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Oui à l'égalité, non à l'uniformité

Jeanne Corriveau   11 septembre 2003 
«Nous demandons aux hommes et aux femmes politiques catholiques, comme à tous les catholiques d’ailleurs, de former leur conscience dans la prière, par la lecture attentive des Écritures et par l’écoute respectueuse de l’enseignement de l’É
Photo : Jacques Nadeau
«Nous demandons aux hommes et aux femmes politiques catholiques, comme à tous les catholiques d’ailleurs, de former leur conscience dans la prière, par la lecture attentive des Écritures et par l’écoute respectueuse de l’enseignement de l’É
Modifier la définition du mariage, comme le gouvernement fédéral entend le faire, est une option dangereuse qui pourrait avoir des conséquences insoupçonnées, croit Mgr Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal. «Si le mariage devient l'union de deux personnes qui s'aiment, va-t-on permettre le mariage entre un frère et une soeur? Entre un père et sa fille? Entre une mère et son fils?», demande-t-il.

Ces appréhensions peuvent sembler farfelues, mais Mgr Turcotte, qui se défend bien de vouloir «charrier», est convaincu qu'«on n'a pas idée des conséquences que cela pourrait avoir dans le futur».

Dans un message adressé aux catholiques, la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) a demandé hier que la définition traditionnelle du mariage, décrit comme «l'union légitime d'un homme et d'une femme à l'exclusion de toute autre personne», demeure inchangée.

Rappelons que le gouvernement de Jean Chrétien a décidé en juin dernier de ne pas contester les décisions rendues par des tribunaux du Québec, de l'Ontario et de la Colombie-Britannique, lesquels avaient jugé discriminatoire la définition actuelle du mariage. Le nouveau projet de loi, qui permettra le mariage entre conjoints de même sexe, sera d'abord soumis à la Cour suprême avant de faire l'objet d'un vote par les élus.

La CECC a tenu hier à réitérer sa position au sujet des mariage gais, invitant les politiciens à tenir compte, dans leur réflexion, du caractère fondamental et irremplaçable du mariage des couples hétérosexuels, qui jouent un rôle central dans la procréation et dans l'éducation des générations futures. L'État a le devoir de protéger ce que les évêques considèrent comme la «cellule de base de la société», estime la CECC.

«Nous demandons aux hommes et aux femmes politiques catholiques, comme à tous les catholiques d'ailleurs, de former leur conscience dans la prière, par la lecture attentive des Écritures et par l'écoute respectueuse de l'enseignement de l'Église», a indiqué Mgr Jacques Berthelet, évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la CECC, lors d'une conférence de presse à Montréal hier.

Le gouvernement se trompe en voulant appliquer le même traitement aux couples hétérosexuels et aux couples gais, a-t-il dit: «En invoquant le droit à l'égalité, le gouvernement confond le concept d'égalité avec celui d'uniformité. [...] Autrement dit, refuser d'établir des distinctions entre les couples hétérosexuels et les couples homosexuels entraîne la confusion, dévalorise la diversité. Pour nous, il n'est pas discriminatoire de traiter des réalités différentes de manière différente.»

Mgr Berthelet a dû s'expliquer longuement sur l'affirmation des évêques selon laquelle les couples hétérosexuels seront privés de la «reconnaissance du caractère unique de ce qu'ils apportent à la société» si on accorde le droit de se marier aux couples gais. «Je ne pense pas qu'on puisse dire des couples homosexuels qu'ils apportent quelque chose d'irremplaçable à la société et qu'ils construisent la société», a-t-il précisé.

Les enfants risquent de payer le prix des conséquences liées au mariage de conjoints de même sexe, croient les évêques. «Il y a aujourd'hui, du côté des lesbiennes, des gens qui ont des enfants qui n'ont jamais connu de père, a expliqué Mgr Turcotte. Quelles en seront les conséquences? Je n'en sais rien. Tout ce que je sais, c'est que j'ai lu beaucoup de traités sur la psychologie dans ma vie, et je pense que dans la société d'aujourd'hui, on reconnaît que l'absence du père est un gros problème.»

Selon un sondage publié le mois dernier dans le Globe and Mail, les Québécois seraient beaucoup plus favorables que les autres Canadiens à une modification de la définition du mariage afin qu'elle comprenne les couples gais. Selon l'enquête menée par la firme IPSOS-Reid, 60 % des Québécois appuieraient les principes de cette nouvelle définition alors que dans l'ensemble du pays, 49 % des Canadiens y seraient favorables. Mgr Turcotte reconnaît l'existence d'une plus grande ouverture face à cette question au Québec, mais il y met son bémol: «Est-ce que les gens ont véritablement compris que modifier la notion du mariage va changer radicalement les choses? [...] Je ne suis pas sûr qu'il voient les enjeux.»

Avec sa déclaration publique, la Conférence des évêques catholiques désire éclairer les politiciens dans leur réflexion. Elle invite également les citoyens opposés à une redéfinition du mariage à faire connaître leur position aux élus, «dans la charité et le respect des personnes».






