Affaire Kazemi: volte-face à Téhéran
Rejet des accusations portées contre les deux agents des renseignements
Fabien Deglise
2 septembre 2003
Moins d'une semaine après l'inculpation de deux agents des services de renseignements iraniens pour le «meurtre quasi intentionnel» de Zahra Kazemi, la justice iranienne a décidé hier de faire marche arrière en rejetant les charges retenues contre les responsables présumés de la mort de la photojournaliste montréalaise et en ordonnant un complément d'enquête.
Les tergiversations de l'Iran se poursuivent donc sur fond de conflits idéologiques entre conservateurs et réformateurs iraniens autour de l'affaire Kazemi. C'est du moins ce que laisse croire la décision du chef de la section criminelle du parquet de Téhéran, Jaafar Rechadati, qui vient de renvoyer le dossier devant le juge responsable de l'enquête sur la mort de la montréalaise d'origine iranienne le 10 juillet dernier, selon un communiqué rendu public hier par l'agence Irna. Motif? Un manque de clarté dans l'acte d'inculpation des deux agents des renseignements dont 17 points sont à éclaircir, estime M. Rechadati.
«Ce revirement n'a rien d'étonnant, a commenté hier au Devoir Hossein Mahoutiba, de l'Association montréalaise de défense des droits de l'homme en Iran.
«Depuis le début, l'inculpation de ces deux agents n'avait rien de solide, dit-il. Ce n'était qu'une tentative pour étouffer l'affaire. Mais visiblement, cela n'a pas fonctionné.»
Les conclusions du juge enquêteur indépendant, Javad Esmaili, rendues le 25 août dernier, avaient en effet soulevé l'ire du ministère des Renseignements, plutôt proche des réformateurs, qui a vu là une volonté d'une justice conservatrice de dissimuler les vraies raisons de la mort de la photojournaliste. Les Renseignements ont également accusé au passage le parquet d'avoir limité son enquête et d'avoir esquivé des éléments importants transmis par le gouvernement iranien. Éléments prouvant l'innocence des deux agents dont l'identité n'a toujours pas été dévoilée par les autorités. Ce même ministère prétend d'ailleurs savoir, preuves et témoignages à l'appui, qui sont les responsables de la mort de la photojournaliste, avec en prime une menace lancée dans les derniers jours au parquet de Téhéran: informer lui-même l'opinion publique si la justice n'ordonnait pas une nouvelle enquête.
«Il est clair que la vérité à propos du meurtre de Mme Kazemi est aujourd'hui évidente, estime M. Mahoutiba, et les autorités iraniennes ne peuvent plus justifier cette mort avec l'arrestation de deux seuls agents.»
Du côté de Reporters sans frontières, Tania Churchmuch, présidente canadienne de l'organisme, était du même avis hier. «Les deux agents n'étaient que des boucs émissaires, a-t-elle commenté en entrevue. La pression de l'opinion publique et de la communauté internationale est sans doute à l'origine de cette décision de revoir l'enquête. Mais ça nous démontre aussi à quel point cela va être difficile de faire la lumière sur le décès de Mme Kazemi. À moins bien sûr d'obtenir une enquête vraiment indépendante. Mais dans un système judiciaire comme celui de l'Iran, cela relève de l'utopie.»
Au bureau du ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, les commentaires étaient plutôt minces hier quant à la volonté de Téhéran de revoir l'enquête. «Nous n'avons pas encore eu confirmation de ces informations par notre bureau local, a simplement déclaré sa porte-parole, Isabelle Savard. Mais nous continuons de suivre le dossier et de mettre de la pression sur le gouvernement iranien pour que justice soit rendue.» Le Canada a demandé, jeudi dernier, à la Commission des droits de la personne des Nations unies de se pencher sur l'affaire Kazemi.
Âgée de 54 ans, la photojournaliste indépendante Zahra Kazemi — qui travaillait entre autres pour la revue Recto-Verso à Montréal — a été arrêtée le 23 juin dernier par la police iranienne aux abords d'une prison où elle photographiait des familles de détenus. Après 77 heures d'interrogatoires, elle a été hospitalisée d'urgence dans un hôpital de Téhéran où elle s'est éteinte le 10 juillet des suites d'une hémorragie cérébrale induite par la fracture du crâne. Sa mort a été qualifiée de «meurtre» par le vice-président réformateur Mohammad Ali Abtahi, ce que le procureur de Téhéran, Sajid Martazavi — un conservateur — a longtemps nié, expliquant plutôt le décès de la ressortissante canadienne comme étant consécutif à une «crise cardiaque».
