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Retour américain à l'ONU

Serge Truffaut   10 septembre 2003 
Depuis quelques jours, l'humeur irakienne des membres du Conseil de sécurité de l'ONU est changeante. À commencer par celle, notable, de l'administration Bush. Il y a trois semaines à peine, l'appel du pied que la Maison-Blanche avait fait en direction de l'ONU fut rejeté d'autant plus vivement qu'il cantonnait le rôle de cette organisation à la gestion de la charité. Mais voilà, entre l'amplification constante des problèmes militaires et politiques que le contingent américain éprouve en Irak et l'augmentation marquée des coûts financiers afférents, l'administration américaine n'avait guère le choix. Réalité oblige, elle essaye aujourd'hui de faire ce qu'elle refusait hier: internationaliser le dossier en dehors des cadres de la coalition mise sur pied pour renverser Saddam Hussein.

Le détour par l'ONU que les États-Unis envisagent désormais révèle un changement intra-muros digne de mention. Le machisme politique cher au tandem que forment le vice-président Dick Cheney et surtout le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a cédé le pas à la volonté du secrétaire d'État Colin Powell de «multilatériser» le dossier. Que Rumsfeld, qui s'est battu bec et ongles contre toute dilution du pouvoir militaire, soit aujourd'hui isolé est peut-être bien le signe avant-coureur que la Maison-Blanche entend réduire au silence les sirènes de l'unilatéralisme. Cela risque d'être momentané, mais bon...

Dans les jours qui viennent, l'attention va se porter en particulier sur deux des cinq membres du Conseil de sécurité qui détiennent un droit de veto. Il s'agit de la France et de la Russie. Si l'on se fie aux échos qui parviennent du Kremlin, le président Vladimir Poutine entend lier son soutien, son vote, à des considérations économiques ou, plus trivialement parlant, à des concessions financières. Contre son soutien, Poutine devrait obtenir la reconnaissance de la dette que l'Irak avait contractée dans les années 80 ainsi que certains compromis sur un certain nombre de contentieux comme celui de l'acier.

Le cas de la France est tout autre. Pour le gouvernement Chirac, la priorité est la suivante: que l'on remette le pouvoir aux Irakiens dans les délais les plus brefs. On veut un échéancier. On veut une implication claire et nette de l'ONU à cet égard. En clair, on souhaiterait une réorganisation politique du pays sous l'égide des Nations unies. Pour l'heure, il semble que Paris ait mis une sourdine à sa position qui consistait à ne pas légitimer rétroactivement la guerre en Irak. Enfin, Paris ne tient pas à s'opposer encore une fois aux États-Unis. Et alors? Au Conseil de sécurité, la France va probablement s'abstenir.

Pour ce qui est du militaire, une chose est d'ores et déjà entendue. On ne veut surtout pas prendre la place que les Américains occupent à la tête des armées présentes sur le territoire irakien. Si Washington convient d'accorder à l'ONU une tutelle politique sur l'Irak, alors des pays comme la Turquie, le Pakistan et surtout l'Inde accepteraient d'envoyer un certain nombre de soldats. Dans le cas de l'Allemagne, on s'est dit prêt à entraîner des troupes étrangères aux missions de paix, mais il n'est pas question d'aller sur place.

Il semble bien que l'heure des concessions respectives ait sonné.
 
 
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