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Lettres: Ces hommes de pouvoir qu'on affiche trop

Pierre-Paul Sénéchal - Saint-Vallier-de-Bellechasse, 14 septembre 2003  18 septembre 2003 
Réflexion brève et légèrement caustique en marge de l'actuel débat sur l'influence un peu gênante attribuée au «quatrième pouvoir». On trouve très choquante la façon démesurée dont les régimes politiques autoritaires ont tendance à afficher en public les figures qui les incarnent: Fidel Castro sur les immenses panneaux qui ornent les grandes artères de La Havane, Saddam Hussein sur des panneaux géants dans les rues de Bagdad, etc. Cet affichage dénué de toute pudeur ne vise essentiellement qu'une chose: asseoir plus solidement dans la population le régime en place et en assurer la stabilité à long terme. Jamais, dans notre système de démocratie parlementaire, un gouvernement élu n'oserait même songer à afficher de manière aussi omniprésente la tête de son chef. Une telle initiative aurait pour résultat immédiat de déclencher une vive réaction dans la population, et avec raison. C'est qu'il n'est pas dans nos valeurs et dans nos pratiques démocratiques de personnaliser ainsi l'exercice du pouvoir.

Assez curieusement, chez nous, les seules têtes qu'on expose en très gros plan sur les grands panneaux publicitaires des autoroutes ou à pleines pages dans les quotidiens sont celles de vedettes de l'information qui se mettent au service des grandes entreprises de presse. Des têtes d'affiche, animateurs d'émissions d'affaires publiques ou de tribunes téléphoniques dont certains, avec bien sûr la complicité de la direction, peuvent faire la pluie et le mauvais temps sur les ondes ou, à l'inverse, se spécialiser dans les balivernes pour mieux endormir la population. Ils exercent une influence indéniable sur l'opinion. Ce sont des entreprises à caractère privé dont les liens de parenté mutuelle nous sont assez bien connus, voire des entreprises à caractère public comme Radio-Canada, officiellement investie d'une mission par le gouvernement du Canada. Parce qu'elles sont en rapport direct avec la formation de l'opinion publique ou bien avec son aseptisation, ne conviendrait-il pas qu'on s'interroge davantage à leur sujet?
 
 
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