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  • Pierre-Alain Cotnoir
    Abonné
    jeudi 11 septembre 2003 08h21
    Anormalité sexuelle
    « La pire aberration délétère pour notre société ce n'est pas la reconnaissance de l'union des gais et lesbiennes, c'est l'abstinence sexuelle forcée imposée par la papeauté aux clercs depuis la querelle des investitures au XIe siècle, c'est la subordination des femmes dans les organisations religieuses, c'est la négation de la sexualité et de l'égalité des sexes qui y a toujours existé.

    Pendant des siècles cette 'pensée unique' a été à la source de biens des maux, dont les plus récents ont fait encore la manchette des journaux, avec ces affaires de pédophilie cléricale. Alors nous n'avons plus de leçon à recevoir de ces reliquats de la grande noirceur! »

  • Jean-Noel Morin
    Inscrit
    jeudi 11 septembre 2003 11h46
    Position claire
    « Les évêques canadiens ont pris une position claire. Ils l'ont communiquée dans un langage respectueux.
    Quant à l'invitation à participer au débat et à discuter de la question, le message adopte la vieille sagesse populaire "Celui qui quitte la vielle voie pour une nouvelle, connais très bien ce qu'il qu'il quitte mais il ne sait pas ce qu'il trouvera" (vieux proverbe italien). »

  • Gérard Boudreault
    Inscrit
    jeudi 11 septembre 2003 19h34
    Enfin quelqu'un qui précise la portée de ce débat !
    « Bravo à la CECC pour son courage d'avoir enfin exposé les grands enjeux de ce débat. Bravo pour ne pas avoir sombrer dans le "politiquement correct" afin d'éviter la question. Il y a des mots qui choquent, des mots qui rallient et mots qu'il ne faut pas avoir peur de dire quand la circonstance l'impose.

    Qui d'autre dans les hommes publics a osé dire qu'il était contre le mariage homosexuel ? Il me semble qu'ils sont trop peu encore à s'affirmer afin de ne pas heurter un lobby.

    Les vrais enjeux n'avaient pas encore été clairement diffusés à tous. Mais si cette intervention réussi à faire réfléchir les gens, un objectif important aura été atteint. »

  • Claude Girard
    Inscrit
    vendredi 12 septembre 2003 22h37
    Pour une pastorale d'accompagnement et de service
    « "L'arme de la prière et de l'amour" invoqué par le pape Jean-Paul II pour vaincre les guerres qui poussent actuellement comme des champignons à travers le monde, tout particulièrement en Iraq et au Moyen Orient, aurait pu inspirer les Evêques canadiens dans leur approche du mariage des personnes de même sexe. S'ils parlent de la prière et de l'enseignement de l'Église, ils se laissent bien peu aller sur le sujet de l'amour au sens évangélique du terme.

    L'approche catastrophique de certains propos tenus par les Évêques suggère que les sociétés sont les créatures des lois et des normes qu'elles se donnent. Je ne pense pas qu'Adam et Ève aient attendu de telles consignes écrites pour trouver la manière de donner naissance à Cain et Abel et sans doute à quelques filles également pour donner l'humanité que nous connaissons actuellement.

    Les lois obéissent davantage à l'évolution des sociétés et des valeurs qui émergent en leur sein que le contraire. Lorsque Mgr Turcotte sonne le glas de la fin de la cellule familiale comme base et fondement de toute société si jamais le concept de mariage est ouvert à l'union de deux personnes de même sexe, il oublie que la nature saura toujours en dépit et au delà des lois aller là où les horizons de bonheur se feront les plus accessibles en même temps que les plus durables. Les familles vont continuer à fleurir, les conjoints à s'aimer, les enfants à s'inventer tout comme les divorces et les échecs vont continuer à faire partie de cette humanité en marche...

    Je pense que l'Église "lumière du monde" doit se dépouiller de son autorité pour retrouver ce service si cher à Jésus qui s'en prenait à ceux et celles qui mettaient sur les épaules des autres des fardeaux qu'ils ne pouvaiet porter eux-mêmes. La véritable lumière évangélique ne saurait rejoindre toute personne de bonne volonté que si elle émerge d'un esprit profond d'humilité et de service.

    Je pense que les temps que nous vivons tous, Église, sociétés, idéologues, mouvements de toute sorte, nous invitent tout particulièrement à ce mea culpa qui fait de nous des itinérants de bonne volonté qui traversons le temps en tendant vers la lumière.

    Que nous soyons tous les uns pour les autres, non pas des maîtres, mais des accompagnateurs attentifs et ouverts aux horizons nouveaux d'un monde qui nous échappe toujours un peu.

    On peut se tromper dans ses enseignements, mais rarement dans l'amour d'accompagnement et de service. Laissons à Dieu le soin de juger les uns et les autres le Jour du jugement... Soyons de ceux qui risquons tout en aimant tout simplement.

    Oscar Fortin »

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