficile, en conséquence, de ne pas interpréter l'évolution des choses en Irak à la lumière de cette grille électorale. C'est plus par nécessité que par conviction que la Maison-Blanche, incapable à elle seule de «reconstruire» l'Irak, se tourne vers l'ONU et redécouvre les vertus du multilatéralisme. Que le secrétaire d'État américain Colin Powell ait affirmé dimanche dernier à Bagdad qu'il ne fallait pas «aller trop vite» en matière de reconstruction n'exclut pas que les États-Unis espèrent toujours que des élections pourront être tenues avant la fin 2004 en Irak pour y installer au moins des apparences de progrès démocratique. Un calendrier qui faciliterait une réélection de M. Bush fondée sur le petit noyau de ses électeurs.
 
 
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