Libre opinion: Qui prend soin des soignants?
Dana W. Hanson - Président de l'Association médicale canadienne
28 août 2003
Pour la première fois en 136 ans d'histoire, l'Association médicale canadienne a créé un organisme consacré exclusivement à la santé et au mieux-être des médecins. La création du Centre pour la santé et le mieux-être des médecins au Canada est signe d'une préoccupation croissante envers la santé et le moral des médecins du pays, minés par le stress que connaît notre profession. Il s'agit en outre de reconnaître les effets insidieux du système de santé sur les personnes qui y travaillent, effets qui se traduisent en épuisement professionnel et en baisse du moral.
Nous n'affirmons pas que les médecins sont les seuls à vivre ce problème. En effet, dans notre société ultrarapide, le stress et l'épuisement professionnels sont devenus monnaie courante. En créant son nouveau centre, l'AMC veut toutefois faire comprendre aux médecins — et à leurs patients par la même occasion — qu'ils doivent prendre soin de leur propre santé pour leur propre bien et celui de leur famille. La devise célèbre de la médecine, «Avant tout, ne pas nuire», doit aussi s'appliquer aux médecins.
Depuis plus d'une décennie, l'AMC sonde chaque année des milliers de médecins au sujet de diverses questions, allant de leurs heures de travail jusqu'aux heures de garde en passant par le temps passé à l'ordinateur. Au cours des récentes années, les titres des articles relatant les résultats de ce sondage annuel ont indiqué un malaise croissant au sein de la médecine:
- «Les résultats d'un important sondage de l'AMC auprès des médecins révèlent une profession démoralisée», 1998;
- «Tout le monde est-il aussi fatigué que moi? - Résultats du sondage de l'AMC auprès des médecins», 1999;
- «De plus longues heures, une plus grande fatigue, plus de travail: résultats du Questionnaire de l'AMC sur les effectifs médicaux», 2002.
Pas des cas isolés
Déjà, en 1998, près des deux tiers des répondants (62 %) nous disaient que leur charge de travail était trop lourde, et plus de la moitié d'entre eux affirmaient que leur famille et leur vie personnelle avaient souffert en raison de leur choix de la médecine comme profession. «Pourquoi, demandait un de nos répondants, les jeunes veulent-ils encore se lancer en médecine? Je tente de les en décourager chaque fois que l'occasion se présente.»
«Je suis peut-être épuisé, affirmait un autre, mais je suis souvent attristé d'avoir choisi la médecine. Je veux prendre ma retraite le plus tôt possible.» Ce répondant soulevait un des grands problèmes — l'épuisement des médecins — contre lequel l'AMC tentera de lutter grâce à ce nouveau centre. D'autres données indiquent que près de la moitié des médecins en exercice au Canada en sont au stade avancé de l'épuisement professionnel. Il en résulte une dépersonnalisation des rapports avec les autres et des sentiments d'inefficacité, de fatigue extrême et de détresse émotive.
Une recherche dans Medline, une base de données qui contient plus de 12 millions de citations tirées d'études médicales, révèle que l'expression «épuisement des médecins» a été inscrite au lexique pour la première fois en 1981. La recherche a produit des articles portant sur «la dépression, la colère et la fatigue» chez les résidents en médecine aux États-Unis, sur le «stress post-traumatique et la dépression» chez les médecins résidents au Kenya et sur le lien entre «la satisfaction au travail et l'épuisement professionnel» en Espagne. Au Royaume-Uni, le British Medical Journal a rapporté récemment que les médecins font un travail «difficile, sinon impossible». Au Canada, des études ont déjà été publiées sur l'épuisement chez les personnes travaillant au soin des malades atteints du cancer en Ontario et chez les médecins d'urgence partout au pays.
Une profession qui change
Avec le nouveau centre, nous reconnaissons aussi que la profession médicale n'est plus la même que voilà 20 ans. Aujourd'hui, les étudiants en médecine sont chargés d'un fardeau de dettes de plus en plus lourd et sont forcés de choisir une orientation de carrière très tôt au cours de leur formation. La somme de connaissances que l'on s'attend à ce que les médecins possèdent s'accroît de façon exponentielle. Le soin des patients devient plus complexe. De nouveaux enjeux juridiques et éthiques surgissent. Et tout ceci se produit dans le contexte du stress additionnel imposé par une pénurie continue de médecins et aussi par des visiteurs malvenus comme le SRAS.
