Lettres: Le coeur en berne?
Luc Perrier - Montréal, le 25 août 2003
30 août 2003
Québécoises, Québécois, avons-nous le coeur en berne? L'un de nos plus grands Québécois vient de mourir. Lui, il n'a pas trafiqué pour que le Québec ne devienne jamais un pays, il n'a pas commandé des mesures de guerre pour humilier tout un peuple. Plus: il nous a donné une âme. Il était la discrétion même. Nos étudiants d'aujourd'hui savent-ils seulement son nom, le nom du plus grand poète québécois, Roland Giguère?
Pour sa dernière nuit, il a choisi le lit d'une rivière. Dieu ne peut rester indifférent à l'arrivée d'un si grand poète (qui changeait la parole en soleil) dans ce grand ciel à des milliards et des milliards d'années-lumière des vaisseaux spatiaux qui ne peuvent ni l'atteindre ni le polluer.
Si le gouvernement québécois actuel a la moindre fierté québécoise, il devrait nous imposer une heure de silence pour pleurer ce porteur de lumière. Des hommes comme lui, nous en comptons très peu dans tout un siècle. Si le gouvernement canadien avait une once de respect, il devrait baptiser l'aéroport de Dorval Roland-Giguère au lieu du nom de ce PET de «broue».
Ce n'était qu'un poète, qu'un sourcier. Mais quel poète!
De ma fenêtre, j'écoute la rivière des Prairies et j'entends mon frère poète Roland Giguère:
«Les mots-flots viennent battre la plage blanche où j'écris que l'eau n'est plus l'eau sans les lèvres qui la boivent [...].»
Et je pleure, pleure comme un enfant, la mort de ce poète qui a tant pleuré la mort de Gaston Miron.
Pour sa dernière nuit, il a choisi le lit d'une rivière. Dieu ne peut rester indifférent à l'arrivée d'un si grand poète (qui changeait la parole en soleil) dans ce grand ciel à des milliards et des milliards d'années-lumière des vaisseaux spatiaux qui ne peuvent ni l'atteindre ni le polluer.
Si le gouvernement québécois actuel a la moindre fierté québécoise, il devrait nous imposer une heure de silence pour pleurer ce porteur de lumière. Des hommes comme lui, nous en comptons très peu dans tout un siècle. Si le gouvernement canadien avait une once de respect, il devrait baptiser l'aéroport de Dorval Roland-Giguère au lieu du nom de ce PET de «broue».
Ce n'était qu'un poète, qu'un sourcier. Mais quel poète!
De ma fenêtre, j'écoute la rivière des Prairies et j'entends mon frère poète Roland Giguère:
«Les mots-flots viennent battre la plage blanche où j'écris que l'eau n'est plus l'eau sans les lèvres qui la boivent [...].»
Et je pleure, pleure comme un enfant, la mort de ce poète qui a tant pleuré la mort de Gaston Miron.
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