Le droit de tuer
Guy Taillefer
16 septembre 2003
Qui peut objectivement s'étonner de ce qu'au sommet du pouvoir israélien, on s'autorise désormais à évoquer en «option» l'assassinat pur et simple de Yasser Arafat? Se désoler, oui, de ce qu'une démocratie pousse l'immoralité politique jusqu'à s'octroyer ouvertement le droit de tuer. Mais se surprendre, non, vu l'escalade désespérante, dix ans après la signature des accords d'Oslo, des violences qui empoisonnent cette espèce de guerre civile qu'on appelle le conflit israélo-palestinien.
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, a déclaré hier que l'assassinat du président de l'Autorité palestinienne n'avait pas statut de politique gouvernementale établie. La précision rassure à peine. Le projet d'assassinat relevé dimanche par le vice-premier ministre Ehoud Olmert, candidat par ailleurs pressenti au poste de premier ministre, prolonge logiquement la décision de principe prise la semaine dernière par le cabinet de sécurité israélien d'«expulser» M. Arafat, qui est emprisonné depuis près de deux ans dans ce qu'il reste de sa maison présidentielle de la Moukataâ. Une maison elle-même sise au coeur d'un pays à peine virtuel dont la vie est rythmée par les bouclages et les «opérations de liquidation» des membres du Hamas. C'est depuis longtemps tout un peuple qu'on est en train d'assassiner par strangulation sous les yeux de la communauté internationale.
On voudrait croire en certains milieux gouvernementaux israéliens que l'élimination d'une manière ou d'une autre du chef palestinien contribuera à calmer le conflit en ouvrant la voie à un leadership plus modéré — ou plus docile. Ainsi que l'écrivait récemment l'écrivain israélien pacifiste Amos Oz, la pénurie de «modérés zélés» se fait sentir de tous les côtés. Rien n'est pourtant moins sûr. Le gouvernement d'Ariel Sharon juge-t-il aujourd'hui que ses assassinats ciblés contre des membres du Hamas ont suffisamment porté leurs fruits pour se permettre de décapiter un président qu'il considère comme un «obstacle absolu» à la paix? Peut-être, mais c'est un calcul qui ferait incontournablement couler du sang en invitant les extrémistes à commettre de nouveaux attentats suicide. Dans les rues de Gaza et Ramallah, l'opposition anti-
israélienne se cristalliserait, y compris parmi les dénigreurs qui accusent le leader historique de corruption et d'autoritarisme.
De Bagdad, le secrétaire d'État américain Colin Powell a mal réagi à la menace proférée par M. Olmert, affirmant que les États-Unis «ne soutiennent ni l'élimination ni l'exil de M. Arafat». En cette matière, la Maison-Blanche a pourtant donné l'exemple sous George W. Bush, en faisant ouvertement la promotion de l'assassinat de Saddam Hussein, alors que Washington s'interdisait, depuis l'administration de l'ancien président Gerald Ford, d'éliminer un chef de gouvernement, par élémentaire souci de moralité en politique étrangère. Pour M. Bush, ce droit de tuer est compatible avec sa promesse de faire souffler à partir de l'Irak un vent de démocratisation sur l'ensemble du Proche-Orient. Dans certains cercles du pouvoir israélien, on ne raisonne pas différemment en voulant appliquer la loi arbitraire du Far West.
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, a déclaré hier que l'assassinat du président de l'Autorité palestinienne n'avait pas statut de politique gouvernementale établie. La précision rassure à peine. Le projet d'assassinat relevé dimanche par le vice-premier ministre Ehoud Olmert, candidat par ailleurs pressenti au poste de premier ministre, prolonge logiquement la décision de principe prise la semaine dernière par le cabinet de sécurité israélien d'«expulser» M. Arafat, qui est emprisonné depuis près de deux ans dans ce qu'il reste de sa maison présidentielle de la Moukataâ. Une maison elle-même sise au coeur d'un pays à peine virtuel dont la vie est rythmée par les bouclages et les «opérations de liquidation» des membres du Hamas. C'est depuis longtemps tout un peuple qu'on est en train d'assassiner par strangulation sous les yeux de la communauté internationale.
On voudrait croire en certains milieux gouvernementaux israéliens que l'élimination d'une manière ou d'une autre du chef palestinien contribuera à calmer le conflit en ouvrant la voie à un leadership plus modéré — ou plus docile. Ainsi que l'écrivait récemment l'écrivain israélien pacifiste Amos Oz, la pénurie de «modérés zélés» se fait sentir de tous les côtés. Rien n'est pourtant moins sûr. Le gouvernement d'Ariel Sharon juge-t-il aujourd'hui que ses assassinats ciblés contre des membres du Hamas ont suffisamment porté leurs fruits pour se permettre de décapiter un président qu'il considère comme un «obstacle absolu» à la paix? Peut-être, mais c'est un calcul qui ferait incontournablement couler du sang en invitant les extrémistes à commettre de nouveaux attentats suicide. Dans les rues de Gaza et Ramallah, l'opposition anti-
israélienne se cristalliserait, y compris parmi les dénigreurs qui accusent le leader historique de corruption et d'autoritarisme.
De Bagdad, le secrétaire d'État américain Colin Powell a mal réagi à la menace proférée par M. Olmert, affirmant que les États-Unis «ne soutiennent ni l'élimination ni l'exil de M. Arafat». En cette matière, la Maison-Blanche a pourtant donné l'exemple sous George W. Bush, en faisant ouvertement la promotion de l'assassinat de Saddam Hussein, alors que Washington s'interdisait, depuis l'administration de l'ancien président Gerald Ford, d'éliminer un chef de gouvernement, par élémentaire souci de moralité en politique étrangère. Pour M. Bush, ce droit de tuer est compatible avec sa promesse de faire souffler à partir de l'Irak un vent de démocratisation sur l'ensemble du Proche-Orient. Dans certains cercles du pouvoir israélien, on ne raisonne pas différemment en voulant appliquer la loi arbitraire du Far West.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

