Un homme, un vrai !
Tous les hommes, les vrais, y seront — le soldat, le pompier, le policier, le gars de la construction — et leurs attributs aussi: tank, hélicoptère, pelle mécanique, semi-remorque. Sans oublier le char bien sûr. Certes, il manquera un poète, un éducateur en garderie, un historien, un archiviste... Mais on a déniché un comédien (catégorie «costaud» quand même).
Et aussi un ministre, celui de l'Éducation, tout heureux de rejoindre les rangs du «Gars Show» organisé dans sa circonscription par une direction d'école secondaire, celle de La Ruche à Magog, pétrie de bonnes intentions. Les gars s'ennuient en classe? Envoyons les filles au cinéma (et magasiner, y a-t-on pensé?) et organisons une journée entre nous, histoire de recréer «le lien affectif entre l'école et les gars», comme le rapportait hier Le Devoir.
Peut-être, qu'en savons-nous?, la sensibilité masculine ne s'allume-t-elle qu'à la vue d'une montagne de terre, d'un robot-démineur, ou de camions de 40 pieds. Les engouements des hommes, grands et petits, sont souvent un mystère aux yeux des femmes, et c'est ce qui fait tout le charme et les tourments des relations entre les sexes.
Mais on n'attend pas de l'école qu'elle se prenne pour un nouvel épisode de la télésérie Un gars, une fille, en grossissant le trait du stéréotype. On attend encore moins qu'elle applique la pensée magique à un phénomène, le décrochage scolaire, plus complexe que même le ministre de l'Éducation ne semble le croire. Car tout à son enthousiasme de participer «à un événement qui met en commun les passions et intérêts des gars», comme il l'écrit dans sa lettre d'appui au projet, Pierre Reid n'écarte pas l'idée qu'une telle activité puisse «servir éventuellement de projet pilote». À 11 000 $ l'après-midi.
Le ministre de l'Éducation devrait pourtant avoir mieux à faire que d'applaudir à chaque initiative sous le simple prétexte qu'elle débouche sur une «action concrète». Le décrochage des garçons appelle plutôt une réflexion de fond qui reste à faire, tant au niveau de la société que dans la pratique quotidienne de l'école.
Et que nous dit la société québécoise? Que si les femmes sont présentes sur la place publique, ce sont encore les hommes qui dominent. Que la scolarisation est la voie royale pour l'avancement professionnel des filles mais que les hommes peuvent encore réussir sans diplôme. Et puis, vieux fond d'anti-intellectualisme, est-ce si sûr que les diplômes, ce soit si important? Surtout quand l'emploi pleut, comme ce sera le cas dans les années qui viennent, alors que les jeunes ne combleront même plus les départs à la retraite et que toute la société de consommation fera chanter ses sirènes.
Face à quoi, c'est au jour le jour que l'école doit raccrocher les jeunes, les garçons au premier chef. Elle n'y arrivera qu'en acceptant de considérer l'enfant comme un individu, en s'extirpant des cases et des normes. La pédagogie par projets s'y emploie, elle doit se répandre davantage. Mais la souplesse, ce serait aussi d'accepter une récréation qui se prolonge un jour de beau temps, un peu de chamaillage entre gars, ou les mâles silences qui n'ont rien à faire du partage du vécu. Et cette approche, toute d'adaptation constante, est bien autre chose que d'envoyer les gars en bloc — même les tendres, les artistes, les allergiques à la mécanique — jouer un après-midi aux super-héros à gros camions et à gros bras.
Et aussi un ministre, celui de l'Éducation, tout heureux de rejoindre les rangs du «Gars Show» organisé dans sa circonscription par une direction d'école secondaire, celle de La Ruche à Magog, pétrie de bonnes intentions. Les gars s'ennuient en classe? Envoyons les filles au cinéma (et magasiner, y a-t-on pensé?) et organisons une journée entre nous, histoire de recréer «le lien affectif entre l'école et les gars», comme le rapportait hier Le Devoir.
Peut-être, qu'en savons-nous?, la sensibilité masculine ne s'allume-t-elle qu'à la vue d'une montagne de terre, d'un robot-démineur, ou de camions de 40 pieds. Les engouements des hommes, grands et petits, sont souvent un mystère aux yeux des femmes, et c'est ce qui fait tout le charme et les tourments des relations entre les sexes.
Mais on n'attend pas de l'école qu'elle se prenne pour un nouvel épisode de la télésérie Un gars, une fille, en grossissant le trait du stéréotype. On attend encore moins qu'elle applique la pensée magique à un phénomène, le décrochage scolaire, plus complexe que même le ministre de l'Éducation ne semble le croire. Car tout à son enthousiasme de participer «à un événement qui met en commun les passions et intérêts des gars», comme il l'écrit dans sa lettre d'appui au projet, Pierre Reid n'écarte pas l'idée qu'une telle activité puisse «servir éventuellement de projet pilote». À 11 000 $ l'après-midi.
Le ministre de l'Éducation devrait pourtant avoir mieux à faire que d'applaudir à chaque initiative sous le simple prétexte qu'elle débouche sur une «action concrète». Le décrochage des garçons appelle plutôt une réflexion de fond qui reste à faire, tant au niveau de la société que dans la pratique quotidienne de l'école.
Et que nous dit la société québécoise? Que si les femmes sont présentes sur la place publique, ce sont encore les hommes qui dominent. Que la scolarisation est la voie royale pour l'avancement professionnel des filles mais que les hommes peuvent encore réussir sans diplôme. Et puis, vieux fond d'anti-intellectualisme, est-ce si sûr que les diplômes, ce soit si important? Surtout quand l'emploi pleut, comme ce sera le cas dans les années qui viennent, alors que les jeunes ne combleront même plus les départs à la retraite et que toute la société de consommation fera chanter ses sirènes.
Face à quoi, c'est au jour le jour que l'école doit raccrocher les jeunes, les garçons au premier chef. Elle n'y arrivera qu'en acceptant de considérer l'enfant comme un individu, en s'extirpant des cases et des normes. La pédagogie par projets s'y emploie, elle doit se répandre davantage. Mais la souplesse, ce serait aussi d'accepter une récréation qui se prolonge un jour de beau temps, un peu de chamaillage entre gars, ou les mâles silences qui n'ont rien à faire du partage du vécu. Et cette approche, toute d'adaptation constante, est bien autre chose que d'envoyer les gars en bloc — même les tendres, les artistes, les allergiques à la mécanique — jouer un après-midi aux super-héros à gros camions et à gros bras.
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