Par le Centre de l'AMC pour la santé et le mieux-être des médecins, nous voulons procurer à l'échelle nationale le leadership et la représentation nécessaires pour le mieux-être des médecins et pour le mieux-être de cette profession. Nous voulons aussi faire oeuvre de sensibilisation pour que les médecins perçoivent davantage la nécessité d'équilibrer les besoins des patients et leurs propres besoins en matière de santé. Il est dans le meilleur intérêt des Canadiens que cela se produise, et ce, rapidement.
Nous n'affirmons pas que les médecins sont les seuls à vivre ce problème. En effet, dans notre société ultrarapide, le stress et l'épuisement professionnels sont devenus monnaie courante. En créant son nouveau centre, l'AMC veut toutefois faire comprendre aux médecins — et à leurs patients par la même occasion — qu'ils doivent prendre soin de leur propre santé pour leur propre bien et celui de leur famille. La devise célèbre de la médecine, «Avant tout, ne pas nuire», doit aussi s'appliquer aux médecins.
Depuis plus d'une décennie, l'AMC sonde chaque année des milliers de médecins au sujet de diverses questions, allant de leurs heures de travail jusqu'aux heures de garde en passant par le temps passé à l'ordinateur. Au cours des récentes années, les titres des articles relatant les résultats de ce sondage annuel ont indiqué un malaise croissant au sein de la médecine:
- «Les résultats d'un important sondage de l'AMC auprès des médecins révèlent une profession démoralisée», 1998;
- «Tout le monde est-il aussi fatigué que moi? - Résultats du sondage de l'AMC auprès des médecins», 1999;
- «De plus longues heures, une plus grande fatigue, plus de travail: résultats du Questionnaire de l'AMC sur les effectifs médicaux», 2002.
Pas des cas isolés
Déjà, en 1998, près des deux tiers des répondants (62 %) nous disaient que leur charge de travail était trop lourde, et plus de la moitié d'entre eux affirmaient que leur famille et leur vie personnelle avaient souffert en raison de leur choix de la médecine comme profession. «Pourquoi, demandait un de nos répondants, les jeunes veulent-ils encore se lancer en médecine? Je tente de les en décourager chaque fois que l'occasion se présente.»
«Je suis peut-être épuisé, affirmait un autre, mais je suis souvent attristé d'avoir choisi la médecine. Je veux prendre ma retraite le plus tôt possible.» Ce répondant soulevait un des grands problèmes — l'épuisement des médecins — contre lequel l'AMC tentera de lutter grâce à ce nouveau centre. D'autres données indiquent que près de la moitié des médecins en exercice au Canada en sont au stade avancé de l'épuisement professionnel. Il en résulte une dépersonnalisation des rapports avec les autres et des sentiments d'inefficacité, de fatigue extrême et de détresse émotive.
Une recherche dans Medline, une base de données qui contient plus de 12 millions de citations tirées d'études médicales, révèle que l'expression «épuisement des médecins» a été inscrite au lexique pour la première fois en 1981. La recherche a produit des articles portant sur «la dépression, la colère et la fatigue» chez les résidents en médecine aux États-Unis, sur le «stress post-traumatique et la dépression» chez les médecins résidents au Kenya et sur le lien entre «la satisfaction au travail et l'épuisement professionnel» en Espagne. Au Royaume-Uni, le British Medical Journal a rapporté récemment que les médecins font un travail «difficile, sinon impossible». Au Canada, des études ont déjà été publiées sur l'épuisement chez les personnes travaillant au soin des malades atteints du cancer en Ontario et chez les médecins d'urgence partout au pays.
Une profession qui change
Avec le nouveau centre, nous reconnaissons aussi que la profession médicale n'est plus la même que voilà 20 ans. Aujourd'hui, les étudiants en médecine sont chargés d'un fardeau de dettes de plus en plus lourd et sont forcés de choisir une orientation de carrière très tôt au cours de leur formation. La somme de connaissances que l'on s'attend à ce que les médecins possèdent s'accroît de façon exponentielle. Le soin des patients devient plus complexe. De nouveaux enjeux juridiques et éthiques surgissent. Et tout ceci se produit dans le contexte du stress additionnel imposé par une pénurie continue de médecins et aussi par des visiteurs malvenus comme le SRAS.
Par le Centre de l'AMC pour la santé et le mieux-être des médecins, nous voulons procurer à l'échelle nationale le leadership et la représentation nécessaires pour le mieux-être des médecins et pour le mieux-être de cette profession. Nous voulons aussi faire oeuvre de sensibilisation pour que les médecins perçoivent davantage la nécessité d'équilibrer les besoins des patients et leurs propres besoins en matière de santé. Il est dans le meilleur intérêt des Canadiens que cela se produise, et ce, rapidement.
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