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Un automne chaud?

Jean-Robert Sansfaçon   2 septembre 2003 
Le sondage Léger Marketing dont Le Devoir publiait les résultats vendredi et samedi montre bien que la population ne regrette pas le choix fait lors des dernières élections, il y presque cinq mois. «La lune de miel se poursuit», disait le titre de notre manchette. Si tel est le cas, ne serait-ce pas parce qu'on n'a encore rien vu des changements promis ?

Si l'on se fie aux résultats de ce premier sondage exhaustif effectué depuis l'élection du Parti libéral, en avril dernier, les électeurs québécois sont plutôt satisfaits des premiers mois du gouvernement Charest. Il y a même plus de gens qui se disent satisfaits du gouvernement (53 %) qu'il y en a qui voteraient pour le Parti libéral (48 %) si des élections avaient lieu présentement ! Voilà une bonne nouvelle pour M. Charest et son équipe qui en auront bien besoin pour mettre en branle des réformes dont certaines ne manqueront pas de provoquer la grogne. Entre donner son accord de principe lors d'un sondage et appuyer une mesure une fois qu'on en connaît les conséquences pour soi-même et les siens, l'écart peut se révéler considérable.

Ainsi, parmi les idées libérales qui reçoivent l'appui d'une majorité de personnes interrogées par Léger Marketing, il y a le changement à la Loi de l'assurance auto. Si le gouvernement va de l'avant, les victimes d'accidents de la route pourront poursuivre les chauffards afin d'obtenir dédommagement. Or, si jamais cet amendement devait entraîner une hausse des primes d'assurances, il y a fort à parier que l'appui dont bénéficie le gouvernement fondrait comme neige au soleil.

En revanche, certains changements qui reçoivent déjà la bénédiction d'une majorité de citoyens, comme l'augmentation des tarifs de garde et leur modulation en fonction du revenu, continueront d'alimenter la popularité des libéraux si ces derniers ont la présence d'esprit d'accompagner la réforme d'une bonification des conditions faites aux familles dont les enfants ne fréquentent pas les garderies. Dans cette éventualité, ce sont les organisations communautaires et syndicales qui ne manqueront pas de manifester bruyamment leur opposition à toute réforme qui n'ira pas dans le sens de l'universalité d'accès à un réseau public à prix très bas.

De ce premier sondage de la rentrée, on peut aussi tirer la conclusion plus générale que les priorités des Québécois n'ont pas changé malgré l'élection d'un gouvernement libéral. Et si leur choix coïncide avec celui du gouvernement en ce qui a trait à la santé que 71 % des répondants placent au premier rang des priorités, il en va autrement pour la réduction des impôts qui vient au troisième rang (27 %), derrière la lutte contre la pauvreté (40 %). Plus encore: au lieu de réduire les impôts tel que promis, une majorité de répondants disent préférer qu'on ne touche pas aux tarifs des services publics si pour faire baisser les premiers il faut augmenter les seconds, ce qui est le cas de l'électricité.

***

Dans l'ensemble, les Québécois disent n'avoir encore observé aucun changement digne de ce nom dans l'administration des affaires publiques depuis l'élection d'un gouvernement libéral. Même en santé où une proportion intéressante de répondants (35 %) est confiante de voir le ministre Philippe Couillard améliorer la situation, les trois quarts soutiennent que les services sont restés les mêmes depuis les élections et la majorité (53 %) croit que la nomination du docteur n'y changera rien. Voilà une perception qui diverge du discours du premier ministre qui affirmait récemment que les choses s'étaient améliorées de façon significative depuis son arrivée au pouvoir.

Il y a seulement cinq mois que le gouvernement Charest a été élu. Il est donc normal que la population qui l'a choisi l'appuie toujours.

Cela dit, compte tenu des dossiers qui sont sur la table dont celui des négociations avec les employés de l'État, il faut s'attendre à un automne chaud. Bien des projets mis en avant par le gouvernement Charest recueillent une certaine sympathie de cette majorité que l'on dit silencieuse, mais la plupart suscitent aussi l'opposition d'une forte minorité bien organisée et rompue aux jeux médiatiques.

Par ailleurs, une lecture plus fine du sondage nous apprend que les francophones, majoritaires sur la plus grande partie du territoire, sont toujours plus réticents à suivre Jean Charest dans ses réformes que les non-francophones. Ainsi, alors qu'un non-francophone sur cinq seulement se dit insatisfait du gouvernement Charest à ce jour, chez les francophones, la proportion grimpe à un sur deux ! C'est dire l'importance pour le gouvernement de se rapprocher des attentes des francophones s'il ne veut pas que la lune de miel qui lui est consentie à l'heure actuelle ne tourne trop rapidement au cauchemar.

jrsansfacon@ledevoir.ca
 
 
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