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Hommage à Roland Giguère - Le poète du paysage intérieur

29 août 2003 
Ce texte a été lu lors de la «cérémonie de la parole» en mémoire de Roland Giguère (1929-2003) tenue mercredi à Montréal.

Rappeler qui était Roland Giguère est une tâche particulièrement difficile aujourd'hui que l'ami Roland nous a pris de court, nous a pris au dépourvu.

Qui était donc Roland Giguère? Je garderai de lui le souvenir de l'homme le plus libre et généreux que j'ai connu. Roland était un homme sans arrière-pensée autre que celle de la poésie. Sa discrétion était légendaire. Il était, certes, un homme secret. Pour le connaître vraiment, il fallait entrer dans son univers intérieur, qu'il nous révélait par le poème et le tableau.

Roland Giguère était d'abord un homme de la tendresse. De cette tendresse qui recouvre l'amitié et l'amour, la révolte et le rêve. Une personne tendre est celle qui reste sensible aux sentiments altruistes de l'amitié, de la compassion et de l'amour. Tendre comme dans «tendre la main». C'est en ce sens aussi qu'il était, qu'il est ce que j'appellerais un «pur poète».

Roland Giguère nous a tendu la main, il nous a tendu une main prête à libérer la parole. Cette main qu'il a mise au feu des signes, des lignes, des couleurs et des mots. Cette «main d'oeuvre», comme il aimait à dire. Cette main avec laquelle il mettait la nuit au jour. Du «pouvoir du noir» jusqu'aux «illuminures» de ses derniers poèmes publiés, des dessins en marge de ses poèmes jusqu'aux couleurs de ses tableaux qui créent l'espace du désir, ce poète, ce peintre qu'est Roland Giguère explore le paysage intérieur de sa vie, de nos vies.

L'oeuvre

Qui était donc Roland Giguère? Sa biographie nous est connue dans ses dates et son parcours. Je ne vous rappellerai pas ici les détails de cette biographie que vous connaissez bien, de Montréal à Paris, de l'Institut des arts graphiques à l'école Estienne, du poème à la gravure, de la typographie à l'édition, du prix du Gouverneur général refusé en 1973 pour des raisons politiques jusqu'au Grand Prix du livre de Montréal, de la médaille de l'Académie des lettres en 1995 jusqu'aux deux Grands Prix du Québec, le prix Paul-Émile Borduas de 1982 et le prix Athanase-David reçu en 1999.

La richesse de cette biographie, c'est l'oeuvre. Roland Giguère nous laisse en héritage son esprit de résistance et d'invention. Sa vie est exemplaire en ce que le poète nous a appris, par son oeuvre, le sens de la création. Faire naître est le titre de son premier livre à ses éditions Erta. L'Âge de la parole, qui réunit à l'Hexagone l'ensemble des poèmes qui avaient été publiés chez Erta à partir de 1949, a été le livre-témoin d'une époque où notre poésie naissait à la modernité et que Gilles Marcotte a été le premier à saluer.

La poésie de Giguère est habitée d'images fortes, comme si la métaphore devenait elle-même la vie. Ou comme si la vie devait être ce rêve d'un monde habitable. La poésie de Giguère, c'est celle des poèmes, des notes et des dessins de Forêt vierge folle, ce livre unique, souverain, dans l'esprit du surréalisme, qui était pour lui, rappelons-le, un sens de la révolte, «pour débusquer le subconscient, l'instinct, le rêve».

N'oublions pas non plus l'éditeur qu'a été Roland Giguère, avec son complice Claude Haeffely. N'oublions pas le graphiste, auteur de maquettes pour le théâtre du Nouveau Monde et pour les Éditions de l'Hexagone jusqu'au début des années 80. N'oublions pas non plus que Roland Giguère a inspiré la génération qui fondera l'Hexagone en 1953. Gaston Miron l'a reconnu haut et fort: Roland Giguère a été un des phares de son époque, de notre époque.

Aujourd'hui qu'il est entré dans notre mémoire, le dernier mot lui revient. Je vous redonne ce poème extrait du recueil Illuminures, dédié à Marthe, sa compagne, et dont j'ai eu l'honneur d'être l'éditeur à l'Hexagone en 1997. C'est un poème de la page 71, qui pourrait aussi évoquer cette constellation de poètes amis disparus depuis une dizaine d'années et dont fait partie aujourd'hui notre Roland Giguère:

Merci, Roland!






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