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La souveraineté dépassée ?

Bernard Dufourd - Montréal, 14 septembre 2003  18 septembre 2003 
Depuis quelque temps, certains journalistes, intellectuels et politiciens fédéralistes prétendent que la démarche des Québécois en vue de faire de leur État un pays souverain est complètement dépassée dans un contexte de mondialisation. Cette affirmation est quand même surprenante pour des spécialistes en la matière. Premièrement, comment peuvent-ils parler de la souveraineté du Québec sans l'avoir vécue et, surtout, d'une option politique qu'ils rejettent?

Je rappelle à ces personnes que le peuple québécois n'a jamais connu l'affranchissement collectif que comporte cette démarche et que toute affirmation est par conséquent très hypothétique. De plus, il faut noter que le point de vue de ces personnes s'articule sur leur propre expérience de souveraineté d'un pays et qu'il serait plus à propos ici de parler de la souveraineté du Canada lui-même puisque c'est la seule expérience que nous ayons vraiment vécue avec d'autres nations. À cet égard, leur position se justifie davantage car la souveraineté canadienne est plutôt vulnérable. Collés sur les États-Unis, les Canadiens ont de la difficulté à se distinguer et à prendre le contrôle de leur destinée. Même d'un point de vue culturel, le Canada est perçu dans le monde comme une succursale américaine. Sans le Québec, ce pays, aux yeux des Américains, a des allures de gros Oregon du Nord.

L'identité culturelle canadienne telle qu'on se plaît à la présenter comporte davantage les valeurs québécoises, n'en déplaise aux Rocheuses. L'ignorance partisane de nos concitoyens fédéralistes est à son comble quand ils nous comparent au reste du monde. J'ai moi-même eu la chance de visiter plusieurs pays dits souverains, et jamais les Suédois, ni les Espagnols, ni les Suisses, ni les Canadiens eux-mêmes ne m'ont dit que leur statut dans le monde était dépassé. Dans un contexte de mondialisation, compte tenu du fait que le rapprochement des économies exerce une pression sur les relations entre les pays, la souveraineté d'un pays et la vitalité de l'identité nationale de son peuple n'ont jamais été aussi importantes que maintenant. Pas besoin de la tête à Papineau pour comprendre ça: la mondialisation ne fera pas de la planète un gros McDonald. Il me semble que pour le respect du peuple du Québec dans sa démarche à protéger sa survie, ces personnes devraient, moralement à tout le moins, éviter de dire pareilles niaiseries à leurs concitoyens.

Au lieu de se constituer un référentiel politique en visitant la Floride pour une partie de golf, ils devraient resserrer leurs grilles d'analyse en s'ouvrant davantage sur le monde. De cela, les Québécois sortiraient gagnants. En se comparant constamment aux Américains, nos ténors de la fédération canadienne développent un sentiment d'infériorité et perçoivent leur survivance économique et culturelle comme un obstacle et non comme un défi, et ça, c'est bien la dernière chose dont les Québécois aient besoin.
 
 
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