Avec AFP, PC et AP
Les tergiversations de l'Iran se poursuivent donc sur fond de conflits idéologiques entre conservateurs et réformateurs iraniens autour de l'affaire Kazemi. C'est du moins ce que laisse croire la décision du chef de la section criminelle du parquet de Téhéran, Jaafar Rechadati, qui vient de renvoyer le dossier devant le juge responsable de l'enquête sur la mort de la montréalaise d'origine iranienne le 10 juillet dernier, selon un communiqué rendu public hier par l'agence Irna. Motif? Un manque de clarté dans l'acte d'inculpation des deux agents des renseignements dont 17 points sont à éclaircir, estime M. Rechadati.
«Ce revirement n'a rien d'étonnant, a commenté hier au Devoir Hossein Mahoutiba, de l'Association montréalaise de défense des droits de l'homme en Iran.
«Depuis le début, l'inculpation de ces deux agents n'avait rien de solide, dit-il. Ce n'était qu'une tentative pour étouffer l'affaire. Mais visiblement, cela n'a pas fonctionné.»
Les conclusions du juge enquêteur indépendant, Javad Esmaili, rendues le 25 août dernier, avaient en effet soulevé l'ire du ministère des Renseignements, plutôt proche des réformateurs, qui a vu là une volonté d'une justice conservatrice de dissimuler les vraies raisons de la mort de la photojournaliste. Les Renseignements ont également accusé au passage le parquet d'avoir limité son enquête et d'avoir esquivé des éléments importants transmis par le gouvernement iranien. Éléments prouvant l'innocence des deux agents dont l'identité n'a toujours pas été dévoilée par les autorités. Ce même ministère prétend d'ailleurs savoir, preuves et témoignages à l'appui, qui sont les responsables de la mort de la photojournaliste, avec en prime une menace lancée dans les derniers jours au parquet de Téhéran: informer lui-même l'opinion publique si la justice n'ordonnait pas une nouvelle enquête.
«Il est clair que la vérité à propos du meurtre de Mme Kazemi est aujourd'hui évidente, estime M. Mahoutiba, et les autorités iraniennes ne peuvent plus justifier cette mort avec l'arrestation de deux seuls agents.»
Du côté de Reporters sans frontières, Tania Churchmuch, présidente canadienne de l'organisme, était du même avis hier. «Les deux agents n'étaient que des boucs émissaires, a-t-elle commenté en entrevue. La pression de l'opinion publique et de la communauté internationale est sans doute à l'origine de cette décision de revoir l'enquête. Mais ça nous démontre aussi à quel point cela va être difficile de faire la lumière sur le décès de Mme Kazemi. À moins bien sûr d'obtenir une enquête vraiment indépendante. Mais dans un système judiciaire comme celui de l'Iran, cela relève de l'utopie.»
Au bureau du ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, les commentaires étaient plutôt minces hier quant à la volonté de Téhéran de revoir l'enquête. «Nous n'avons pas encore eu confirmation de ces informations par notre bureau local, a simplement déclaré sa porte-parole, Isabelle Savard. Mais nous continuons de suivre le dossier et de mettre de la pression sur le gouvernement iranien pour que justice soit rendue.» Le Canada a demandé, jeudi dernier, à la Commission des droits de la personne des Nations unies de se pencher sur l'affaire Kazemi.
Âgée de 54 ans, la photojournaliste indépendante Zahra Kazemi — qui travaillait entre autres pour la revue Recto-Verso à Montréal — a été arrêtée le 23 juin dernier par la police iranienne aux abords d'une prison où elle photographiait des familles de détenus. Après 77 heures d'interrogatoires, elle a été hospitalisée d'urgence dans un hôpital de Téhéran où elle s'est éteinte le 10 juillet des suites d'une hémorragie cérébrale induite par la fracture du crâne. Sa mort a été qualifiée de «meurtre» par le vice-président réformateur Mohammad Ali Abtahi, ce que le procureur de Téhéran, Sajid Martazavi — un conservateur — a longtemps nié, expliquant plutôt le décès de la ressortissante canadienne comme étant consécutif à une «crise cardiaque».
Avec AFP, PC et AP
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

