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Éducation - Pour gars seulement

Marie-Andrée Chouinard   8 septembre 2003 
Les gars avec les gars, les filles avec les filles! Pour stimuler l'intérêt des garçons à l'école, une école secondaire de l'Estrie a décidé de prendre les grands moyens: dehors les filles! Les gars, à vous l'école! L'espace d'une journée, un menu exclusivement conçu au masculin pour faire la démonstration qu'école peut rimer avec plaisir.

Cela se passe à l'école secondaire de la Ruche, à Magog, mais ce pourrait être dans n'importe quelle école du Québec. Sur une des portes des toilettes des garçons, une inscription retient l'attention: «Cris cé platte icit.»

Provocation? Désespoir? Vérité? Voilà ce que se demande la direction de cette école de 1400 adolescents, qui compte 708 garçons dans ses rangs. Et si c'était vrai? Pour donner le signal aux garçons que l'école peut être intéressante, on a organisé une «journée de gars» le 24 septembre prochain où les filles seront délicatement invitées à aller voir ailleurs si elles n'y seraient pas!

Le «Gars Show» — non, le jeu de mots n'est pas fortuit... — prévoit en effet une journée entière d'activités animées par des gars, pour des gars. «Le lien affectif entre l'école et les gars n'existe pas, on veut essayer de le créer», explique Georges Bitar, qui travaille à l'organisation de cette activité. «Avec cette journée, on ne prétend pas régler le problème, mais on veut amorcer la discussion avec nos gars.»

Il n'y a pas qu'à l'école de la Ruche que la réussite des garçons est au coeur des préoccupations. Au Québec, même si les constats sont clairs quant au recul des petits hommes dans la jungle scolaire, les avancées sont bien minces quant aux solutions qui leur permettront de rattraper la vitesse de croisière des filles.

Plusieurs théories ont été avancées sur l'absence de «modèles masculins» dans la vie des garçons, et de plus en plus de milieux scolaires explorent diverses avenues pour enjoliver l'école aux yeux de la moitié de leur clientèle.

C'est dans ce courant exploratoire que se situent l'école de la Ruche et son «Gars Show». «Uniquement destiné aux garçons, cet événement a comme objectif principal de motiver ces derniers à la réussite scolaire», écrit l'équipe organisatrice dans son communiqué destiné à tous les «V.I.P.» possiblement désireux de venir serrer la pince des garçons.

L'un d'entre eux a déjà confirmé sa présence au programme du 24 septembre: le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, a trouvé l'idée du «Gars Show» si alléchante qu'il a promis tout de go qu'il y serait.

Le député d'Orford a même contribué au projet en rédigeant une lettre d'invitation destinée à des personnalités masculines que le comité organisateur tente encore de rallier à la cause. «L'idée d'organiser une telle activité — qui pourrait servir éventuellement de projet pilote — est une suite logique aux statistiques démontrant que les garçons sont beaucoup plus susceptibles de doubler une année scolaire, de ne pas terminer leur secondaire ou d'aboutir dans une classe de troubles de comportement, d'adaptation scolaire ou de cheminement particulier», écrit le ministre de l'Éducation dans cette lettre.

L'espace d'une journée, le terrain de l'école ne comptera donc que des garçons. «Ce n'est pas contre les filles que nous organisons cette journée, mais c'est important que les garçons sentent que c'est à eux, et uniquement à eux que nous nous adressons», explique Georges Bitar, sans cacher que l'idée n'a pas séduit toutes les filles. Histoire de ne pas laisser la gent féminine en reste, on a loué le Vieux Clocher de Magog: humour et cinéma sont au programme.

Pendant l'après-midi, de vraies activités de gars sont au menu: outre des conférences offertes par le psychoéducateur Maurice Sammut et le comédien Martin Larocque, le «Salon des gars» permettra aux jeunes hommes de voir l'école sous un jour vraiment différent: l'armée canadienne a promis de traîner dans la cour d'école un tank et un hélicoptère Appache! Une montagne de terre y sera déversée et les jeunes pourront manoeuvrer une véritable pelle mécanique! Un robot-démineur pourrait même faire une apparition...

Dans l'après-midi, policiers, pompiers et ambulanciers feront un périmètre de sécurité autour d'une vieille auto achetée pour l'occasion, histoire de démontrer l'usage des pinces de désincarcération. Un semi-remorque de 40 pieds trônera aussi dans la cour de récré, et des démonstrations de «scratch», de «skateboard» et de graffiti devraient titiller l'intérêt des vedettes du jour.

«Notre plus grand défi, c'est de les attirer dans nos filets», explique M. Bitar. «Il fallait leur en mettre plein la vue», ajoute l'animateur de vie spirituelle et communautaire, qui explique que la direction n'a pas hésité à offrir une enveloppe de 11 000 $ pour l'organisation de cette seule journée.
 
 
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