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Lettres: Inepties dans nos toponymes

Jocelyn Jalette - Joliette, 8 septembre 2003  16 septembre 2003 
La récente annonce du gouvernement fédéral de vouloir rebaptiser l'aéroport Dorval du nom de Pierre-Elliott-Trudeau fait ressortir l'incohérence dans l'attribution de certains de nos toponymes. Je ne dis pas que la couleur politique de la personne à honorer doit être un critère de sélection, mais, en revanche, il ne faut pas non plus se moquer des citoyens en oblitérant certains faits. Car, rebaptiser l'aérogare de Dorval du nom de celui qui a provoqué le gâchis de Mirabel est carrément indécent. Et, comble d'ironie, le ministre fédéral des transports, David Collenette, ajoutait sans sourciller que le nom de Trudeau suivrait même un éventuel retour des vols à Mirabel. Ben voyons! C'est un peu comme si les Anglais décidaient d'appeler un jour un centre pour la paix, Tony Blair!... Soyons sérieux!...

L'aéroport Trudeau n'est malheureusement pas la seule absurdité de notre paysage toponymique. Comment peut-on tolérer encore qu'une rue de Montréal se nomme Amherst?... Amherst fut un général anglais qui projetait d'envoyer des couvertures infestées du virus de la variole à certains peuples amérindiens pour les affaiblir, voire les exterminer. Leur seul crime était d'appuyer les Français installés ici. Ainsi, une rue de Montréal honore aujourd'hui un des premiers stratèges militaires dans l'histoire du monde à avoir préparé une guerre bactériologique.

L'hôtel Reine-Élizabeth, toujours dans la métropole, est un autre vestige de notre esprit colonisé. Cet hôtel fut nommé ainsi en 1952 par la seule volonté du président du chemin de fer canadien. Cette décision fut maintenue malgré des nombreuses pétitions et la forte pression du milieu francophone, dont l'ancien maire Jean Drapeau. Ces derniers désiraient plutôt honorer le fondateur de Montréal en nommant l'établissement hôtelier Château Maisonneuve.

Saviez-vous également que la station de métro Monk (et la rue du même nom) rappelle la mémoire de Maria Monk. Une femme dont le seul fait d'armes a été de publier aux États-Unis un livre diffamant le clergé catholique. Il fut par la suite prouvé que ses écrits n'étaient qu'un ramassis de faussetés.

Il y a dans ces quatre exemples une frontière de l'inacceptable qui me semble avoir été franchie. Notre ignorance de l'histoire nous fait malheureusement tolérer ce genre d'ineptie.
 
 
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