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Le documentaire À hauteur d'homme - De bien curieuses critiques

Katia Gagnon - Éditorialiste à La Presse et ex-correspondante parlementaire  16 septembre 2003 
Je prends la liberté d'écrire à un journal concurrent, parce que je n'ai aimé ni le propos, ni le ton d'un récent article de votre chroniqueur Michel Venne. M. Venne et moi avons tous deux travaillé à la Tribune de la presse de Québec pendant près d'une décennie. Mais visiblement, nous tirons de notre expérience des leçons pour le moins dissemblables.

Bien sûr, à la suite du film de Jean-Claude Labrecque, il est de bon ton de critiquer la presse parlementaire. Il serait peut-être sain, effectivement, de s'interroger sur certaines pratiques. Mais Michel Venne, en se joignant, dans Le Devoir du lundi 8 septembre, au choeur des détracteurs, y est allé de bien curieuses critiques. Il reproche d'abord aux journalistes politiques de s'employer à déjouer les stratégies de communication des gouvernements. À mon avis, c'est pourtant là le rôle premier de la presse. Les partis politiques et les gouvernements sont devenus des experts dans l'art de présenter les choses de la façon qui leur est le plus avantageuse. C'est le travail des journalistes que de défaire cet emballage pour montrer la vraie nature du cadeau qui, souvent, est ainsi beaucoup moins engageant pour la population.

M. Venne reproche ensuite aux journalistes de s'acharner à décoder le langage politique. La raison de cette obsession est simple: les politiciens sont devenus de grands spécialistes en euphémismes et omissions volontaires. Quand un politicien dit: «Pour l'instant, il n'est pas question de toucher aux 5$ des garderies», faut-il reprocher aux journalistes de traduire en indiquant que le ministre «n'a pas exclu» une hausse de tarif? À mon avis, c'est le reporter qui ne soulignerait pas au passage le phrasé ambigu du ministre qu'il faudrait montrer du doigt. Il aurait manqué à son devoir d'informer la population, qui veut savoir, non seulement pour demain, mais aussi pour l'avenir proche, combien elle paiera pour ses garderies.

Rappelons-nous les talents en la matière de l'ex-premier ministre Robert Bourassa, qui, au détour d'une simple phrase, amorçait de grands changements de stratégie. Faut-il rappeler à M. Venne les défuntes «conditions gagnantes» de Lucien Bouchard, deux tout petits mots qui ont entraîné une modification complète de la philosophie péquiste concernant la tenue d'un référendum?

M. Venne fait ensuite une autre affirmation ex cathedra: les journalistes politiques font peu d'enquêtes. Que fait donc Denis Lessard, le correspondant de La Presse, à longueur d'année, sinon que d'essayer de dévoiler des faits que le gouvernement ou l'opposition préféreraient taire? Que fait donc Kathleen Lévesque, sa collègue du Devoir, qui nous a notamment informé des agissements contestables de l'ex-directeur du Parti québécois, Raymond Bréard? Les récents reportages de Paul Larocque, de TVA, sur le prix du boeuf, demeuré scandaleusement élevé au Québec au beau milieu de la crise de la vache folle, ce n'est pas du journalisme d'enquête? Jean Thivierge, de Radio-Canada, ne faisait pas de journalisme d'enquête quand il a révélé, il y a quelques années, que le gouvernement Bouchard avait payé à la firme National des centaines de milliers de dollars pour publiciser une entente hydro-électrique entre le Québec et Terre-Neuve? Je trouve que M. Venne a une définition bien réductrice de l'enquête.

Finalement, reprenant les travaux d'universitaires, M. Venne déplore la «neutralité aseptisée» qui a cours dans nos médias. Je me réjouis, au contraire, que la presse politique évite de confondre journalisme et militantisme. Votre chroniqueur aurait d'ailleurs lui-même intérêt à méditer sur cette question.
 
 
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